Imaginez une voix grave, aux r roulés si caractéristiques, portant haut les espoirs et les souffrances d’un peuple entier. Cette voix, qui a résonné pendant plus de deux décennies dans les couloirs du pouvoir européen, s’est tue mercredi. À 76 ans, Leïla Shahid a quitté ce monde, laissant derrière elle un héritage indélébile dans la défense des droits palestiniens. Son départ marque la fin d’une ère pour la diplomatie palestinienne en Europe, où elle fut une présence constante, tenace et passionnée.
Une Vie au Service d’une Cause
Née en 1949 au Liban, un an après la création de l’État d’Israël et la tragédie connue sous le nom de Nakba, Leïla Shahid grandit dans une famille aisée de la diaspora palestinienne. Originaire de Jérusalem, ses ancêtres avaient été expulsés de Palestine sous le mandat britannique pour des activités nationalistes. Son arrière-grand-père fut maire de Jérusalem de 1904 à 1909, et son grand-oncle, Moussa Alami, un opposant farouche à la politique anglaise, devint une figure de référence pour la jeune femme.
Dans une jeunesse protégée, elle fréquente l’école protestante française de Beyrouth. Mais l’histoire la rattrape brutalement en 1967. La guerre des Six Jours éclate : Israël prend le contrôle de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie, de Gaza, du Golan et du Sinaï. À 18 ans, ce choc devient un véritable réveil politique pour Leïla Shahid. Elle décide de s’engager pour faire face au défi posé par cet événement majeur.
L’Engagement Précoce au Sein de l’OLP
Peu après, elle rejoint l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). En 1969, en Jordanie, elle rencontre Yasser Arafat, le dirigeant charismatique dont elle restera une fidèle jusqu’au bout. De 1969 à 1974, elle travaille dans les camps palestiniens au Liban, des années qu’elle qualifiera plus tard de « les plus belles » de sa vie. Cette période forge sa détermination et approfondit sa compréhension des réalités vécues par les réfugiés.
Titulaire d’une maîtrise d’anthropologie de l’Université américaine de Beyrouth, elle entame une thèse sur la structure sociale des camps palestiniens. Ses recherches la mènent à Paris, à l’École pratique des hautes études. Mais en 1976, le siège et la destruction du camp de Tel el-Zaatar par les phalangistes libanais changent tout. Le travail académique passe au second plan ; l’urgence de la lutte prend le dessus.
« La défaite de 67 a été pour moi un réveil important, pour faire face au défi d’Israël. »
Cette phrase, prononcée des années plus tard, résume le tournant décisif de sa jeunesse. Elle devient présidente de l’Union des étudiants palestiniens de France et collabore étroitement avec le délégué de l’OLP à Paris à l’époque. Elle tisse des liens d’amitié avec l’écrivain Jean Genet, qui partage son engagement.
Une Pause au Maroc et le Retour en Force
En 1977, elle épouse l’écrivain marocain Mohamed Berrada et passe une dizaine d’années au Maroc. Cette période plus calme s’achève avec le déclenchement de la première Intifada en 1987. De retour en France, elle collabore avec des intellectuels palestiniens exilés au sein de la Revue d’études palestiniennes. Elle noue également des contacts avec des pacifistes israéliens, convaincue que le dialogue reste possible malgré les fractures.
En 1989, sa nomination comme représentante de l’OLP en Irlande marque un tournant historique : elle devient la première femme à représenter l’organisation à l’étranger. Elle voit dans cette responsabilité une reconnaissance du rôle des femmes dans la cause palestinienne depuis des décennies. Par la suite, elle assume les mêmes fonctions aux Pays-Bas et au Danemark.
Déléguée Générale en France : Treize Ans de Présence Inoubliable
De 1993 à 2006, Leïla Shahid occupe le poste de déléguée générale de la Palestine en France. Sa voix résonne dans les médias, les cercles politiques et les conférences. Avec son charisme et sa détermination, elle défend les aspirations palestiniennes auprès des autorités françaises et de l’opinion publique. Elle vit alors un déchirement perpétuel : entre l’appartenance à son peuple, le besoin de lutter à ses côtés, et le désir d’une vie normale et sereine.
Cette tension intérieure ne la quitte jamais. Elle parvient pourtant à incarner avec force la cause palestinienne, devenant un visage familier et respecté. Son action contribue à maintenir la question palestinienne au cœur des débats européens.
Représentante auprès de l’Union Européenne Jusqu’en 2015
En 2006, elle prend ses fonctions comme déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg. Pendant neuf ans, jusqu’en 2015, elle porte la voix palestinienne dans les institutions bruxelloises. Elle plaide pour la reconnaissance des droits, pour une solution juste et pour la fin de l’occupation.
Même après avoir quitté ses fonctions officielles, elle continue de s’exprimer. Face à la guerre dans la bande de Gaza déclenchée par l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, elle appelle sans relâche la communauté internationale à œuvrer pour un cessez-le-feu. Deux jours après les événements, dans un entretien radiophonique, elle exprime son pessimisme quant à l’avenir. Elle met en garde contre une possible annexion par Israël de ce qu’il reste de territoires palestiniens.
« Je suis pessimiste quant à l’avenir de la Palestine. »
Ces mots, prononcés dans un contexte de violence extrême, reflètent une lucidité douloureuse acquise au fil des décennies de lutte. Elle observe avec inquiétude l’évolution du conflit, craignant une disparition progressive des espaces de vie palestiniens.
Un Parcours Marqué par les Souffrances et les Espoirs
Leïla Shahid a traversé les grandes étapes de l’histoire palestinienne moderne : la Nakba, la guerre de 1967, les camps au Liban, les Intifadas, les accords d’Oslo, les espoirs déçus et les violences répétées. À chaque tournant, elle a choisi l’engagement plutôt que le retrait.
Son engagement n’était pas seulement politique ; il était profondément personnel. Issue d’une famille déracinée, elle portait en elle la mémoire de Jérusalem perdue. Elle a consacré sa vie à rappeler que les Palestiniens ne sont pas une abstraction, mais un peuple avec une histoire, une culture et des droits inaliénables.
Les Dernières Années et le Départ
Gravemente malade depuis plusieurs années, Leïla Shahid vivait dans le sud de la France. Mercredi, elle s’est éteinte à son domicile. La police privilégie la piste d’un suicide, dans un contexte de souffrance physique et morale prolongée. Sa disparition touche profondément ceux qui l’ont connue et admirée.
Elle laisse un vide immense dans le paysage diplomatique palestinien. Sa voix, si singulière, ne résonnera plus dans les médias ou les forums internationaux. Pourtant, son message perdure : la nécessité d’une justice pour les Palestiniens, d’un cessez-le-feu durable et d’une solution respectueuse des droits de tous.
Leïla Shahid fut plus qu’une diplomate. Elle fut une passeuse de mémoire, une combattante infatigable, une femme qui, malgré le déchirement intérieur, n’a jamais renoncé. Son parcours rappelle que la cause palestinienne est portée par des individus de chair et d’os, dont la détermination transcende les frontières et les époques.
Aujourd’hui, alors que le conflit continue de faire rage, son exemple invite à la réflexion. Comment honorer sa mémoire ? En poursuivant le combat pour une paix juste, en écoutant les voix palestiniennes, en refusant l’indifférence face aux souffrances humaines. Leïla Shahid a consacré sa vie à ce rêve. À nous de le garder vivant.
« Un déchirement perpétuel entre l’appartenance à mon peuple, le besoin de lutter avec lui et le désir d’une vie normale et sereine. »
Leïla Shahid, reflet d’une existence entièrement dévouée.
Ce témoignage personnel illustre la complexité de son engagement. Entre devoir et aspiration personnelle, elle a choisi le premier sans jamais renier le second. Son héritage perdurera dans les mémoires de ceux qui croient en la justice et en la dignité humaine.
En ces temps troublés, où la guerre à Gaza ravive les blessures anciennes, la disparition de Leïla Shahid rappelle l’urgence d’un dialogue authentique. Elle qui appelait à un cessez-le-feu immédiat savait que sans volonté politique internationale, les cycles de violence se répéteraient. Son pessimisme n’était pas du défaitisme, mais une analyse lucide d’une situation bloquée depuis trop longtemps.
Les générations futures se souviendront d’elle comme d’une pionnière : première femme à ouvrir la voie diplomatique palestinienne en Europe, elle a pavé la route pour d’autres. Son courage inspire encore aujourd’hui. Dans un monde où les voix sont souvent étouffées, la sienne a su porter loin.
Leïla Shahid repose désormais en paix, mais sa lutte continue à travers ceux qu’elle a influencés. Que son souvenir soit une lumière dans l’obscurité du conflit. Que sa mémoire appelle à plus de justice, de compassion et de détermination pour un avenir où Palestiniens et Israéliens puissent enfin vivre côte à côte, en sécurité et en dignité.
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