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Soudan : Actes de Génocide Dénoncés à El-Facher par l’ONU

Au Soudan, un rapport de l'ONU qualifie les exactions à El-Facher d'actes de génocide : plus de 4 400 morts en trois jours, viols systématiques et ciblage ethnique assumé par les FSR. Que cache vraiment cette chute terrifiante de la ville ?

Imaginez une ville assiégée pendant dix-huit longs mois, où la faim et la peur rongent chaque habitant jour après jour. Puis, en l’espace de trois jours seulement, cette même ville bascule dans une violence d’une intensité rarement égalée. C’est exactement ce qui s’est produit à El-Facher, dans l’ouest du Soudan, une tragédie que la communauté internationale commence tout juste à mesurer dans toute son ampleur.

Les faits rapportés récemment par une mission indépendante mandatée par les Nations Unies dépassent l’entendement. Ce qui s’est déroulé dans cette localité du Darfour n’est pas décrit comme de simples exactions de guerre, mais comme des actes correspondant à la définition légale du génocide. Une qualification rarissime qui oblige à regarder la réalité en face.

Une chute qui a tout changé

El-Facher est tombée le 26 octobre 2025 aux mains des Forces de soutien rapide après un siège impitoyable qui a duré un an et demi. Ce blocus prolongé n’était pas seulement militaire : il visait à épuiser physiquement et psychologiquement la population. Famine organisée, privation d’eau, coupures d’électricité, impossibilité de recevoir des soins… tous les leviers ont été actionnés pour rendre la vie impossible.

Lorsque les assaillants ont finalement pénétré dans la ville, la population, déjà affaiblie, n’avait presque plus les moyens de résister ni de fuir. Ce qui a suivi fut décrit par les enquêteurs comme trois jours d’horreur absolue. En quelques heures, la violence a atteint un niveau extrême et coordonné.

Les chiffres qui font froid dans le dos

Les premières estimations font état d’au moins 4 400 personnes tuées à l’intérieur même de la ville durant les trois premiers jours de l’offensive. Plus de 1 600 autres ont perdu la vie alors qu’elles tentaient de s’échapper. Mais les experts insistent : ces chiffres ne représentent qu’une partie visible de l’iceberg. Le bilan réel est jugé bien plus lourd encore.

Ces morts ne sont pas survenues au hasard. Les témoignages concordants et les preuves matérielles recueillies pointent vers une intention claire : éliminer ou chasser certaines communautés identifiées selon des critères ethniques précis. Les groupes particulièrement visés sont les Zaghawa et les Fur, deux ethnies non arabes historiquement présentes dans la région.

Les actes constitutifs du génocide

La mission onusienne a identifié au moins trois des cinq actes constitutifs du génocide tels que définis par la Convention de 1948. Premièrement, le meurtre de membres d’un groupe ethnique protégé. Deuxièmement, des atteintes graves à l’intégrité physique et mentale. Troisièmement, l’imposition délibérée de conditions d’existence visant à entraîner la destruction physique, totale ou partielle, du groupe ciblé.

Ces actes n’ont pas été commis dans le désordre ou par des éléments incontrôlés. Au contraire, l’ampleur, la coordination et le soutien apporté par les plus hauts responsables des Forces de soutien rapide démontrent une planification et une volonté claire. Rien ne laisse penser à des débordements isolés.

« L’intention génocidaire est la seule conclusion raisonnable que l’on puisse tirer des agissements systématiques des Forces de soutien rapide dans cette ville du Darfour. »

Président de la mission indépendante d’établissement des faits

Cette phrase résume à elle seule la gravité des conclusions. Lorsqu’une telle intention est établie par des experts indépendants, le monde entier est concerné.

Meurtres ciblés et violences sexuelles généralisées

Les enquêteurs ont documenté des massacres méthodiques. Des civils ont été exécutés en fonction de leur appartenance ethnique, de leur genre ou de leur affiliation politique supposée. Les combattants n’hésitaient pas à déclarer ouvertement leur objectif : éliminer les communautés non arabes.

Les violences sexuelles ont été utilisées comme arme de guerre à une échelle massive. Viols collectifs, esclavage sexuel, mutilations génitales… ces crimes ont visé principalement les femmes et les jeunes filles des groupes ciblés, avec pour but de détruire la cohésion sociale et familiale.

À cela s’ajoutent des actes de torture, des traitements cruels, des détentions arbitraires, des extorsions et des disparitions forcées. Chaque type de violation a été observé et consigné avec précision.

Le siège préalable : une arme à part entière

Avant même l’assaut final, le siège de dix-huit mois avait déjà produit des effets dévastateurs. La population a été progressivement affaiblie par la malnutrition, les maladies évitables, le manque d’accès aux médicaments et l’impossibilité de cultiver ou de commercer.

Cette stratégie de la terre brûlée a créé les conditions idéales pour l’attaque finale. Une population épuisée, traumatisée et enfermée ne pouvait opposer qu’une résistance limitée. Les assaillants le savaient parfaitement.

Ce mode opératoire rappelle tristement d’autres conflits où la famine a été utilisée comme méthode de guerre. Au Darfour, cette tactique semble avoir été poussée à son paroxysme.

Un contexte régional explosif

Le Soudan est en guerre civile depuis avril 2023. D’un côté l’armée régulière, de l’autre les Forces de soutien rapide. Ce qui avait commencé comme un conflit de pouvoir entre deux généraux s’est rapidement transformé en guerre totale, touchant presque tout le territoire.

Le Darfour, déjà marqué par les violences des années 2000, est redevenu un épicentre de la cruauté. Mais le conflit ne s’arrête pas là : il s’étend désormais vers la région du Kordofan, où de nouvelles menaces pèsent sur les populations civiles.

Les experts de la mission insistent : sans protection urgente et efficace, le risque de voir se répéter de tels crimes reste extrêmement élevé.

La responsabilité de la communauté internationale

Lorsqu’un rapport crédible et indépendant conclut à l’existence d’actes de génocide, la communauté internationale se trouve face à une obligation particulière. La Convention sur le génocide impose non seulement de punir, mais surtout de prévenir.

Pourtant, près de trois ans après le début du conflit, la réponse reste timide. Plusieurs dizaines de milliers de morts, plus de onze millions de personnes déplacées, la pire crise humanitaire actuelle selon l’ONU… les chiffres s’accumulent sans que la dynamique de violence ne soit réellement enrayée.

« Lorsqu’il existe des preuves de génocide, la communauté internationale a une obligation accrue de prévenir, de protéger et de veiller à ce que justice soit faite. »

Président de la mission indépendante

Ces mots résonnent comme un appel pressant. Mais les mécanismes existants semblent une fois de plus dépassés par l’ampleur et la rapidité des événements.

Vers une justice encore lointaine ?

La mission rappelle que l’impunité alimente la répétition des crimes. Sans accountability réelle, les auteurs se sentent encouragés à poursuivre. Les hauts responsables mentionnés dans le rapport continuent d’exercer leur autorité sans craindre de représailles immédiates.

Certains observateurs appellent à des sanctions ciblées, au gel d’avoirs, à des enquêtes judiciaires internationales. D’autres plaident pour une intervention humanitaire plus robuste. Mais le temps presse et les divisions au sein du Conseil de sécurité compliquent toute action concertée.

Le cri des survivants

Derrière les chiffres et les qualifications juridiques, il y a des visages, des familles brisées, des enfants orphelins, des femmes traumatisées à vie. Les survivants racontent des scènes d’une violence inouïe, des exécutions sommaires, des viols devant les familles, des corps laissés à l’abandon.

Ces témoignages, recueillis avec soin par les enquêteurs, constituent une archive précieuse. Ils rappellent que chaque victime a un nom, une histoire, une dignité. Oublier cela serait ajouter une seconde injustice à la première.

Un précédent dangereux

Si les actes commis à El-Facher restent sans conséquences sérieuses, le message envoyé aux autres groupes armés dans le monde sera catastrophique. Impunité rime avec répétition. Le Darfour pourrait n’être que le premier chapitre d’une tragédie plus vaste.

La région entière tremble. Les populations voisines observent avec angoisse. Les organisations humanitaires, déjà débordées, lancent des alertes répétées. Mais les appels semblent se heurter à un mur d’indifférence ou d’impuissance.

Que faire maintenant ?

La mission conclut sur une note d’urgence absolue. Sans mesures concrètes de prévention et de responsabilisation, le risque de nouveaux actes de génocide demeure grave et persistant. Les mots ne suffisent plus.

Protéger les civils restants, ouvrir des couloirs humanitaires sécurisés, soutenir les enquêtes judiciaires, sanctionner les responsables… la liste des actions nécessaires est longue. Mais elle existe. Reste à savoir si la volonté politique suivra.

El-Facher n’est pas seulement un nom sur une carte. C’est le symbole d’une faillite collective face à la barbarie organisée. Tant que justice ne sera pas rendue, le spectre de ces trois jours d’horreur continuera de planer sur tout un pays, et bien au-delà.

« Le monde ne peut plus se contenter de condamner. Il doit agir. Vite. Et fort. »

Le calvaire du peuple soudanais, et particulièrement des habitants d’El-Facher, mérite bien plus qu’un article ou un rapport. Il exige une mobilisation réelle, durable et sans compromis. L’histoire jugera sévèrement ceux qui, face à des preuves accablantes, choisissent le silence ou l’inaction.

En attendant, les survivants continuent de témoigner, les enquêteurs de documenter, et les enfants de demander pourquoi. La réponse, aujourd’hui, reste suspendue entre l’indignation mondiale et le vide politique. Espérons qu’elle ne le restera pas trop longtemps.

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