Imaginez un instant : plus de la moitié de tous les Ether en circulation seraient immobilisés pour sécuriser le réseau Ethereum. Une barre symbolique, impressionnante, qui serait enfin franchie après des années d’adoption progressive du staking. Cette annonce a fait le tour de la communauté crypto début 2026… avant d’être immédiatement remise en question. Et si ce 50 % n’était qu’une illusion statistique ?
Le staking Ethereum : entre symbole fort et réalité technique
Depuis la mise à jour The Merge en 2022 et le passage définitif à la Proof of Stake, le staking est devenu l’un des piliers centraux d’Ethereum. Les utilisateurs bloquent leurs ETH pour participer à la validation des transactions et reçoivent en retour des récompenses. Plus le volume staké est important, plus le réseau est considéré comme sécurisé. Mais mesurer ce volume correctement n’est pas aussi simple qu’il y paraît.
Fin février 2026, une métrique a soudain attiré tous les regards : pour la première fois, plus de 50 % de l’offre totale d’Ether serait verrouillée dans le contrat de dépôt officiel du staking. Un chiffre fort, qui suggère une confiance massive des détenteurs et une maturité accrue du réseau. Pourtant, plusieurs analystes ont rapidement sonné l’alarme : ce pourcentage serait trompeur, voire « matériellement inexact » selon certains.
Comment fonctionne réellement le contrat de dépôt ?
Le contrat de dépôt Ethereum est un smart contract intelligent conçu pour recevoir les ETH que les utilisateurs souhaitent staker. Une fois envoyés, ces fonds sont enregistrés de manière immuable. Ce qui est crucial à comprendre, c’est que ce contrat n’enregistre QUE les dépôts entrants. Il ne soustrait jamais automatiquement les retraits effectués.
En d’autres termes : chaque fois qu’un utilisateur stake 32 ETH (la quantité minimale pour devenir validateur solo), cette somme est ajoutée au compteur historique du contrat. Mais quand ce même utilisateur (ou un validateur institutionnel) décide de retirer ses ETH après la période de verrouillage, le contrat de dépôt ne diminue pas son solde affiché. Le total cumulé continue donc de grimper… même si une partie significative des fonds a déjà été retirée.
« Le chiffre de 50 % ne reflète pas la quantité réelle d’ETH activement engagés dans la sécurisation du réseau, mais plutôt l’historique brut des dépôts. »
Cette distinction technique, bien que subtile, change complètement la lecture des statistiques.
50,18 % vs 30,8 % : le grand écart expliqué
Selon les données les plus relayées début 2026, environ 80 millions d’ETH auraient été envoyés au contrat de dépôt, soit 50,18 % de l’offre totale théorique. Ce nombre impressionnant a suscité enthousiasme et débats. Mais en croisant plusieurs sources indépendantes, un autre chiffre beaucoup plus bas émerge : environ 37 millions d’ETH réellement en staking actif, soit seulement 30,8 % de l’offre circulante.
Comment expliquer un tel écart de près de 20 points ? La réponse tient en trois points principaux :
- Les retraits effectués depuis la mise à jour Shanghai/Capella (2023) ne sont pas déduits du compteur historique du contrat de dépôt.
- Certains validateurs ont quitté le réseau (slashing, sortie volontaire, changement de stratégie) sans que cela ne fasse baisser le total cumulé affiché.
- Une partie non négligeable des ETH déposés provient de staking liquide ou de plateformes centralisées qui réallouent les fonds sans que cela soit toujours visible immédiatement dans les compteurs on-chain.
Résultat : le compteur « brut » continue d’augmenter, donnant l’impression d’une adoption massive, alors que le stake réellement actif stagne ou croît beaucoup plus lentement.
Pourquoi cette distinction est-elle si importante ?
La quantité réelle d’ETH stakés influence directement plusieurs dimensions critiques du réseau Ethereum :
- Sécurité économique : plus il y a d’ETH engagés, plus il devient coûteux d’attaquer le réseau (51 % attack).
- Décentralisation : un stake trop concentré entre quelques acteurs (Lido, Coinbase, etc.) pose des risques systémiques.
- Rendement du staking : lorsque le stake actif augmente, les récompenses par validateur diminuent mécaniquement (dilution).
- Perception du marché : un chiffre de 50 % renforce la narrative de maturité, tandis que 31 % peut sembler décevant.
Comprendre la vraie proportion de stake actif permet donc d’avoir une vision beaucoup plus lucide sur l’état réel de santé et de sécurité d’Ethereum en 2026.
Les sources de données : qui croire ?
Le débat actuel illustre parfaitement la difficulté d’obtenir des métriques fiables dans l’écosystème blockchain. D’un côté, certaines plateformes affichent le solde brut du contrat de dépôt (très facile à lire sur la blockchain). De l’autre, des analystes préfèrent combiner plusieurs sources :
| Source | Métrique privilégiée | Estimation staking 2026 |
| Contrat dépôt brut | Solde historique cumulé | ~50 % |
| Données validateurs (Ethplorer, beaconcha.in) | ETH effectivement validants | ~30-32 % |
| CryptoQuant / Glassnode (actifs) | Stake effectif ajusté retraits | ~30,8 % |
Chaque méthodologie a ses mérites, mais la seconde approche (ajustée pour les retraits) semble aujourd’hui la plus représentative de la réalité opérationnelle du réseau.
Conséquences pour les stakers et pour Ethereum
Si le stake actif tourne réellement autour de 31 %, plusieurs implications émergent :
- Le réseau reste très sécurisé, mais avec une marge d’attaque théorique plus importante qu’annoncé.
- Les rendements annuels pour les validateurs restent relativement attractifs (autour de 3,5-4,5 % selon les conditions 2026).
- La dilution des récompenses est moins forte que si 50 % étaient réellement engagés.
- La perception d’une « adoption massive » est légèrement exagérée, ce qui peut modérer l’enthousiasme institutionnel.
Pour les investisseurs individuels, cela signifie aussi qu’il reste encore une marge importante avant que le staking ne devienne « trop compétitif » et que les rendements ne chutent fortement.
Vers une meilleure transparence des métriques staking ?
Ce désaccord met en lumière un problème structurel : l’absence de standard unifié pour mesurer le staking effectif. Aujourd’hui, chaque analyste ou plateforme choisit sa méthodologie, ce qui crée de la confusion.
Plusieurs pistes sont évoquées dans la communauté pour améliorer la situation :
- Création d’un indicateur officiel « active stake » par la Fondation Ethereum
- Meilleure documentation des APIs de données on-chain
- Développement de dashboards unifiés croisant dépôts, retraits et validateurs actifs
- Communication plus pédagogique sur les limites du compteur de dépôt
Une meilleure lisibilité profiterait à tout l’écosystème : investisseurs, développeurs, institutions et même régulateurs qui scrutent de près la décentralisation du réseau.
Que retenir pour l’avenir d’Ethereum ?
Que le chiffre réel soit 31 % ou 35 %, Ethereum reste de loin la blockchain Proof of Stake la plus sécurisée économiquement au monde en 2026. Le staking continue de croître, porté par l’intérêt des institutionnels, l’essor du staking liquide et l’amélioration continue de l’expérience utilisateur (pools, restaking, etc.).
Mais cette affaire rappelle une règle d’or en crypto : ne jamais prendre une métrique on-chain pour argent comptant sans en comprendre la méthodologie sous-jacente. Derrière un beau chiffre rond se cache souvent une réalité beaucoup plus nuancée… et parfois bien plus intéressante.
Le staking Ethereum n’a pas encore atteint les 50 % d’actifs réels, mais le chemin parcouru depuis 2020 reste phénoménal. Et si l’on regarde les tendances à long terme, la barre des 40 %, puis des 50 % réels, ne semble plus si lointaine.
Reste à savoir comment le réseau évoluera d’ici là, entre montée en puissance du restaking, arrivée de nouvelles solutions de staking liquide, et potentielle pression réglementaire. Une chose est sûre : le débat sur le « vrai » pourcentage de staking ne fait que commencer.
« Dans la blockchain, la vérité n’est pas dans les chiffres bruts, mais dans la compréhension de ce qu’ils mesurent réellement. »
Et vous, comment mesurez-vous le staking Ethereum aujourd’hui ? Quelle métrique vous semble la plus fiable ?









