La conquête du ciel : enjeu central d’Orion 26
Dans tout conflit moderne de haute intensité, dominer l’espace aérien constitue la première étape décisive. Sans cette maîtrise, les troupes au sol restent vulnérables, les navires exposés et les opérations logistiques compromises. L’exercice **Orion 26** place précisément cet objectif au cœur de sa phase dynamique, en mobilisant des moyens considérables pour simuler une entrée en force dans une zone contestée.
Le scénario fictif mis en place évoque des tensions bien réelles en Europe. Un pays allié, baptisé Arnland, fait face à des milices soutenues par un État hostile nommé Mercure, qui dispose d’une enclave stratégique appelée Kalindax dans le sud-ouest du territoire. Cette configuration rappelle les préoccupations persistantes autour de la stabilité des régions frontalières sensibles, où des minorités et des influences extérieures peuvent compliquer les équilibres.
Un déploiement massif et multinational
Avec environ 12 500 militaires issus de la France et de 24 nations partenaires, l’exercice déploie une puissance rarement vue sur le territoire national. Vingt-cinq navires, dont le porte-avions Charles de Gaulle en tête, accompagnent une centaine d’avions et d’hélicoptères. Ce ballet impressionnant se déroule principalement le long de la façade atlantique, avec des phases amphibies marquantes dans des zones comme la baie de Quiberon en Bretagne.
Les alliés majeurs – Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis – apportent leur expertise et leurs équipements. Cette coopération renforce l’interopérabilité, essentielle dans un cadre otanien où les réponses collectives priment face à des menaces complexes.
Il faut organiser la manoeuvre pour pouvoir emporter la décision de façon massive, c’est-à-dire arriver sur place et libérer la zone.
Un responsable des opérations aériennes
Cette citation illustre parfaitement l’ambition : projeter rapidement des forces au sol après avoir sécurisé l’accès aérien et maritime.
La phase aérienne : entrée en premier et neutralisation des défenses
L’armée de l’Air et de l’Espace joue un rôle pivot dès les premières heures. Elle doit percer les systèmes de déni d’accès ennemis, ces boucliers composés de radars, de missiles sol-air et de centres de commandement sophistiqués. Pour y parvenir, une campagne de renseignement intensive précède toute action.
Satellites d’observation, avions de reconnaissance, écoutes électromagnétiques et même forces spéciales infiltrées collectent des données précises sur les positions adverses : radars, dépôts de munitions, centres de commandement, stocks de carburant. L’objectif ? Créer une bulle protectrice temporaire dans le ciel, une fenêtre où les forces coalisées peuvent opérer sans subir d’attaques massives.
La neutralisation passe par plusieurs vecteurs. Des frappes physiques par des avions de combat, bien sûr, mais aussi des opérations plus subtiles : cyberattaques pour désactiver des systèmes, actions spatiales pour perturber des satellites ennemis, incursions de forces spéciales pour saboter des infrastructures critiques comme les alimentations électriques des centres de décision.
- Identification précise des cibles via renseignement multi-sources
- Combinaison d’actions cinétiques et non-cinétiques
- Coordination parfaite entre domaines pour maximiser les effets
Cette approche multiforme vise non pas forcément la destruction totale de chaque batterie anti-aérienne, mais plutôt la rupture de leur chaîne de commandement et de leur capacité opérationnelle.
SEAD : une capacité stratégique encore en développement
Les missions de Suppression of Enemy Air Defenses (SEAD) occupent une place centrale. Missiles antiradars et brouilleurs puissants permettent de saturer et d’aveugler les défenses ennemies. Des exemples récents montrent leur importance cruciale : lors d’opérations israéliennes contre des infrastructures iraniennes en 2024 et 2025, ou encore dans une intervention américaine en Amérique latine début 2025.
Ces succès contrastent avec des situations où la supériorité aérienne n’a pas été obtenue rapidement. L’invasion de l’Ukraine en 2022 en fournit un exemple frappant, où l’absence de maîtrise du ciel a lourdement pesé sur la conduite des opérations.
Pour la France, les capacités SEAD dédiées restent limitées aujourd’hui. Les missiles antiradars attendus n’entreront en service qu’au début des années 2030. En attendant, la stratégie repose sur la coalition : les partenaires allemands, britanniques et américains fournissent ces munitions spécialisées. Parallèlement, des compensations émergent via des cyberopérations ou des actions ciblées par forces spéciales.
Ce qui m’intéressera c’est peut-être moins de détruire chaque batterie que de détruire la capacité à les actionner.
Un haut gradé impliqué dans l’exercice
Cette vision pragmatique guide les entraînements, en insistant sur l’intégration des effets plutôt que sur la quantité brute de munitions.
L’approche multimilieux, multichamps (M2MC)
Le succès repose sur une synergie entre les domaines traditionnels – maritime, terrestre, aérien – et les nouveaux champs : cyber, spatial, informationnel, forces spéciales. Ce concept, désigné M2MC dans le jargon otanien, permet de saturer l’adversaire sur plusieurs fronts simultanément.
Dans Orion 26, cette intégration se traduit concrètement. Les opérations aériennes protègent les approches maritimes pour permettre des débarquements amphibies. Les cyberactions perturbent les communications ennemies au moment précis où les forces spéciales neutralisent des nœuds critiques. Le spatial fournit une conscience situationnelle accrue via des capteurs orbitaux.
Ce séquençage – renseignement, neutralisation des défenses, projection de forces – structure l’ensemble de l’exercice. Il prépare les unités à des engagements où la vitesse et la coordination priment sur la masse brute.
Le débarquement en baie de Quiberon : un moment symbolique
Le week-end dernier, les forces ont simulé un assaut amphibie majeur dans la baie de Quiberon. Pour approcher les côtes et déposer des troupes, il fallait d’abord sécuriser l’espace aérien et maritime. Navires de débarquement, hélicoptères, chalands ont convergé sous la couverture aérienne établie en amont.
Occuper le terrain exige de transporter rapidement des combattants, du matériel lourd et des soutiens logistiques. Chaque minute compte, car l’ennemi peut réagir avec des contre-attaques aériennes ou côtières. La réussite de cette phase valide l’ensemble du processus : supériorité aérienne obtenue, accès maritime garanti, projection terrestre effective.
- Phase de renseignement et préparation
- Acquisition de la supériorité aérienne
- Neutralisation ciblée des défenses
- Opérations amphibies et aéroportées
- Consolidation et poursuite de la manœuvre
Ce déroulé méthodique s’applique à de nombreuses crises potentielles, avec l’exception notable de contextes où la maîtrise aérienne reste disputée sur la durée.
Perspectives et priorités pour l’avenir
Orion 26 met en lumière des lacunes à combler. Les capacités SEAD autonomes figurent parmi les priorités absolues. En attendant les nouveaux armements, la coopération alliée compense efficacement, mais la souveraineté opérationnelle exige des progrès nationaux.
L’exercice souligne aussi l’importance croissante des domaines immatériels. Cyber et spatial ne sont plus des compléments : ils deviennent des multiplicateurs de force décisifs. Intégrer ces dimensions demande une formation continue et une adaptation des structures de commandement.
Enfin, la mobilisation de 24 pays renforce la crédibilité de la dissuasion collective. Face à des menaces hybrides ou conventionnelles, la réponse unie des alliés constitue un message clair de résilience et de préparation.
À travers ces vastes manœuvres, les forces armées françaises et leurs partenaires affinent leur savoir-faire pour des scénarios exigeants. La supériorité aérienne, loin d’être un acquis, se conquiert par une préparation rigoureuse, une innovation constante et une solidarité sans faille. Orion 26 n’est pas seulement un entraînement : c’est une démonstration de capacité à décider massivement quand la situation l’exige.









