Une autorisation américaine qui change la donne pour le pétrole vénézuélien
Imaginez un pays doté des plus vastes réserves pétrolières prouvées au monde, mais dont la production a chuté dramatiquement en raison de décennies de défis internes et de pressions externes. C’est la réalité du Venezuela depuis de longues années. Aujourd’hui, une nouvelle page semble s’ouvrir avec l’ajout d’une entreprise française à la liste des opérateurs autorisés par les autorités américaines.
Cette mesure concerne spécifiquement Maurel & Prom, qui rejoint ainsi d’autres majors internationales déjà actives ou autorisées dans le pays. L’objectif affiché est clair : relancer l’exploitation des ressources énergétiques vénézuéliennes dans un cadre contrôlé et structuré. Cette évolution intervient dans un contexte de transformations profondes au sein du pays sud-américain.
Le contexte géopolitique récent au Venezuela
Depuis le début de l’année 2026, le paysage politique vénézuélien a connu un bouleversement majeur. Un raid militaire américain a permis la capture de l’ancien dirigeant Nicolás Maduro début janvier. Cette opération a ouvert la voie à une administration intérimaire, avec Delcy Rodríguez à la présidence par intérim.
Dans ce nouveau cadre, les États-Unis ont entrepris de lever progressivement les restrictions économiques imposées depuis 2019 sur le secteur pétrolier. L’embargo sur l’or noir vénézuélien est en grande partie terminé, selon les déclarations officielles. L’objectif est de favoriser une reprise rapide de la production, tout en maintenant un contrôle strict sur les flux financiers et les partenariats.
Le ministre de l’Énergie américain s’est récemment rendu sur place pour annoncer une augmentation spectaculaire attendue de la production pétrolière. Ces promesses s’accompagnent d’une volonté affichée de partager les bénéfices entre les deux nations, sous supervision américaine.
Les détails de l’autorisation accordée à Maurel & Prom
Le département du Trésor américain a publié un document officiel ajoutant Maurel & Prom à la liste des six entreprises autorisées à opérer dans le secteur gazier et pétrolier vénézuélien. Cette compagnie française, déjà présente dans le pays auparavant, avait vu ses activités fortement impactées par les sanctions antérieures, suspendues et réinstaurées à plusieurs reprises en fonction de l’évolution politique.
Comme pour les autres groupes – Chevron, Repsol, ENI, BP et Shell –, la licence permet de mener des affaires avec l’entreprise nationale PDVSA et ses filiales. Cependant, des conditions strictes sont imposées : les contrats sont régis par les lois américaines, et tout litige sera réglé aux États-Unis. Les paiements, y compris les impôts liés à ces activités, doivent transiter par un fonds de dépôt contrôlé par le Trésor américain.
Ces dispositions visent à garantir une transparence totale et à empêcher que les revenus ne servent des intérêts considérés comme hostiles par Washington, notamment ceux de la Russie, de l’Iran, de la Corée du Nord, de Cuba ou de la Chine.
Les paiements, y compris concernant les impôts sur ces activités, devront par ailleurs se faire auprès du Fonds de dépôt contrôlé par le Trésor américain.
Cette clause souligne l’approche prudente adoptée : autoriser la reprise tout en conservant un levier important sur les flux monétaires.
Les rencontres de haut niveau qui préparent le terrain
Début février, la présidente vénézuélienne par intérim s’est entretenue avec les dirigeants de Maurel & Prom et d’autres compagnies internationales. Ces discussions visaient à consolider des alliances stratégiques pour renforcer la capacité de production énergétique du pays. Les communiqués officiels de PDVSA ont mis en avant l’importance de ces partenariats dans le contexte actuel.
Ces échanges illustrent une volonté mutuelle de collaboration. Du côté vénézuélien, il s’agit de relancer une industrie vitale pour l’économie nationale. Du côté des entreprises étrangères, l’opportunité de reprendre ou d’étendre des activités dans un pays aux réserves exceptionnelles est attractive, malgré les contraintes imposées.
Le potentiel pétrolier du Venezuela : un atout majeur
Le Venezuela détient les plus grandes réserves pétrolières prouvées de la planète, dépassant les 303 milliards de barils. Ce chiffre impressionnant place le pays en tête du classement mondial, loin devant d’autres nations productrices majeures.
Cependant, des années de mauvaise gestion, de corruption et d’investissement insuffisant ont conduit à un effondrement dramatique de la production. D’un pic supérieur à 3 millions de barils par jour au début des années 2000, le pays est tombé à un plus bas historique autour de 350 000 barils par jour en 2020. Cette chute a eu des conséquences profondes sur l’économie nationale et sur les marchés énergétiques régionaux.
Aujourd’hui, avec les sanctions en cours de levée et l’arrivée de partenaires internationaux expérimentés, une remontée progressive semble envisageable. Les experts estiment que des investissements massifs seront nécessaires pour moderniser les infrastructures vieillissantes et optimiser l’extraction dans des gisements souvent complexes, comme ceux de la ceinture de l’Orénoque.
Les conditions strictes pour éviter les dérives
À chaque assouplissement des restrictions, les autorités américaines insistent sur des garde-fous précis. Les transactions ne doivent pas bénéficier à des entités liées à des pays sous sanctions américaines. Cette vigilance vise à empêcher que les revenus pétroliers ne financent des régimes ou des activités considérés comme contraires aux intérêts de Washington.
Les contrats existants ou nouveaux doivent respecter ces règles, sous peine de révocation immédiate des autorisations. Cette approche conditionnelle permet de tester la fiabilité des partenaires tout en avançant vers une normalisation progressive du secteur.
- Autorisation limitée à des entreprises sélectionnées
- Contrôle américain sur les paiements et les litiges
- Interdiction de liens avec Russie, Iran, Corée du Nord, Cuba ou Chine
- Supervision stricte via le Trésor américain
Ces éléments structurants visent à créer un environnement sécurisé pour les investissements, tout en protégeant les objectifs stratégiques américains.
Les perspectives pour l’industrie pétrolière vénézuélienne
La présence de compagnies comme Maurel & Prom, aux côtés d’autres majors, pourrait accélérer la reprise. Ces entreprises apportent non seulement des capitaux, mais aussi une expertise technique précieuse pour réhabiliter des champs matures et explorer de nouvelles opportunités.
Les discussions en cours portent sur l’expansion des zones d’exploitation et le renforcement des joint-ventures avec PDVSA. Une augmentation de la production bénéficierait à l’économie vénézuélienne en générant des revenus essentiels pour la reconstruction et le développement.
Cependant, les défis restent nombreux : infrastructures dégradées, besoin de technologies avancées pour les pétroles lourds, et nécessité de stabilité politique durable. La route vers une production à grande échelle sera longue, mais les premiers pas sont franchis.
Impact sur l’économie et les marchés énergétiques mondiaux
Une relance significative de la production vénézuélienne pourrait influencer les prix mondiaux du pétrole. Le retour sur le marché d’un volume accru de brut lourd et acide viendrait compléter l’offre, particulièrement appréciée par certaines raffineries américaines et internationales.
Pour le Venezuela, ces revenus représentent une bouée de sauvetage économique. Après des années de crise, la capacité à exporter à nouveau librement pourrait stabiliser les finances publiques et améliorer les conditions de vie de la population.
Du point de vue géopolitique, cette ouverture contrôlée renforce l’influence américaine dans la région, tout en marginalisant les acteurs précédents qui profitaient des arrangements opaques.
Vers une nouvelle ère pour l’énergie vénézuélienne ?
L’autorisation accordée à Maurel & Prom n’est qu’une pièce d’un puzzle plus vaste. Elle s’inscrit dans une stratégie globale visant à transformer le secteur pétrolier vénézuélien en un moteur de croissance sous supervision internationale.
Les prochains mois seront décisifs pour évaluer si ces mesures produisent les effets escomptés : augmentation de la production, afflux d’investissements, et stabilité accrue. Les entreprises impliquées devront naviguer avec prudence dans cet environnement réglementé, mais les opportunités sont à la hauteur des réserves exceptionnelles du pays.
Point clé : Le Venezuela possède plus de 303 milliards de barils de réserves prouvées, mais la production reste très en deçà de son potentiel historique en raison de contraintes cumulées.
Ce développement souligne l’interconnexion entre géopolitique et énergie. Les décisions prises aujourd’hui pourraient redessiner les flux pétroliers dans les années à venir, avec des implications pour de nombreux acteurs internationaux.
Pour les observateurs du secteur, il s’agit d’un moment charnière. La réussite de cette relance dépendra de la capacité à surmonter les obstacles techniques, financiers et politiques. Une chose est sûre : l’attention mondiale reste fixée sur Caracas et ses ressources souterraines.









