Une condamnation lourde dans un contexte explosif
Le tribunal correctionnel de Bobigny a rendu son verdict ce jeudi, marquant un tournant dans cette affaire qui mêle héritage contesté, violences physiques et cyberharcèlement. Le producteur, connu sous le pseudonyme de Babs, n’était pas présent lors du délibéré, pas plus que son avocat. Le juge a donc émis un mandat d’arrêt immédiat, signifiant que les forces de l’ordre sont désormais à sa recherche pour faire exécuter la peine.
Cette décision intervient après un procès où les faits ont été longuement débattus. La victime, Fatima B., a décrit une scène cauchemardesque : des coups au visage et au corps, une tentative d’étranglement, des menaces de mort, le tout dans l’arrière-salle obscure d’un établissement de nuit. Les séquelles physiques ont entraîné sept jours d’incapacité totale de travail, sans compter le choc psychologique durable.
Le décor d’une nuit qui a mal tourné
La rencontre avait été fixée tard dans la nuit, vers 2 heures du matin. Le producteur et plusieurs membres de son entourage professionnel étaient venus réclamer une somme importante, estimée à un million d’euros. Selon les déclarations de la plaignante, cet argent aurait été versé à l’artiste décédé pour un projet immobilier à l’étranger, et le producteur en exigeait le remboursement immédiat.
Les tensions ont rapidement escaladé. La victime raconte avoir reçu la première gifle de la main même de Babs, suivie d’autres violences collectives. Son passeport aurait même été confisqué sur place, avec des mots glaçants : « Y a plus de Dubaï ». Cette agression n’était pas isolée ; elle s’inscrit dans un climat de pressions répétées, incluant des messages menaçants sur les réseaux sociaux.
Le procureur, lors des réquisitions en janvier, avait demandé douze mois d’emprisonnement aménagés en semi-liberté, assortis d’une interdiction de contact avec la victime pendant trois ans. Le tribunal a finalement opté pour une sanction plus sévère, soulignant sans doute la gravité des faits et le passé judiciaire chargé du prévenu.
Un producteur au casier judiciaire déjà lourd
Babiry Sacko, alias Babs, n’en est pas à son premier démêlé avec la justice. Son casier mentionne douze condamnations antérieures, incluant des peines pour trafic de stupéfiants, escroquerie ou encore extorsion avec violence. Au moment des faits, il purgeait d’ailleurs une peine sous régime de semi-liberté pour une affaire datant de 2017.
Cette accumulation de mentions judiciaires a pesé dans la balance lors du jugement. Le tribunal a perçu une récidive potentielle, aggravée par le contexte émotionnel : le décès récent d’un artiste talentueux, propulsé au sommet des ventes de disques en France ces dernières années.
Le rappeur en question, mort subitement à 31 ans d’une défaillance cardiaque liée à des complications de santé chronique, laissait derrière lui une fortune conséquente et un héritage artistique disputé. Sa disparition a ouvert une boîte de Pandore : litiges financiers, accusations croisées et maintenant une condamnation pénale.
Les dessous d’un conflit financier post-mortem
Au cœur du différend : une transaction d’un million d’euros. Le producteur affirme avoir avancé cette somme pour un achat immobilier à Dubaï au profit de l’artiste. Après le décès, il a cherché à récupérer les fonds auprès de proches, dont Fatima B., présentée comme une amie intime de la victime.
De son côté, la plaignante conteste toute dette et dénonce une tentative d’extorsion violente. Les échanges sur les réseaux sociaux ont envenimé la situation, avec des publications accusatrices de part et d’autre. Le cyberharcèlement fait également partie des griefs retenus contre Babs.
Ce type de conflit n’est pas rare dans le monde du spectacle après la perte d’une star. Les droits d’auteur, les contrats de production, les avances sur recettes deviennent des enjeux brûlants. Ici, l’absence de transparence sur les accords passés complique tout.
Impact sur l’entourage et la scène rap
La nouvelle de cette condamnation résonne fortement dans le milieu du rap français. Werenoi avait conquis un large public par son style authentique et ses textes ancrés dans la réalité de la rue. Sa mort prématurée avait déjà provoqué une vague d’émotion, suivie d’hommages massifs.
Aujourd’hui, cette affaire judiciaire ternit un peu plus le souvenir. Les fans s’interrogent sur les coulisses de la réussite fulgurante de l’artiste et sur les relations parfois toxiques qui l’entouraient. Des questions émergent : comment un producteur aussi impliqué a-t-il pu en arriver là ?
Pour Fatima B., cette victoire judiciaire représente une forme de reconnaissance. Elle a courageusement témoigné malgré les menaces, espérant que cela dissuade d’autres agresseurs. Son traumatisme reste profond, mêlant douleur physique et peur persistante.
Les leçons d’une affaire qui dépasse le fait divers
Cette histoire illustre les dangers des relations d’argent dans le show-business. Quand des millions circulent sans encadrement strict, les conflits peuvent dégénérer en violence. Elle met aussi en lumière les difficultés pour les victimes de se faire entendre face à des figures influentes.
La justice a ici envoyé un message clair : personne n’est au-dessus des lois, même dans un univers où le succès attire pouvoir et impunité apparente. Le mandat d’arrêt signifie que Babs devra répondre de ses actes, où qu’il se trouve.
En attendant, l’industrie musicale observe. Des artistes, managers et producteurs tirent peut-être des enseignements sur la nécessité de contrats clairs et de médiations professionnelles en cas de différend.
Vers une résolution judiciaire complète ?
Avec la condamnation prononcée, reste à exécuter la peine. Le prévenu étant introuvable pour l’instant, les investigations se poursuivent. D’autres volets, comme les aspects financiers ou le cyberharcèlement, pourraient donner lieu à des procédures complémentaires.
Pour la victime, c’est une étape importante vers la reconstruction. Pour le public, c’est un rappel que derrière les tubes et les classements se cachent parfois des drames humains. L’affaire continuera sans doute de faire parler dans les mois à venir.
Ce verdict ouvre une réflexion plus large sur la protection des proches des artistes décédés et sur la gestion des successions dans un milieu où l’argent coule à flots. Espérons que cela contribue à plus de transparence et de respect mutuel.









