Une reprise progressive après un choc violent
Le secteur high-tech représente un moteur incontournable pour Israël. Selon les données les plus récentes de l’Autorité israélienne de l’innovation publiées en septembre 2025, il pèse environ 17 % du PIB, génère 11,5 % des emplois et assure 57 % des exportations du pays. Ces chiffres illustrent à quel point la haute technologie est vitale pour la résilience économique nationale.
La guerre a toutefois provoqué un ralentissement brutal. Dès octobre 2023, de nombreuses entreprises ont dû faire face à des absences massives : entre 15 et 20 % des effectifs, parfois plus, ont été appelés sous les drapeaux. Le trafic aérien international, crucial pour un secteur aussi mondialisé, s’est trouvé interrompu pendant des mois. Les investisseurs étrangers, prudents, ont suspendu leurs engagements en attendant une stabilisation de la situation.
Cette période a également accéléré un phénomène préoccupant : la fuite des cerveaux. Entre octobre 2023 et juillet 2024, environ 8 300 salariés du high-tech ont quitté le pays pour une durée d’au moins un an, soit 2,1 % de la main-d’œuvre du secteur. Cette émigration touche particulièrement les profils qualifiés, ce qui pose des questions sur la capacité à maintenir le rythme d’innovation à long terme.
Les impacts chiffrés de la crise
En 2023, le high-tech avait connu une croissance impressionnante de 13,7 %, bien supérieure à celle du PIB global (1,8 %). Mais dès 2024, la production a stagné, et cette tendance s’est prolongée en 2025. Les recrutements ont ralenti, et pour la première fois depuis longtemps, le nombre d’emplois dans le secteur a légèrement reculé.
Les difficultés logistiques ont amplifié les problèmes. Les voyages d’affaires essentiels pour lever des fonds ou signer des partenariats ont été compliqués, tandis que les mobilisations ont forcé de nombreuses structures à réduire leurs équipes ou à reporter des projets. Pourtant, ces obstacles n’ont pas éteint la flamme innovante qui caractérise cet écosystème.
Le retour des investisseurs et les signaux positifs
Les financements privés montrent une nette reprise. En 2025, les entreprises high-tech israéliennes ont levé environ 15,6 milliards de dollars, contre 12,2 milliards en 2024. Cette augmentation significative, selon les estimations préliminaires publiées fin décembre par une organisation promouvant l’innovation israélienne, témoigne d’un regain de confiance.
L’innovation de rupture, ou deep-tech, qui repose sur des avancées scientifiques majeures dans des domaines comme l’intelligence artificielle, la biotechnologie ou l’informatique quantique, a retrouvé ses niveaux d’avant 2021 – une année record pour le secteur. Ce retour à un pic historique démontre que les fondamentaux restent solides.
« Les investisseurs arrivent en Israël sans arrêt »
Benjamin Netanyahu, Premier ministre
Cette déclaration reflète l’optimisme ambiant. L’annonce la plus symbolique est venue mi-décembre du géant américain des semi-conducteurs Nvidia. Le groupe prévoit de créer un immense centre de recherche et développement dans le nord du pays, capable d’accueillir jusqu’à 10 000 employés. Ce projet massif confirme l’attractivité persistante d’Israël pour les leaders mondiaux de la tech.
L’essor spectaculaire de la tech de défense
Parmi les domaines qui tirent le plus la reprise, la technologie de défense occupe une place prépondérante. La mobilisation sur plusieurs fronts a accéléré le développement de solutions innovantes. Entre juillet 2024 et avril 2025, le nombre de startups spécialisées dans ce secteur a presque doublé, passant de 160 à 312.
Cette croissance fulgurante répond à des besoins opérationnels urgents. Traditionnellement, le ministère de la Défense s’approvisionnait auprès de grands groupes industriels établis. Mais la guerre a changé la donne : les défis sur le terrain ont poussé à adopter plus rapidement des technologies issues de jeunes pousses, même si elles n’étaient pas entièrement matures.
Plus de 130 startups ont intégré les collaborations avec le département recherche et développement du ministère depuis le début du conflit. Les technologies liées à la défense ont supplanté la cybersécurité comme segment le plus attractif, non seulement localement mais aussi à l’échelle mondiale, dans un contexte géopolitique tendu marqué par divers conflits et rivalités.
Perspectives et défis à venir
Malgré ces signes encourageants, des interrogations persistent. La fuite des talents reste un risque majeur. Si une partie des émigrés revient, l’impact cumulatif sur le vivier de compétences pourrait se faire sentir durablement. Les autorités et les acteurs du secteur insistent sur la nécessité de renforcer l’attractivité pour retenir et rapatrier les profils hautement qualifiés.
La trêve actuelle offre une fenêtre pour consolider la reprise. Les investissements étrangers, comme celui de Nvidia, pourraient créer un effet d’entraînement, en générant des emplois, en stimulant la formation et en renforçant les infrastructures. Le nord du pays, en particulier, pourrait devenir un nouveau hub majeur grâce à ces projets ambitieux.
Le high-tech israélien a prouvé sa résilience à maintes reprises. Après avoir surmonté des crises passées, il semble aujourd’hui prêt à rebondir plus fort, porté par l’innovation défensive et un regain d’intérêt international. L’avenir dépendra de la capacité à stabiliser l’environnement sécuritaire et à investir massivement dans le capital humain.
En attendant, les chiffres de 2025 marquent déjà un tournant. La hausse des levées de fonds, le retour des deep-tech à des sommets historiques et l’explosion des startups défense dessinent les contours d’une renaissance. Israël conserve son statut de nation innovante, capable de transformer l’adversité en opportunités technologiques.
Ce dynamisme retrouvé n’efface pas les cicatrices de la guerre, mais il montre que l’écosystème high-tech, malgré les épreuves, garde une force d’attraction et une créativité intactes. Les prochains mois seront décisifs pour confirmer si cette reprise est durable ou si de nouveaux défis viendront la freiner à nouveau. Le secteur continue d’incarner l’esprit pionnier israélien, tourné vers l’avenir malgré les turbulences.









