Imaginez une paisible prière du vendredi dans une mosquée de la capitale pakistanaise, soudainement transformée en scène d’horreur par un attentat-suicide. Quarante vies fauchées en un instant, des familles brisées, et un pays qui, une fois de plus, se retrouve confronté à la violence venue de l’autre côté de sa frontière poreuse. Cet événement tragique du 6 février a servi de catalyseur à une riposte militaire d’envergure annoncée par Islamabad.
Quelques jours seulement après ce drame, le Pakistan a décidé de passer à l’action. Des frappes précises ont visé des installations soupçonnées d’abriter des combattants responsables de plusieurs attaques récentes sur le sol pakistanais. Cette opération marque une nouvelle étape dans la détérioration des relations avec le voisin afghan.
Une riposte militaire après une série d’attaques meurtrières
Le ministère pakistanais de l’Information a publié un communiqué clair et sans détour. Les forces armées ont conduit des frappes sélectives contre sept emplacements différents identifiés comme des camps et des refuges utilisés par des groupes armés. Ces sites servaient, selon les autorités, de bases arrière pour planifier et exécuter des opérations sur le territoire pakistanais.
Parmi les cibles figuraient également des éléments affiliés à l’organisation Etat islamique. Cette précision est lourde de sens : elle montre que la menace ne se limite plus aux seuls mouvements insurrectionnels locaux, mais inclut désormais des acteurs internationaux du djihadisme.
Pourquoi une telle opération maintenant ? La réponse réside dans l’accumulation d’attaques ces derniers mois. Le drame d’Islamabad n’était malheureusement pas un cas isolé, mais le point culminant d’une vague de violence qui a particulièrement touché le nord-ouest du pays.
L’attentat de la mosquée chiite d’Islamabad
Le 6 février, pendant la prière hebdomadaire, un kamikaze s’est fait exploser au cœur d’une mosquée chiite de la capitale. Le bilan est terrible : 40 personnes tuées et de nombreux blessés. Il s’agit de l’attaque la plus sanglante enregistrée à Islamabad depuis l’attentat contre l’hôtel Marriott en 2008, qui avait fait 60 morts.
Les mosquées se remplissent traditionnellement le vendredi. Ce jour sacré est devenu, hélas, une cible privilégiée pour certains groupes extrémistes. La communauté chiite, qui représente entre 10 et 15 % de la population pakistanaise, a déjà payé un lourd tribut par le passé à ces violences sectaires.
L’attaque a été rapidement revendiquée par une branche de l’Etat islamique. Cette revendication a renforcé la détermination des autorités pakistanaises à réagir de manière ferme et visible.
Un contexte de tensions frontalières anciennes
Depuis la reprise du pouvoir par les talibans à Kaboul en août 2021, les relations entre le Pakistan et l’Afghanistan n’ont cessé de se dégrader. Islamabad accuse régulièrement les nouvelles autorités afghanes de tolérer, voire de soutenir, la présence de combattants anti-pakistanais sur leur sol.
De leur côté, les talibans démentent systématiquement ces allégations et renvoient la responsabilité des violences à la politique pakistanaise. Ce dialogue de sourds s’est parfois transformé en affrontements directs.
Le 12 octobre 2025, les deux pays ont connu l’un de leurs épisodes les plus graves. Des combats d’une intensité inhabituelle ont éclaté le long de la ligne Durand. Chaque camp a revendiqué avoir infligé de lourdes pertes à l’adversaire.
Les forces afghanes ont capturé plusieurs postes militaires pakistanais.
Porte-parole du gouvernement taliban, octobre 2025
Cette déclaration unilatérale n’a bien sûr pas été confirmée par Islamabad, qui a affirmé avoir causé des dizaines de morts dans les rangs afghans. Ces versions contradictoires illustrent parfaitement le climat de méfiance mutuelle.
Les conséquences humanitaires et économiques de la fermeture frontalière
Depuis la mi-octobre 2025, la principale voie terrestre entre les deux pays est fermée à la circulation normale. Seuls certains convois humanitaires et les Afghans expulsés du Pakistan peuvent encore passer.
Cette fermeture a des répercussions dramatiques :
- Arrêt quasi-total des échanges commerciaux
- Difficultés d’approvisionnement pour les populations frontalières
- Séparation de familles transnationales
- Perte de revenus pour les commerçants et transporteurs
- Augmentation des prix de nombreuses marchandises
Des milliers de personnes vivent depuis des générations dans cette zone frontalière où les allers-retours étaient autrefois quotidiens. La fermeture brutale a bouleversé leur quotidien et créé un profond ressentiment de part et d’autre.
Le bilan des violences côté afghan
Selon un rapport publié le 8 février par la mission des Nations unies en Afghanistan, les actions attribuées aux forces pakistanaises ont causé, au cours des trois derniers mois de 2025 :
- 70 civils tués
- 478 civils blessés
Ces chiffres, s’ils sont confirmés, témoignent de l’impact humain considérable des opérations militaires transfrontalières. Ils alimentent également la propagande talibane qui présente le Pakistan comme un agresseur.
Les groupes armés au cœur du conflit
Plusieurs mouvements armés opèrent dans cette zone montagneuse difficile d’accès :
- Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), principal groupe insurgé contre Islamabad
- Différentes factions dissidentes ou alliées
- Des éléments affiliés à l’Etat islamique dans la province afghane de Nangarhar et au-delà
Ces groupes profitent du terrain accidenté, des réseaux tribaux transfrontaliers et de la porosité historique de la frontière pour mener leurs opérations. Le Pakistan affirme que ces combattants trouvent refuge et soutien logistique côté afghan, ce que Kaboul conteste vigoureusement.
Une escalade aux conséquences régionales imprévisibles
La situation actuelle soulève de nombreuses questions stratégiques :
- Les frappes pakistanaises vont-elles réellement diminuer la capacité opérationnelle des groupes visés ?
- Kaboul va-t-il riposter militairement ou se contenter de condamnations diplomatiques ?
- Quelle sera la réaction de la communauté internationale face à cette nouvelle escalade ?
- La fermeture prolongée de la frontière risque-t-elle de provoquer une crise humanitaire majeure ?
- Les populations locales, prises en étau, vont-elles basculer davantage vers la radicalisation ?
Chaque nouvelle frappe, chaque attentat, chaque accusation mutuelle resserre un peu plus l’étau autour d’une région déjà parmi les plus instables de la planète.
Vers une désescalade ou un embrasement durable ?
Les analystes divergent sur l’issue probable de cette crise. Certains estiment que les deux parties ont intérêt à éviter un conflit ouvert total, compte tenu de leurs fragilités économiques et politiques respectives. D’autres craignent au contraire que le cycle attentat-riposte ne devienne incontrôlable.
Une chose est certaine : tant que la question des sanctuaires présumés ne sera pas traitée de manière crédible et concertée, la violence risque de perdurer. Mais dans le climat actuel de défiance absolue, le dialogue semble plus lointain que jamais.
Le Pakistan, confronté à une insécurité intérieure grandissante, a clairement signifié qu’il ne resterait plus les bras croisés. Les frappes annoncées contre les sept sites ne constituent probablement que le début d’une série d’opérations similaires si la situation ne s’améliore pas.
Pendant ce temps, les populations des zones frontalières retiennent leur souffle, espérant que la prochaine explosion ne retentira pas dans leur village ou dans la mosquée de leur quartier.
« La paix durable ne viendra pas des armes seules, mais d’une volonté politique commune de tarir les sources du terrorisme. Malheureusement, cette volonté semble aujourd’hui cruellement absente des deux côtés de la frontière. »
Restent les victimes, les familles endeuillées, les blessés, et cette question lancinante : combien de drames supplémentaires faudra-t-il encore avant que les responsables politiques des deux pays ne trouvent enfin la voie d’une véritable désescalade ?
La réponse, pour l’instant, demeure malheureusement suspendue dans les nuages de fumée qui s’élèvent encore des zones tribales.
Ce conflit larvé, nourri par des décennies de méfiance, d’intérêts divergents et d’instrumentalisation mutuelle des groupes armés, continue donc de saigner une région déjà martyrisée. Et chaque nouvelle frappe, chaque nouvel attentat, ne fait que repousser un peu plus l’espoir d’une stabilisation durable.
À suivre, malheureusement, car l’histoire récente montre que ce type de tensions finit rarement sans de nouvelles victimes.









