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Prestianni-Vinicius : Racisme en Ligue des Champions ?

Lors de Benfica-Real Madrid, une accusation d’insulte raciste envers Vinicius a stoppé le match huit minutes. Mbappé affirme avoir entendu « singe » cinq fois, Prestianni dément fermement. Que risque vraiment le jeune Argentin ?

Imaginez une soirée de Ligue des champions, l’un des plus grands stades d’Europe, des dizaines de caméras braquées sur la pelouse, et soudain… le match s’arrête. Pas à cause d’une blessure grave ou d’un envahissement de terrain, mais à cause d’un mot. Un seul mot, ou plutôt une insulte qui résonne comme un coup de tonnerre dans le football moderne : « singe ». Le 17 février 2026, lors du play-off aller opposant Benfica au Real Madrid, cet événement a cristallisé toutes les tensions accumulées autour du racisme dans le sport.

Ce qui s’est passé ce soir-là dépasse largement le cadre d’un simple accrochage entre deux joueurs. Il s’agit d’un nouvel épisode douloureux dans la longue lutte contre les discriminations raciales sur les terrains européens. Et cette fois, le protagoniste principal n’est autre que Vinicius Junior, déjà plusieurs fois victime par le passé, face à un jeune Argentin de 20 ans encore peu connu du grand public : Gianluca Prestianni.

Un but, une célébration, puis l’explosion

La 50ᵉ minute vient de s’écouler quand Vinicius Junior décoche une frappe somptueuse qui vient se loger dans la lucarne. Un bijou qui permet au Real Madrid de mener au score. Logiquement, le Brésilien célèbre avec passion devant le kop lisboète. Carton jaune pour excès de joie ? Peut-être. Mais ce qui suit change tout.

Alors qu’il retourne se placer au rond central, Prestianni s’approche, place sa main et son maillot devant sa bouche et prononce des mots que Vinicius semble immédiatement comprendre comme une insulte raciste. Le Madrilène se précipite vers l’arbitre français François Letexier, mime plusieurs fois le mot « mono » (singe en espagnol) et exige l’application du protocole antiracisme.

Huit minutes d’interruption historique

Le match est stoppé net. Huit minutes durant lesquelles le temps semble suspendu. Vinicius s’assoit sur le banc, visiblement très affecté. On aperçoit même José Mourinho, l’entraîneur de Benfica, en discussion avec lui. Pendant ce temps, Prestianni reste sur le terrain, sans recevoir de carton pour cet incident précis. Il sera averti bien plus tard, à la 78ᵉ minute, mais pour une simulation.

Cette interruption n’est pas anodine. Elle rappelle que le football, malgré ses millions d’euros et ses stars planétaires, reste un lieu où les vieux démons peuvent ressurgir à tout moment.

Les Madrilènes montent au créneau

Très rapidement, les joueurs du Real Madrid prennent la parole. Federico Valverde, capitaine ce soir-là, ne mâche pas ses mots :

« Il est incroyable qu’avec des dizaines de caméras dans le stade, aucune n’ait pu filmer l’insulte raciste. Mais si vous vous couvrez la bouche pour dire quelque chose, cela en dit long. »

Puis c’est au tour de Kylian Mbappé de s’exprimer en zone mixte, avec une colère froide :

« Le joueur numéro 25 a mis son maillot ici pour dire que Vinicius est un singe cinq fois, je dis bien cinq fois. Je l’ai entendu, des joueurs de Benfica aussi. Ce joueur ne mérite pas de jouer en Ligue des champions. »

Le message est clair : pour les stars du Real, il ne s’agit pas d’une simple chamaillerie, mais d’une agression raciale caractérisée.

Vinicius, une nouvelle fois au cœur de la tempête

Quelques heures plus tard, Vinicius Junior publie un message puissant sur Instagram :

« Les racistes sont, avant tout, des lâches, ils ont besoin de mettre leur maillot au-dessus de la bouche pour montrer à quel point ils sont faibles. Mais ils ont aussi la protection des autres, qui théoriquement, ont l’obligation de punir. »

Il critique également ouvertement le protocole antiracisme appliqué ce soir-là, estimant qu’il « n’a servi à rien ». Ce n’est pas la première fois que le Brésilien se retrouve dans cette position. Depuis son arrivée au Real Madrid, il a été la cible répétée d’insultes racistes, notamment en Liga. Chaque nouvel incident ravive le débat sur l’efficacité des sanctions et la protection des joueurs visés.

Côté Benfica : déni et contre-attaque

De l’autre côté, Gianluca Prestianni publie une story Instagram dans laquelle il nie catégoriquement :

« Je n’ai à aucun moment proféré d’insultes racistes à l’encontre de Vinicius Junior, qui a malheureusement mal interprété ce qu’il croit avoir entendu. Je n’ai jamais été raciste avec personne. »

Il ajoute avoir reçu des menaces de la part de joueurs madrilènes, ce qui ajoute une couche supplémentaire de tension. Selon certaines sources proches du vestiaire, Prestianni aurait expliqué avoir traité Vinicius de « p*dé », et non de singe, laissant entendre une distinction entre deux types d’insultes.

José Mourinho adopte une position nuancée en conférence de presse :

« J’ai parlé aux deux. Vinicius me dit une chose et Prestianni m’en dit une autre. Je ne veux pas être partial et dire que je crois à 100 % Prestianni, mais je ne veux pas non plus être impartial et dire que ce que me dit Vinicius est la vérité. »

La vidéo des tribunes qui fait polémique

Dans la nuit, le compte officiel de Benfica publie une vidéo filmée depuis les tribunes. La légende est sans ambiguïté :

« Comme le montrent ces images, vu la distance, les joueurs du Real Madrid ne peuvent pas avoir entendu ce qu’ils prétendent avoir entendu. »

Problème : sur ces mêmes images, on voit très clairement Eduardo Camavinga à proximité immédiate de l’altercation, et Kylian Mbappé pas très loin non plus. Cette publication est perçue par beaucoup comme une tentative maladroite de défense du joueur incriminé.

Que dit le règlement ?

L’UEFA a réagi dès le lendemain matin par un communiqué prudent :

« Les rapports officiels des matches disputés hier soir sont actuellement en cours d’examen. Lorsque des faits sont signalés, une procédure est ouverte et, si elle aboutit à des sanctions disciplinaires, celles-ci sont annoncées sur le site web disciplinaire de l’UEFA. »

Dans son règlement sur la sûreté et la sécurité (édition 2019 toujours en vigueur en 2026), l’instance précise que tout joueur reconnu coupable de comportement raciste encourt au minimum dix matches de suspension. Une sanction lourde qui pourrait mettre un coup d’arrêt précoce à la carrière européenne du jeune Prestianni.

Pourquoi cette affaire touche-t-elle autant ?

Le football européen est confronté depuis de nombreuses années au fléau du racisme. Les caméras omniprésentes, les réseaux sociaux, les prises de parole des joueurs ont rendu ces actes plus visibles, mais pas nécessairement plus sanctionnés. Vinicius Junior est devenu malgré lui une figure emblématique de cette lutte.

Chaque nouvel incident pose les mêmes questions :

  • Les protocoles sont-ils réellement efficaces ?
  • Les arbitres ont-ils assez de pouvoir pour agir immédiatement ?
  • Les clubs protègent-ils trop leurs joueurs ?
  • Les sanctions sont-elles suffisamment dissuasives ?
  • Comment éviter que le débat ne se transforme en guerre de supporters ou en affrontement national (Argentine-Brésil) ?

Cette dernière dimension n’est pas neutre. Le coéquipier grec de Prestianni, Vangelis Pavlidis, a parlé d’une « simple querelle entre l’Argentine et le Brésil ». Une lecture qui minimise gravement la gravité d’une insulte raciste si elle est avérée.

Les précédents qui pèsent lourd

Il est impossible de parler de cette affaire sans rappeler le parcours de Vinicius. En Liga, il a subi insultes après insultes, banderoles racistes, cris de singe dans plusieurs stades espagnols. À chaque fois, il a réagi, parfois par la célébration provocante, parfois par des messages forts sur les réseaux sociaux.

Il a aussi obtenu des victoires symboliques : certaines sanctions de stades, des enquêtes judiciaires ouvertes en Espagne, une prise de conscience progressive. Mais le sentiment d’injustice reste prégnant. Beaucoup estiment que si l’insulte avait visé un autre joueur, la réaction aurait été différente.

Et maintenant ?

L’enquête de l’UEFA va devoir s’appuyer sur :

  1. Les rapports de l’arbitre et des délégués UEFA
  2. Les images de télévision (ralentis, lectures labiales)
  3. Les témoignages croisés des joueurs présents à proximité
  4. Les déclarations officielles des deux clubs
  5. Éventuellement des enregistrements audio captés par les micros de terrain

Si les preuves sont jugées suffisantes, Prestianni risque une suspension de dix matches minimum en compétitions UEFA. Cela pourrait l’éloigner des joutes européennes pendant une longue période et ternir durablement son image naissante.

Pour Vinicius, cette affaire renforce paradoxalement son statut de combattant contre le racisme. Mais à quel prix psychologique ? Le jeune homme de 25 ans accumule les blessures invisibles.

Un football qui doit choisir son camp

Le football de 2026 est à la croisée des chemins. D’un côté, des revenus colossaux, des stars mondiales, une médiatisation extrême. De l’autre, des poches de haine qui resurgissent régulièrement, souvent dans les stades ou sur les réseaux sociaux.

Cette affaire Prestianni-Vinicius ne sera pas la dernière. Mais elle pourrait être celle qui fera bouger les lignes. À condition que les instances, les clubs et les joueurs acceptent enfin de regarder la réalité en face : le racisme existe encore, il est parfois banalisé, parfois couvert, et il détruit des carrières et des vies.

Le silence n’est plus une option. Le football doit choisir : continuer à tolérer ou enfin sanctionner avec la fermeté que mérite ce fléau. Le monde regarde. Et Vinicius, une nouvelle fois, attend des actes, pas seulement des mots.

À suivre de très près dans les prochaines semaines.

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