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Sanctions UE contre Russie bloquées par veto hongrois

À quelques heures de l'anniversaire de l'invasion russe en Ukraine, l'UE espérait adopter un 20e paquet de sanctions… mais la Hongrie oppose son veto. Pourquoi ce blocage persistant autour de l'oléoduc Druzhba ? La réponse pourrait surprendre…

Imaginez une salle de réunion à Bruxelles, où vingt-sept voix devraient normalement s’unir contre une agression qui dure depuis quatre ans. Pourtant, ce lundi, l’atmosphère est lourde : un seul pays suffit à faire dérailler un projet majeur. L’Union européenne se retrouve une nouvelle fois paralysée dans sa réponse à l’invasion de l’Ukraine, et cette fois encore, c’est la Hongrie qui tient la clé du blocage.

La cheffe de la diplomatie européenne a elle-même confirmé la mauvaise nouvelle peu avant le début des discussions entre ministres des Affaires étrangères. Les déclarations entendues ces derniers jours laissent peu d’espoir quant à un revirement soudain. Malgré tous les efforts déployés, le consensus nécessaire semble hors de portée.

Un 20e paquet de sanctions stoppé net

Depuis le 24 février 2022, l’Union européenne a multiplié les rounds de mesures restrictives visant à asphyxier économiquement la machine de guerre russe. Ce nouveau train de sanctions, le vingtième du nom, devait être adopté avant le triste anniversaire de l’invasion. Il cible principalement deux secteurs stratégiques : la finance et l’énergie.

Parmi les mesures phares, on retrouve une interdiction claire de fournir des services maritimes essentiels – maintenance, remorquage, assurance – aux navires impliqués dans le transport de pétrole russe. L’objectif est limpide : compliquer encore davantage l’exportation d’or noir, principale source de revenus pour Moscou malgré les plafonds de prix déjà existants.

La Hongrie brandit l’argument énergétique

Le ministre hongrois des Affaires étrangères n’a pas mâché ses mots ce week-end. Tant que le transit de pétrole via l’oléoduc Druzhba ne reprendra pas à destination de la Hongrie et de la Slovaquie, son pays opposera son veto. Cette position, réitérée avec force, n’est pas nouvelle mais elle tombe particulièrement mal à la veille d’une date symbolique.

L’oléoduc en question, long de plusieurs milliers de kilomètres, traverse notamment l’Ukraine. Endommagé par des frappes, il reste à l’arrêt selon Budapest et Bratislava. Les deux capitales accusent Kiev de refuser délibérément la réouverture malgré des réparations achevées, dans le but d’exercer une pression politique.

« Tant que l’Ukraine n’aura pas repris le transit de pétrole vers la Hongrie et la Slovaquie via l’oléoduc Druzhba, la Hongrie y opposera son veto. »

Cette phrase résume à elle seule le cœur du différend actuel. Pour Budapest, la question énergétique prime sur la solidarité européenne face à l’agression russe.

Viktor Orbán durcit le ton sur plusieurs fronts

Le Premier ministre hongrois n’a pas limité son opposition au seul paquet de sanctions. Il a également menacé de bloquer l’adoption effective d’un prêt massif de 90 milliards d’euros en faveur de l’Ukraine, pourtant décidé en décembre dernier. Cette double menace montre à quel point la question du transit pétrolier est devenue un levier politique majeur pour Budapest.

La Hongrie et la Slovaquie partagent une position critique vis-à-vis de l’adhésion ukrainienne à l’Union européenne, actuellement en phase de négociations. Le maintien fermé de l’oléoduc est perçu par ces deux pays comme une forme de chantage économique lié à leurs réserves politiques.

Réactions indignées chez plusieurs partenaires

Les déclarations hongroises n’ont pas manqué de provoquer de vives réactions parmi les autres États membres. Le ministre allemand des Affaires étrangères s’est dit stupéfait par cette posture. Selon lui, bloquer les sanctions revient indirectement à satisfaire les intérêts russes.

« Si nous ne sommes pas en mesure d’imposer des sanctions à la Russie, alors la Russie sera satisfaite. »

Ministre estonien des Affaires étrangères

Du côté estonien, le ton est tout aussi alarmiste. Impossible, selon Tallinn, de laisser passer une telle opportunité de maintenir la pression sur Moscou, surtout à l’approche d’une date aussi symbolique que l’anniversaire de l’invasion.

Contexte énergétique : dépendance et vulnérabilités

Pour bien comprendre l’entêtement hongrois, il faut remonter au contexte énergétique particulier de certains pays d’Europe centrale et orientale. Contrairement à de nombreux États membres qui ont drastiquement réduit leur dépendance au gaz et au pétrole russes depuis 2022, la Hongrie et la Slovaquie restent reliées à des infrastructures historiques orientées vers l’Est.

L’oléoduc Druzhba (qui signifie « amitié » en russe) a été construit à l’époque soviétique pour alimenter les pays du bloc de l’Est. Aujourd’hui encore, il constitue une artère vitale pour l’approvisionnement en brut de raffineries hongroises et slovaques. Toute interruption prolongée engendre des coûts supplémentaires importants, notamment pour recourir à des approvisionnements alternatifs par la mer ou par d’autres pipelines.

Cette dépendance structurelle explique pourquoi la question du transit devient un sujet ultrasensible, bien au-delà des considérations géopolitiques générales.

Conséquences diplomatiques à moyen terme

Ce nouveau bras de fer risque d’encore accentuer les fractures au sein de l’Union. Alors que la guerre en Ukraine entre dans sa quatrième année, la capacité de l’UE à maintenir une unité de façade est de plus en plus mise à l’épreuve. Chaque veto hongrois renforce l’impression d’une Europe à plusieurs vitesses sur le dossier russe.

Pour les pays les plus exposés géographiquement – États baltes, Pologne, pays nordiques – cette paralysie est vécue comme une menace directe à leur sécurité. Ils craignent que Moscou interprète ces divisions comme une faiblesse exploitable.

Quelles issues possibles ?

Plusieurs scénarios se dessinent. Le premier, le plus pessimiste, est celui d’un blocage pur et simple du paquet de sanctions. Dans ce cas, l’Union européenne entrerait dans une période inédite où elle ne parviendrait plus à adopter de nouvelles mesures restrictives contre la Russie.

Une autre hypothèse consisterait en une négociation de dernière minute, peut-être via des garanties sur le redémarrage du transit pétrolier ou des compensations financières. Cependant, les déclarations hongroises de ces derniers jours laissent peu de place à l’optimisme immédiat.

Enfin, certains observateurs n’excluent pas que d’autres États membres finissent par accepter un report ou une version édulcorée du paquet, afin de préserver au moins l’apparence d’une unité.

Symbolique de l’anniversaire manqué

Le timing est particulièrement cruel. À la veille du 24 février, jour anniversaire de l’invasion à grande échelle, l’incapacité à adopter de nouvelles sanctions envoie un signal fort – et négatif – tant à Kiev qu’à Moscou. Pour les autorités ukrainiennes, déjà confrontées à une fatigue des donateurs occidentaux, ce genre de nouvelle tombe au pire moment.

Du côté russe, on peut imaginer que cette division interne est accueillie avec satisfaction, voire exploitée dans la propagande officielle comme preuve que l’Europe « craque » sous la pression.

L’avenir de la politique de sanctions européenne

Ce blocage pose une question plus large : jusqu’à quand l’Union pourra-t-elle maintenir une politique de sanctions unanime face à un État membre qui utilise régulièrement son droit de veto comme outil de négociation bilatérale ?

Certains appellent déjà à une réforme des règles de décision en matière de politique étrangère et de sécurité, afin de passer au vote à la majorité qualifiée sur certains sujets. Mais une telle évolution nécessiterait elle-même l’unanimité… un cercle vicieux difficile à briser.

En attendant, l’Europe reste suspendue aux tractations de dernière minute. La réunion des ministres des Affaires étrangères se poursuit dans une atmosphère tendue, et chacun retient son souffle en espérant qu’un compromis, même fragile, puisse encore être trouvé avant qu’il ne soit trop tard.

Ce nouvel épisode rappelle cruellement que, face à une guerre qui s’éternise, l’unité européenne reste un combat de chaque instant.

Points clés à retenir

  • Le 20e paquet de sanctions de l’UE contre la Russie est bloqué par veto hongrois.
  • La Hongrie conditionne son accord à la reprise du transit pétrolier via l’oléoduc Druzhba.
  • Budapest menace également de bloquer le décaissement du prêt de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine.
  • La cheffe de la diplomatie européenne et plusieurs ministres expriment leur profonde déception.
  • Ce blocage intervient à la veille du quatrième anniversaire de l’invasion russe en Ukraine.

Les prochains jours seront décisifs pour savoir si l’Union européenne parviendra à surmonter cette nouvelle crise interne ou si elle devra enregistrer un échec retentissant sur le front des sanctions. Une chose est sûre : les divisions actuelles profitent avant tout à celui qui observe la scène depuis Moscou.

À suivre de très près.

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