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Pérou : José Maria Balcazar, Nouveau Président Intérim Après Destitution

Au Pérou, un nouveau visage prend les rênes par intérim après une destitution express. José Maria Balcazar, 83 ans, devient le 8e chef d’État depuis 2016. Saura-t-il stabiliser un pays en plein chaos jusqu’aux élections d’avril ?

Imaginez un pays où les présidents se succèdent plus vite que les saisons dans les Andes. Au Pérou, cette réalité dépasse souvent la fiction. Mercredi, le Parlement a désigné un nouveau visage pour occuper temporairement le palais présidentiel, marquant un énième chapitre d’une saga politique qui semble ne jamais vouloir s’arrêter.

Un nouveau intérim au cœur de la tourmente politique

José Maria Balcazar, parlementaire de gauche âgé de 83 ans, a été élu à la présidence du Congrès. Cette fonction le propulse automatiquement à la tête de l’État par intérim. Le pays andin compte désormais son huitième dirigeant depuis 2016, un record qui illustre à lui seul la profondeur de la crise institutionnelle.

Cet avocat et ancien magistrat assumera ses fonctions jusqu’à la fin juillet, date à laquelle le vainqueur de l’élection présidentielle d’avril prendra officiellement le pouvoir. Une période courte sur le papier, mais ô combien périlleuse dans le contexte actuel.

Le scrutin parlementaire décisif

L’élection n’a pas été une formalité. Lors du premier tour, aucun des quatre candidats n’a obtenu la majorité absolue nécessaire. Il a fallu un second vote pour départager les prétendants. José Maria Balcazar l’a emporté avec 60 voix contre 46 pour sa principale rivale, une figure centriste connue pour son expérience.

Quelques heures après ce résultat, le Parlement a officialisé la nouvelle via son compte officiel : José Maria Balcazar Zalada préside désormais le Congrès et, par voie de conséquence, assure l’intérim à la présidence de la République. Une transition qui, sur le principe, doit être fluide et démocratique.

Nous allons garantir au peuple péruvien qu’il y aura une transition démocratique et un processus électoral pacifiques, transparents.

Déclaration de José Maria Balcazar après son serment

Ces mots résonnent comme une promesse solennelle dans un pays où la confiance dans les institutions s’effrite un peu plus chaque jour.

La chute rapide de José Jeri

À peine vingt-quatre heures avant cette élection, le prédécesseur de Balcazar quittait le pouvoir dans des conditions particulièrement mouvementées. José Jeri a été destitué par 75 voix pour, 24 contre et trois abstentions, largement au-dessus du seuil requis de 58 suffrages.

Les griefs étaient nombreux. Une opposition composite, associant la gauche minoritaire et plusieurs formations de droite, lui reprochait un manque flagrant d’aptitude à diriger le pays. Deux enquêtes préliminaires du parquet ont particulièrement pesé dans la balance.

La première concerne une rencontre clandestine avec un homme d’affaires chinois, filmée alors qu’il entrait encapuchonné dans un restaurant. Des soupçons de trafic d’influence autour de contrats publics ont émergé. La seconde enquête porte sur une possible intervention dans le recrutement de neuf femmes au sein de son administration et au palais présidentiel.

Ces accusations, combinées à une impopularité croissante, ont précipité sa chute après seulement quatre mois et quelques jours à la tête de l’État.

Un départ en demi-teinte

Dans un message diffusé sur les réseaux sociaux, José Jeri a tenu à laisser une image positive de son passage éclair au pouvoir. Il a affirmé partir « le cœur plein et en paix » et a promis de poursuivre son engagement politique depuis son siège de parlementaire.

Il n’est pas simple de résoudre en quelques mois ce qui est resté en suspens pendant des décennies, mais chaque étape a été franchie avec conviction, responsabilité et engagement.

Extrait du message de José Jeri

Ces paroles traduisent une volonté de défendre son bilan, malgré la brièveté de son mandat et les controverses qui l’ont entouré.

Une instabilité qui s’enracine depuis 2016

Le cas de José Jeri n’est malheureusement pas isolé. Depuis 2016, le Pérou a connu une valse incroyable de dirigeants. Sur sept présidents successifs, quatre ont été destitués par le Parlement, deux ont démissionné avant de subir le même sort, et un seul a achevé son intérim sans encombre.

Cette instabilité chronique place le pouvoir législatif en position dominante face à un exécutif systématiquement fragilisé. Le Parlement, souvent fragmenté et traversé par des alliances opportunistes, utilise fréquemment la menace de destitution comme outil politique.

  • 2016-2018 : mandat marqué par des tensions croissantes
  • 2018-2020 : plusieurs changements brutaux à la tête de l’État
  • 2020-2021 : période de forte instabilité post-électorale
  • 2022-2025 : destitution de plusieurs figures clés après des manifestations massives
  • 2025-2026 : José Jeri, puis José Maria Balcazar en quelques mois

Ce schéma répétitif épuise les institutions et alimente le sentiment d’impuissance chez de nombreux citoyens.

Les zones d’ombre du nouveau président par intérim

José Maria Balcazar n’arrive pas au pouvoir sans casseroles. Des enquêtes judiciaires le visent pour des faits présumés d’appropriation illicite de fonds et de corruption. Ces procédures, bien que préliminaires, ternissent déjà son image.

En 2023, lors d’un débat parlementaire sur l’interdiction du mariage des mineurs, il avait provoqué un tollé en déclarant que les relations sexuelles précoces pouvaient contribuer au développement psychologique futur des femmes. Des propos immédiatement condamnés par le ministère des Droits des femmes et de nombreuses organisations de défense des droits humains.

Ces déclarations, toujours dans les mémoires, risquent de compliquer sa légitimité auprès d’une partie de l’opinion publique.

Vers une élection présidentielle sous haute tension

Le scrutin du 12 avril s’annonce exceptionnel à plus d’un titre. Plus de trente candidats brigueront la magistrature suprême, un record absolu qui reflète la fragmentation politique du pays. Ce nombre élevé de prétendants risque de morceler les voix et de compliquer la formation d’une majorité claire dès le premier tour.

Parallèlement, le retour à un Parlement bicaméral marquera un changement institutionnel majeur. Cette réforme, votée il y a plusieurs années, entre enfin en vigueur et pourrait redessiner les rapports de force politiques.

Un avenir incertain pour la stabilité péruvienne

Les observateurs restent prudents. La capacité de José Maria Balcazar à maintenir le cap jusqu’en juillet est loin d’être acquise. Les alliances au Congrès sont fragiles, les enquêtes judiciaires peuvent rebondir à tout moment, et la société civile reste vigilante.

Certains analystes estiment même qu’un nouveau basculement n’est pas à exclure avant la fin de la période transitoire. Le précédent historique incite à la prudence : aucun dirigeant intérimaire n’a véritablement stabilisé le pays ces dernières années.

Le Pérou traverse une phase critique de son histoire récente. Entre crise de confiance institutionnelle, polarisation politique exacerbée et défis socio-économiques persistants, le chemin vers une gouvernance stable semble encore long.

Pour l’instant, tous les regards se tournent vers ce président par intérim de 83 ans, appelé à naviguer dans des eaux particulièrement tumultueuses. Saura-t-il tenir la barre jusqu’à l’arrivée du prochain capitaine élu par le peuple ? L’histoire récente incite à la modestie.

Une chose est sûre : le Pérou continue d’écrire l’un des chapitres les plus chaotiques de sa démocratie contemporaine. Et ce n’est probablement pas terminé.

Chronologie rapide des dernières années

2016-2026 : Sept présidents, dont quatre destitués et deux démissionnaires.

2022-2025 : Vague de manifestations et destitution de plusieurs dirigeants.

Fin 2025 : Arrivée de José Jeri au pouvoir.

Février 2026 : Destitution de Jeri et élection de José Maria Balcazar comme président du Congrès et chef de l’État par intérim.

Ce rapide rappel chronologique permet de mesurer l’ampleur du phénomène. Chaque changement de dirigeant s’accompagne de promesses de stabilité… rapidement balayées par de nouvelles crises.

Le défi pour José Maria Balcazar sera double : gérer le quotidien d’un pays confronté à de multiples urgences tout en préparant sereinement le terrain pour le futur président élu. Une mission qui exige à la fois fermeté, diplomatie et une capacité rare à fédérer dans un Congrès profondément divisé.

Dans les semaines à venir, chaque décision, chaque déclaration sera scrutée. Le moindre faux pas pourrait relancer la machine infernale des motions de destitution. Le temps joue contre la stabilité.

Pourtant, dans ce chaos apparent, certains y voient aussi une forme de résilience démocratique. Le Parlement, malgré ses excès, continue d’exercer ses prérogatives. Les institutions, bien que fragiles, fonctionnent toujours. Le suffrage universel reste la boussole ultime.

Reste à savoir si cette résilience suffira à sortir le pays du cycle vicieux dans lequel il semble enfermé depuis près d’une décennie. Réponse dans les mois à venir.

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