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MSF Défie l’Expulsion et Reste à Gaza le Plus Longtemps Possible

Alors que l'ultimatum israélien expire fin février, le chef de mission de MSF à Gaza affirme que l'ONG restera "aussi longtemps que possible". Mais sans entrées de personnel ni de matériel, comment continuer ? La réponse pourrait créer un vide immense dans le système de santé...

Imaginez un territoire où les hôpitaux fonctionnent avec des stocks qui s’épuisent jour après jour, où les médecins étrangers ne peuvent plus entrer et où la population attend désespérément des soins de base. C’est la réalité actuelle à Gaza, où une organisation humanitaire internationale majeure se retrouve au cœur d’un bras de fer sans précédent avec les autorités israéliennes. À quelques jours d’une échéance fatidique, elle annonce qu’elle ne partira pas sans combattre jusqu’au bout.

Un ultimatum qui menace l’aide vitale

Depuis le début du mois de février, une décision radicale prise par le gouvernement israélien plane comme une épée de Damoclès sur les opérations humanitaires dans la bande de Gaza. L’organisation concernée, spécialisée dans les secours médicaux d’urgence, se voit sommée de quitter le territoire au plus tard le 28 février. La raison invoquée ? Le refus de transmettre la liste complète et détaillée de ses employés palestiniens.

Cette exigence, présentée comme une mesure de sécurité, a été qualifiée par l’ONG de prétexte destiné à entraver l’acheminement de l’aide humanitaire dans une région déjà ravagée par deux années de conflit intense. Le chef de mission pour la Palestine a tenu à s’exprimer clairement depuis Amman : l’organisation compte bien rester active aussi longtemps que possible.

Des restrictions déjà en place depuis janvier

La situation s’est dégradée bien avant l’annonce officielle de l’expulsion. Dès le début de l’année, plus aucun membre du personnel international n’a pu pénétrer dans la bande de Gaza. Les autorités ont également fermé l’accès à la Cisjordanie pour ces mêmes équipes étrangères. Résultat : les expatriés présents sur place termineront leur mission fin février sans être remplacés.

Plus grave encore, l’interdiction s’étend désormais aux équipements médicaux, aux médicaments et à tout le matériel indispensable. Les stocks actuels dans les pharmacies de l’organisation permettent encore de maintenir certaines activités, mais pour combien de temps ? Cette pénurie progressive risque de transformer une crise sanitaire déjà profonde en catastrophe majeure.

« Si nous sommes obligés de partir, cela créera un vide immense. Le système de santé s’est effondré et sans des ONG comme nous, qui va prendre le relais ? »

Cette déclaration illustre parfaitement l’inquiétude majeure : l’absence d’acteurs humanitaires indépendants pourrait laisser des centaines de milliers de personnes sans accès aux soins les plus élémentaires.

Un système de santé au bord de l’effondrement total

La bande de Gaza traverse une crise humanitaire d’une ampleur rarement égalée. Malgré un cessez-le-feu fragile entré en vigueur depuis le mois d’octobre, les infrastructures médicales restent exsangues. Les hôpitaux, bombardés ou endommagés, fonctionnent à minima. Le personnel local, épuisé, tente de compenser l’absence de renforts.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’année dernière, l’organisation a réalisé près de 800 000 consultations médicales, pris en charge plus de 100 000 cas de traumatismes et accompagné plus de 10 000 naissances. Ces interventions ont sauvé d’innombrables vies dans un contexte où chaque minute compte. Quinze membres de l’équipe ont payé le prix ultime, tués au cours du conflit.

Sans cette présence, qui assurera la continuité des soins chirurgicaux d’urgence, des traitements contre les infections ou simplement des accouchements sécurisés ? La question reste pour l’instant sans réponse claire.

Suspension des activités à l’hôpital Nasser

L’un des établissements les plus importants du sud de Gaza, l’hôpital Nasser à Khan Younès, a vu les opérations de l’ONG fortement réduites ces derniers temps. La raison invoquée est la présence répétée d’individus armés à l’intérieur même des locaux hospitaliers.

Face à cette situation, l’organisation a préféré suspendre temporairement ses activités plutôt que de risquer la sécurité de ses patients et de son personnel. Elle attend désormais que des mesures concrètes soient prises par les autorités locales pour garantir le respect du caractère neutre et protégé des structures de santé.

Ce principe fondamental du droit international humanitaire – la protection des hôpitaux – semble de plus en plus difficile à faire respecter sur le terrain. Chaque violation aggrave la vulnérabilité des civils qui dépendent de ces lieux pour survivre.

Le refus de communiquer les listes nominatives

Au cœur du différend se trouve l’exigence israélienne de transmettre les noms complets des employés palestiniens recrutés localement. Initialement, l’organisation avait accepté à titre exceptionnel de fournir ces informations, avant de se rétracter faute de garanties suffisantes sur la protection des personnes concernées.

Le responsable a tenu à réaffirmer avec force que aucun membre d’un groupe armé n’a été recruté. Un système de vérification préalable existe pour chaque nouvelle embauche. S’il devait apparaître qu’une telle situation s’était produite, des mesures immédiates seraient prises, a-t-il assuré.

« Nous n’avons recruté aucun membre d’un groupe armé. S’il y avait un tel cas, alors bien sûr nous agirions. »

Cette position ferme s’explique par la crainte légitime que la transmission de ces listes puisse exposer les employés à des représailles ou à des arrestations arbitraires. Dans un environnement aussi tendu, la protection des équipes locales devient une priorité absolue.

Un précédent dangereux pour toutes les ONG

La mesure ne concerne officiellement que Gaza et 37 organisations internationales. Pourtant, plusieurs acteurs humanitaires s’inquiètent déjà d’une possible extension de ces restrictions à la Cisjordanie occupée dans les mois à venir. Une telle évolution changerait radicalement le paysage de l’aide dans l’ensemble des territoires palestiniens.

Les conséquences seraient multiples : réduction drastique de l’accès aux soins, dépendance accrue envers des structures locales déjà saturées, et risque accru de propagation de maladies dans des conditions sanitaires précaires. La neutralité et l’indépendance des ONG, piliers de leur action, se trouveraient directement menacées.

Un appel au dialogue pour un retour rapide

Malgré la tension actuelle, l’organisation garde l’espoir d’un retour à la table des négociations. Le chef de mission a exprimé le souhait que le dialogue avec le gouvernement israélien puisse être rapidement rétabli. L’objectif reste clair : permettre à l’équipe de retourner à Gaza dans les meilleurs délais.

Chaque jour qui passe sans accord aggrave la situation sur le terrain. Les besoins médicaux ne diminuent pas ; au contraire, ils s’accumulent. La population civile, prise en étau entre les impératifs sécuritaires et l’urgence sanitaire, paie le prix le plus lourd.

Vers une crise sanitaire sans précédent ?

Si l’expulsion se concrétise sans solution alternative, le vide laissé par le départ de cette organisation et d’autres acteurs similaires pourrait s’avérer catastrophique. Les maladies chroniques non traitées, les infections post-opératoires, les grossesses à risque : tous ces problèmes deviendraient rapidement ingérables.

Les enfants, les personnes âgées, les blessés de guerre : autant de populations vulnérables qui dépendent directement de l’aide humanitaire médicale pour survivre. Sans elle, le bilan humain risque de s’alourdir de manière dramatique dans les prochains mois.

La communauté internationale observe avec attention cette confrontation. Elle pose une question fondamentale : jusqu’où les impératifs sécuritaires peuvent-ils primer sur l’impératif humanitaire ? La réponse qui sera donnée dans les prochains jours pourrait redéfinir les règles du jeu pour toutes les interventions d’urgence dans les zones de conflit.

Un engagement humanitaire qui ne faiblit pas

Face à l’adversité, l’organisation fait preuve d’une détermination rare. Elle continue d’opérer avec les moyens du bord, en puisant dans ses stocks, en mobilisant ses équipes locales, en maintenant le contact avec les patients. Cette résilience témoigne d’un engagement profond envers les populations en détresse.

Chaque consultation maintenue, chaque plaie pansée, chaque naissance accompagnée représente une victoire sur l’abandon. Mais ces victoires restent fragiles tant que la menace d’un départ forcé plane au-dessus des équipes.

Le monde suit avec anxiété l’évolution de cette situation. Elle dépasse largement le cadre d’une seule organisation ou d’un seul territoire. Elle interroge notre capacité collective à protéger les plus vulnérables lorsque la guerre et la politique s’entremêlent.

En attendant une issue, une certitude demeure : tant que les stocks tiennent et que le personnel peut encore agir, l’espoir de soins continue d’exister à Gaza. Mais pour combien de temps encore ?

« Nous travaillons encore à Gaza et nous avons l’intention de poursuivre nos opérations aussi longtemps que possible. »

— Chef de mission MSF pour la Palestine

Cette phrase résume à elle seule l’état d’esprit actuel : ne pas abandonner, résister autant que faire se peut, et espérer qu’une solution diplomatique permette de reprendre pleinement les activités. L’avenir du système de santé à Gaza dépend en grande partie de ce qui se jouera dans les prochains jours.

La crise humanitaire ne s’arrête pas aux frontières ni aux calendriers administratifs. Elle continue, implacable, et appelle une réponse urgente et concertée. Le sort de centaines de milliers de vies en dépend.

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