CryptomonnaieÉconomie

Binance Défend Son Bilan Conformité et Réduit Fortement l’Exposition aux Sanctions

Binance affirme avoir réduit de près de 97% son exposition aux entités sous sanctions en moins de deux ans, passant à seulement 0,009% du volume total. Derrière ces chiffres impressionnants se cache une transformation profonde… mais les critiques persistent. Jusqu'où est allée la plateforme ?

Imaginez un instant : la plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies au monde, souvent montrée du doigt pour son supposé laxisme face aux flux illicites, annonce soudain qu’elle a divisé par plus de trente son exposition aux entités sanctionnées en à peine dix-huit mois. Une chute vertigineuse de 96,8 %, pour atteindre un niveau presque insignifiant de 0,009 % du volume total traité. Est-ce une communication bien huilée ou le signe d’une mue profonde ?

Face à une salve de reportages questionnant ses contrôles, Binance a décidé de sortir du silence relatif qu’elle observait ces derniers mois. Dans un long billet publié récemment, l’entreprise détaille ses efforts, chiffre ses progrès et répond point par point aux accusations les plus fréquentes. Derrière les grands titres sensationnalistes se dessine aujourd’hui le portrait d’une organisation qui affirme avoir radicalement changé de braquet en matière de conformité.

Une chute spectaculaire de l’exposition aux sanctions

Le chiffre clé qui revient le plus souvent dans le discours de Binance est sans conteste celui-ci : entre janvier 2024 et juillet 2025, l’exposition aux adresses ou entités placées sous sanctions internationales a fondu de 96,8 %. Concrètement, ce qui représentait encore 0,284 % du volume total échangé sur la plateforme au début 2024 n’atteignait plus que 0,009 % mi-2025. Une réduction proche de 97 % lorsqu’on regarde spécifiquement les juridictions les plus sensibles.

Ces données ne sortent pas de nulle part. Elles proviennent des systèmes internes de surveillance que l’exchange a considérablement renforcés ces deux dernières années. Binance explique avoir déployé des couches supplémentaires de filtrage, modernisé ses outils d’analyse comportementale et surtout augmenté massivement les ressources humaines dédiées à ces sujets.

1 500 spécialistes pour la conformité : un quart des effectifs

L’un des arguments les plus frappants avancés concerne la taille de l’équipe conformité. Aujourd’hui, plus de 1 500 personnes – soit environ 25 % de l’effectif global – travaillent directement ou indirectement sur les questions de lutte contre le blanchiment, le financement du terrorisme, le respect des sanctions et les enquêtes internes. Ce ratio est exceptionnel dans l’industrie crypto où beaucoup d’acteurs continuent de fonctionner avec des équipes compliance réduites.

Ces collaborateurs ne se contentent pas de cocher des cases réglementaires. Ils analysent des dizaines de milliers d’alertes chaque mois, mènent des investigations approfondies et maintiennent une veille permanente sur les listes de sanctions qui évoluent très fréquemment. Selon la plateforme, cette masse critique permet de détecter et de bloquer des schémas complexes bien plus rapidement qu’auparavant.

« Nous avons investi massivement dans la technologie et les talents pour bâtir l’un des programmes de conformité les plus robustes du secteur. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. »

Même si aucune source extérieure ne vient pour l’instant certifier ce ratio de 25 %, le simple fait d’afficher un tel pourcentage marque une volonté de transparence inhabituelle dans un milieu souvent opaque.

71 000 demandes judiciaires traitées en 2025

Autre donnée mise en avant : le volume de coopération avec les autorités. En 2025 uniquement, Binance affirme avoir répondu à plus de 71 000 requêtes émanant de forces de l’ordre et d’organismes judiciaires à travers le monde. Ces demandes concernent aussi bien des enquêtes sur des fraudes classiques que des dossiers liés au terrorisme ou au trafic de stupéfiants.

Le montant total des avoirs gelés et transmis aux autorités suite à ces collaborations dépasserait les 131 millions de dollars. Là encore, il s’agit d’un record revendiqué par la plateforme, qui insiste sur le fait que ces chiffres témoignent d’une posture proactive plutôt que défensive.

Pour beaucoup d’observateurs, ce niveau de collaboration tranche avec l’image d’un acteur réticent à partager des informations que Binance pouvait encore traîner il y a quelques années. L’entreprise affirme aujourd’hui que chaque dossier sérieux fait l’objet d’une transmission rapide et complète.

Réponse directe aux critiques médiatiques récentes

Le billet publié par Binance ne se contente pas de vanter ses mérites ; il répond aussi frontalement à plusieurs articles récents jugés « inexacts » ou « partiels » par la direction. Sans nommer explicitement les médias concernés, la plateforme reproche à certains reportages de :

  • minimiser les progrès réalisés depuis 2023,
  • reprendre des allégations non vérifiées ou obsolètes,
  • ignorer le contexte technique de la surveillance on-chain,
  • présenter comme systématiques des incidents qui ont été traités selon les procédures en vigueur.

Selon Binance, chaque cas médiatisé ces derniers mois a donné lieu à une enquête interne, à des blocages de fonds quand cela était justifié, et souvent à une transmission aux autorités compétentes. L’exchange affirme suivre « les meilleures pratiques de l’industrie » et coopérer pleinement dès qu’une menace crédible est identifiée.

Pourquoi ces annonces maintenant ?

Le timing de cette communication n’est pas anodin. Le secteur crypto reste sous haute surveillance réglementaire dans de très nombreux pays. Plusieurs enquêtes sont toujours en cours contre d’anciens dirigeants ou contre la société elle-même dans différentes juridictions. Parallèlement, de nouveaux marchés importants – Inde, certains pays d’Asie du Sud-Est, Australie – durcissent leurs exigences vis-à-vis des plateformes étrangères.

Dans ce contexte, démontrer des progrès chiffrés et massifs permet à Binance de tenter de rétablir une image de sérieux et de responsabilité. Montrer que l’exposition aux risques a été divisée par plus de trente en dix-huit mois constitue un argument puissant face aux régulateurs qui pourraient être tentés d’imposer des mesures encore plus strictes.

Les limites de l’auto-évaluation

Malgré ces annonces encourageantes, plusieurs questions demeurent. Tout d’abord, les pourcentages avancés proviennent exclusivement des outils internes de Binance. Aucun audit indépendant récent n’est venu publiquement confirmer ces niveaux d’exposition aussi bas. Dans un secteur où la confiance reste fragile, cette absence de validation extérieure peut susciter un certain scepticisme.

Ensuite, même 0,009 % d’un volume quotidien qui se compte en dizaines de milliards représente encore plusieurs centaines de milliers, voire millions de dollars par jour qui transitent potentiellement par des entités sanctionnées avant d’être détectés et bloqués. La question n’est donc pas seulement le pourcentage final, mais aussi la vitesse et l’efficacité de détection.

Enfin, la conformité ne se limite pas aux sanctions. Le respect des règles KYC/AML, la prévention des pump & dump organisés, la lutte contre les rançongiciels et les arnaques aux faux supports techniques restent des chantiers colossaux pour n’importe quelle grande plateforme.

Un tournant stratégique pour l’industrie entière ?

Si les chiffres communiqués par Binance se vérifient dans les mois qui viennent, cela pourrait marquer un vrai tournant pour l’ensemble du secteur. Pendant longtemps, les exchanges ont été accusés de fermer les yeux sur les flux douteux pour maximiser le volume et attirer davantage d’utilisateurs. Montrer qu’il est possible de concilier croissance et respect strict des règles internationales pourrait changer la perception globale des régulateurs.

Pour les utilisateurs lambda, ces efforts devraient normalement se traduire par une plateforme plus sûre, avec moins de risques de gel soudain de fonds suite à une faille de compliance ou à une sanction tardive. Pour les autorités, c’est la preuve qu’une régulation efficace peut pousser même les acteurs les plus réticents à bouger.

Vers une maturité forcée du marché crypto

Le cas Binance illustre parfaitement la trajectoire que suit peu à peu l’écosystème crypto tout entier : une maturité parfois subie, souvent coûteuse, mais de plus en plus inéluctable. Les jours où il suffisait d’annoncer un listing pour voir le cours s’envoler sans se poser de questions sur la provenance des fonds semblent définitivement révolus.

Aujourd’hui, les investisseurs institutionnels, les régulateurs et même une partie croissante du public exigent des gages concrets de sérieux. Les investissements colossaux consentis par Binance dans ses équipes et ses outils pourraient donc devenir, à terme, la nouvelle norme plutôt que l’exception.

Reste à savoir si cette communication offensive suffira à inverser durablement la perception négative qui colle encore à la plateforme dans certains cercles. Les prochains rapports d’activité, les décisions réglementaires à venir et surtout les résultats concrets en matière de prévention des crimes financiers seront scrutés avec la plus grande attention.

Une chose est sûre : en affichant des chiffres aussi tranchés et en assumant publiquement la bataille pour sa réputation, Binance a choisi de ne plus se cacher derrière le silence. Reste maintenant à transformer ces annonces en réalité tangible et durable pour l’ensemble de ses 200 millions d’utilisateurs revendiqués.

Le chemin est encore long, mais le premier grand virage semble bel et bien amorcé.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.