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Somaliland Propose Minerais et Bases aux USA

Le Somaliland accélère sa quête de reconnaissance en proposant aux États-Unis un accès privilégié à ses riches gisements de lithium, coltan et autres minerais critiques, ainsi que des bases militaires stratégiques. Une offre alléchante qui pourrait changer la donne dans la région... mais à quel prix ?
Le Somaliland, cette région autoproclamée indépendante au nord de la Somalie, fait à nouveau parler d’elle sur la scène internationale. Après avoir obtenu une reconnaissance historique de la part d’Israël fin 2025, elle multiplie les ouvertures diplomatiques audacieuses pour consolider sa position et attirer de nouveaux soutiens. Aujourd’hui, c’est vers Washington que se tournent ses regards, avec une proposition qui ne manque pas d’interpeller : un accès privilégié à ses richesses minières stratégiques et la possibilité d’accueillir des bases militaires américaines.

Le Somaliland accélère sa quête de reconnaissance internationale

Depuis sa déclaration d’indépendance unilatérale en 1991, le Somaliland vit une existence particulière : stable et organisé sur son territoire, mais largement ignoré par la communauté internationale qui continue de le considérer comme faisant partie de la Somalie. Cette situation de non-reconnaissance pèse lourd sur son développement économique et sa sécurité. La récente reconnaissance par Israël a changé la donne, créant un précédent majeur et ouvrant la porte à d’autres pays.

Dans ce contexte, les autorités somalilandaises ne perdent pas de temps. Elles cherchent activement à transformer ce premier succès diplomatique en une dynamique plus large. L’objectif est clair : obtenir davantage de légitimité sur la scène mondiale, attirer des investissements et renforcer leur position stratégique dans une région clé du globe.

Une proposition alléchante pour les États-Unis

Le ministre de la Présidence, Khadar Hussein Abdi, a été on ne peut plus direct lors d’un entretien accordé récemment. Il a affirmé que le Somaliland était prêt à accorder des exclusivités minières aux États-Unis. Mieux encore, il n’exclut pas du tout l’idée d’offrir des bases militaires sur son sol. « Nous pensons que nous nous mettrons d’accord sur quelque chose avec les États-Unis », a-t-il ajouté avec optimisme.

Cette offre n’arrive pas par hasard. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large où le Somaliland met en avant ses atouts : une position géographique exceptionnelle et des ressources naturelles prometteuses. Le territoire se trouve à l’entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, ce passage maritime vital reliant la mer Rouge au golfe d’Aden et, par extension, l’océan Indien au canal de Suez. Une zone parmi les plus fréquentées au monde pour le commerce international.

« Nous sommes prêts à accorder des exclusivités (minières) aux États-Unis. Nous sommes également ouverts à l’idée d’offrir des bases militaires aux États-Unis. »

Khadar Hussein Abdi, ministre de la Présidence du Somaliland

Cette déclaration intervient alors que Washington dispose déjà d’une présence militaire significative à Djibouti, pays voisin immédiat. Une base supplémentaire au Somaliland permettrait de renforcer cette emprise sur une route commerciale cruciale, surtout dans un contexte de tensions régionales persistantes.

Des minerais stratégiques au cœur de l’offre

Le sous-sol du Somaliland recèle des ressources qui intéressent particulièrement les grandes puissances. Selon le ministère de l’Énergie et des Minerais local, on y trouve du lithium, du tantalum, du niobium et du coltan, des minerais essentiels à l’industrie high-tech, à la transition énergétique et à la défense. Ces matériaux entrent dans la fabrication de batteries, d’électronique, de composants aéronautiques et d’équipements militaires.

Bien que les études détaillées manquent encore pour évaluer précisément les quantités disponibles, les autorités somalilandaises insistent sur le potentiel élevé. Le président Abdirahman Mohamed Abdullahi, connu sous le nom d’« Irro », avait déjà évoqué récemment la possibilité d’offrir un accès privilégié à ces ressources à Israël dans le cadre de leur nouveau partenariat.

Cette richesse minière devient un levier diplomatique puissant. Dans un monde où la compétition pour les matières premières critiques s’intensifie, proposer un accès exclusif à un pays comme les États-Unis représente une carte maîtresse pour obtenir en retour une reconnaissance officielle ou, à minima, un soutien politique et économique renforcé.

Un contexte régional tendu et stratégique

Le Somaliland n’est pas isolé géographiquement. Face à lui, de l’autre côté de la mer Rouge, se trouve le Yémen, où les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, multiplient les attaques contre des navires et des intérêts israéliens depuis le début du conflit à Gaza. Cette instabilité maritime rend d’autant plus précieuse la position du Somaliland pour sécuriser les routes commerciales.

Les analystes régionaux soulignent que ce rapprochement potentiel avec les États-Unis s’explique en grande partie par cette localisation avantageuse. Contrôler ou influencer les abords du détroit de Bab-el-Mandeb devient un enjeu majeur pour les puissances occidentales soucieuses de protéger leurs flux commerciaux et leurs intérêts stratégiques.

Par ailleurs, les autorités somalilandaises n’excluent rien concernant un partenariat plus poussé avec Israël. Interrogé sur la possibilité d’une base militaire israélienne sur son territoire, le ministre Khadar Hussein Abdi a répondu qu’il « ne fallait rien exclure » dans le cadre d’un accord stratégique qui devrait être signé prochainement à Israël.

Une diplomatie pragmatique sous influence américaine

Depuis le retour de Donald Trump à la présidence, la politique étrangère américaine semble avoir pris un tournant résolument pragmatique. Les ressources naturelles et les opportunités militaires priment souvent sur les considérations idéologiques ou multilatérales traditionnelles. Dans ce cadre, une proposition comme celle du Somaliland tombe à pic.

Les États-Unis cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement en minerais critiques pour réduire leur dépendance vis-à-vis de certains fournisseurs dominants. Offrir un accès privilégié à des gisements potentiellement riches en lithium ou en coltan pourrait s’avérer très attractif pour Washington.

De son côté, le Somaliland espère que cette ouverture accélérera les reconnaissances internationales. Après Israël, les États-Unis représenteraient un appui majeur, susceptible d’entraîner d’autres pays dans leur sillage et de changer durablement la donne pour cette entité autoproclamée.

Les défis et les risques d’une telle stratégie

Cette approche n’est pas sans risques. Mogadiscio, la capitale somalienne, continue de revendiquer la souveraineté sur l’ensemble du territoire, y compris le Somaliland. Toute reconnaissance étrangère supplémentaire risque d’attiser les tensions et de compliquer les relations régionales.

De plus, l’exploitation minière à grande échelle pose des questions environnementales et sociales. Sans études approfondies et sans cadre réglementaire solide, le développement de ces ressources pourrait engendrer des conflits locaux ou des dégradations écologiques importantes.

Enfin, offrir des bases militaires à des puissances étrangères modifie l’équilibre régional. Cela pourrait être perçu comme une provocation par certains acteurs, notamment ceux soutenant Mogadiscio ou opposés à une présence accrue des États-Unis dans la Corne de l’Afrique.

Vers un nouvel équilibre dans la Corne de l’Afrique ?

Le Somaliland joue gros avec cette proposition. En misant sur ses ressources minières et sa position géostratégique, il espère transformer son statut de paria diplomatique en partenaire convoité. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si Washington répond favorablement à cette main tendue.

Quoi qu’il en soit, cette actualité rappelle que dans un monde multipolaire, les entités non reconnues peuvent encore peser sur l’échiquier international en utilisant intelligemment leurs atouts naturels et leur emplacement. Le Somaliland en est la preuve vivante.

Pour l’heure, les discussions se poursuivent, et l’avenir dira si cet échange de reconnaissance contre ressources et bases militaires deviendra réalité. Une chose est sûre : la Corne de l’Afrique reste une région où les enjeux géopolitiques et économiques se mêlent étroitement, et où chaque mouvement compte.

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