Imaginez une piste gelée, le silence seulement brisé par le claquement sec des portes et le souffle court des athlètes. Ce mercredi matin à Cortina d’Ampezzo, une skieuse a transformé ce décor en son terrain de jeu personnel. Mikaela Shiffrin, l’Américaine aux records innombrables, a rappelé à tout le monde pourquoi elle reste la référence absolue du slalom mondial.
Après des performances en demi-teinte depuis le début de ces Jeux olympiques d’hiver 2026, la multiple championne olympique a retrouvé son niveau stratosphérique lors de la première manche du slalom féminin. Un chrono impressionnant qui laisse peu de place au doute : elle veut l’or et elle semble prête à tout pour l’obtenir.
Un retour triomphal sur la neige italienne
La pression était énorme. Après une 15ᵉ place décevante en slalom lors du combiné par équipes et une 11ᵉ position lors du géant, beaucoup se demandaient si la championne traversait une période de doute. La réponse est arrivée ce matin, nette et sans appel.
Sur une piste technique, plate par endroits et particulièrement exigeante dans le bas, Mikaela Shiffrin a déroulé un ski d’une précision chirurgicale. À l’exception d’une minuscule hésitation dans une porte intermédiaire, elle a semblé glisser sur des rails invisibles, attaquant chaque virage avec une agressivité contrôlée qui fait sa marque de fabrique.
82 centièmes : un gouffre à ce niveau
L’écart creusé sur sa dauphine est déjà significatif. 82 centièmes d’avance sur l’Allemande Lena Dürr, c’est beaucoup dans une discipline où tout se joue souvent à quelques millièmes. Cette avance confortable offre un matelas psychologique non négligeable avant la seconde manche programmée à 13h30.
Derrière, la Suédoise Cornelia Oehlund pointe à exactement une seconde, tandis que neuf autres skieuses restent encore dans la zone des moins de deux secondes. Autant dire que rien n’est joué, mais que l’Américaine part avec une sérieuse option sur le titre olympique.
Le retour surprise de Petra Vlhova
Parmi les éléments marquants de cette première manche, impossible de passer à côté du retour de la Slovaque Petra Vlhova. Tenante du titre olympique en slalom, absente des pistes depuis deux longues années à cause d’une grave blessure au genou droit, elle a choisi ces Jeux pour effectuer son come-back.
Si son 29ᵉ temps à +2 »86 témoigne d’un manque évident de rythme, sa simple présence sur la ligne de départ constitue déjà une victoire personnelle. Le chemin vers son meilleur niveau sera encore long, mais les passionnés de ski alpin sont heureux de la revoir en combinaison de course.
Les Françaises passent tout près du top 10
Côté tricolore, le sentiment dominant est celui d’un rendez-vous manqué… mais pas de beaucoup. Caitlin McFarlane, avec le dossard 25, a longtemps flirté avec les toutes meilleures places. Solide sur la majeure partie du tracé, elle a malheureusement concédé plusieurs dixièmes précieux dans le mur final.
Résultat : une 12ᵉ place à +1 »75 qui reste encourageante. Même constat pour Marie Lamure (dossard 21), 13ᵉ à +1 »90, elle aussi gênée par les dernières portes. Doriane Escané termine 35ᵉ tandis que Marion Chevrier n’a pas pu aller au bout de sa manche.
Ces performances montrent que le collectif français possède du potentiel sur cette discipline technique. Avec un peu plus de réussite ou de constance dans le bas de piste, plusieurs Bleues auraient pu se glisser dans le top 10 provisoire.
Pourquoi cette piste pose problème à beaucoup
La configuration du tracé de Cortina a été largement commentée. Trop plate selon certains, elle devient rapidement cassante et perd de sa qualité au fil des passages. Seule une skieuse semble véritablement s’y sentir à l’aise : Mikaela Shiffrin.
Cette particularité rend la seconde manche encore plus incertaine. Les conditions de neige évoluent vite et les trajectoires optimales changent constamment. Celle qui saura le mieux s’adapter à ces changements prendra une sérieuse option sur le podium.
Le mental : la clé du succès olympique
Derrière les chronos bruts se cache une bataille psychologique intense. Après plusieurs contre-performances relatives depuis le début des Jeux, Shiffrin avait besoin de se rassurer. Mission accomplie avec brio.
Elle abordera la seconde manche avec la confiance retrouvée, mais aussi avec l’obligation de confirmer. La pression du dossard rouge de leader est parfois lourde à porter, surtout quand on vise un nouveau titre olympique pour étoffer un palmarès déjà monstrueux.
« Quand tout s’aligne, que le ski est fluide et que la tête est libre, il n’y a plus vraiment de limite. Aujourd’hui j’ai retrouvé ces sensations. »
Ces mots résument parfaitement l’état d’esprit dans lequel évolue la meilleure slalomeuse de sa génération quand elle est au sommet de son art.
Ce qui attend les concurrentes dans la seconde manche
Pour détrôner Shiffrin, il faudra réaliser une manche presque parfaite. Lena Dürr, qui connaît parfaitement le matériel et les neiges européennes, possède les armes pour revenir. Cornelia Oehlund, en embuscade à une seconde, reste également dangereuse.
Plus bas dans la hiérarchie, plusieurs skieuses peuvent espérer une remontée spectaculaire si elles trouvent la bonne ligne et si elles évitent les fautes coûteuses. Dans le slalom, une faute minime peut vous faire perdre plusieurs places en quelques dixièmes.
Un palmarès qui continue de s’étoffer ?
À seulement 30 ans (en 2026), Mikaela Shiffrin possède déjà l’un des plus beaux palmarès de l’histoire du ski alpin féminin. Multiples titres mondiaux, victoires en Coupe du monde par dizaines, globes de cristal à répétition… il ne lui manque plus grand-chose.
Un nouvel or olympique en slalom viendrait couronner une carrière exceptionnelle et renforcerait encore un peu plus sa légende. Mais à ce niveau, chaque course reste une finale à part entière.
Les enjeux pour le ski alpin féminin mondial
Cette manche matinale a aussi remis en lumière la domination américaine dans la discipline reine du ski technique féminin. Depuis plusieurs saisons, les États-Unis possèdent un collectif extrêmement compétitif, avec plusieurs athlètes capables de monter sur le podium à chaque course.
Face à cette hégémonie, les nations européennes traditionnellement fortes (Autriche, Suisse, Allemagne, Suède, Norvège, Slovaquie…) cherchent à inverser la tendance. Le retour de Vlhova est un signal fort envoyé dans cette direction.
Les Françaises peuvent-elles encore espérer ?
Malgré des écarts conséquents, plusieurs Bleues restent dans la course pour un top 10, voire mieux. Le slalom est une discipline où tout peut basculer en une manche. Une grosse faute de la leader ou un tracé qui leur convient particulièrement pourraient changer la donne.
Marie Lamure et Caitlin McFarlane ont montré de très belles choses ce matin. Avec de la fraîcheur physique et une confiance accrue, elles peuvent viser une place d’honneur cet après-midi.
Le programme de la journée
La seconde manche débutera à 13h30. Les conditions météo annoncées restent stables : grand beau, températures fraîches et piste qui devrait conserver une bonne tenue. Tous les ingrédients sont réunis pour assister à un grand spectacle de ski alpin.
Les yeux du monde seront rivés sur la piste italienne cet après-midi. Mikaela Shiffrin peut-elle concrétiser sa domination matinale ? Ses poursuivantes sauront-elles créer la surprise ? Réponse dans quelques heures.
En attendant, une chose est sûre : le slalom olympique féminin 2026 s’annonce comme l’un des moments forts de ces Jeux de Milan-Cortina. Et au milieu de cette bataille, une skieuse semble avoir repris le contrôle total des opérations.
La suite promet d’être passionnante.
À retenir de la première manche :
- Mikaela Shiffrin domine largement avec 0 »82 d’avance
- Lena Dürr (ALL) 2ᵉ, Cornelia Oehlund (SUE) 3ᵉ à +1 »00
- Neuf skieuses dans la seconde manche à moins de 2 secondes
- Retour remarqué de Petra Vlhova (29ᵉ)
- Caitlin McFarlane 12ᵉ et Marie Lamure 13ᵉ pour la France
Le suspense reste entier. Rendez-vous cet après-midi pour connaître la nouvelle championne olympique de slalom.









