Imaginez un mercredi soir où les livres prennent soudain vie sous les projecteurs. Les pages se tournent non pas entre vos doigts, mais sur un plateau télévisé où des voix singulières se croisent pour raconter le monde d’aujourd’hui et d’hier. Ce 18 février 2026, l’émission La Grande Librairie promet une plongée fascinante dans des univers aussi variés que bouleversants.
Animée avec passion par Augustin Trapenard, cette rendez-vous hebdomadaire continue de rassembler des milliers de téléspectateurs curieux de littérature vivante. Après un numéro précédent marquant, l’édition du jour s’annonce particulièrement riche en émotions et en réflexions profondes.
Un plateau placé sous le signe de la nature et de la mémoire
La thématique implicite qui traverse les ouvrages présentés ce soir semble tourner autour de notre rapport à la nature, à l’héritage historique et aux grandes fractures de la société contemporaine. Forêts mystérieuses, arbres millénaires, cours d’eau menacés : la planète parle à travers les plumes des invités.
Pauline Peyrade et le poids des héritages familiaux
Pauline Peyrade ouvre le bal avec Les Habitantes, un roman délicat et poignant. L’histoire suit Emily, une femme qui vit recluse avec sa chienne Loyse dans une maison héritée de sa grand-mère. Entourée de champs et de silence, elle mène une existence simple rythmée par les promenades et son travail à la ferme voisine.
Mais la quiétude vole en éclats lorsque des courriers annoncent la mise en vente de la propriété. Emily doit alors renouer avec une demi-sœur dont elle s’était éloignée. Ce face-à-face forcé révèle des blessures anciennes et questionne ce que signifie vraiment « habiter » un lieu, une famille, une vie.
Avec une écriture précise et sensible, l’autrice explore les liens invisibles qui nous rattachent aux lieux et aux personnes, même quand on pense les avoir définitivement quittés.
Jean-Yves Jouannais : quand les oiseaux chantent l’histoire sombre
Le ton change radicalement avec Une Forêt de Jean-Yves Jouannais. Ce livre nous transporte dans une forêt près de Brême, juste après la Seconde Guerre mondiale. Des oiseaux y ont appris les hymnes nazis et les transmettent désormais à leurs petits, génération après génération.
Ce point de départ troublant permet à l’auteur, critique d’art et essayiste reconnu, de mêler philosophie, histoire et fiction. La forêt devient le théâtre d’une mémoire qui refuse de s’effacer, transmise par des créatures innocentes.
Comment se débarrasser d’un poison idéologique quand il s’incruste jusque dans le chant des oiseaux ? La question hante le récit et résonne avec force dans notre époque où les discours extrêmes circulent à nouveau.
« La nature n’oublie pas. Elle répète ce qu’on lui a appris, même les pires chansons. »
Extrait inspiré de l’atmosphère du roman
Le travail de Jouannais interroge notre responsabilité collective face à l’héritage toxique du passé.
Simonetta Greggio : la vie sauvage d’une pionnière oubliée
Simonetta Greggio signe avec Le Souffle de la forêt une biographie romancée captivante. Elle retrace le destin hors norme de Simona Gabriela Kossak, biologiste polonaise visionnaire.
Pour fuir un milieu familial oppressant et une société rigide, Simona trouve refuge dans la forêt qui entoure la vieille demeure familiale en ruine. Là, elle étudie la nature avec une acuité rare et développe une compréhension profonde des écosystèmes.
Le roman rend hommage à une femme qui a consacré sa vie à comprendre le vivant plutôt qu’à se conformer aux attentes sociales. Une ode à la liberté intérieure et à la puissance régénératrice de la nature.
Gaspard Koenig face à la crise de l’eau
Philosophe, essayiste et fondateur du mouvement Philosophie & Cie, Gaspard Koenig apporte une réflexion contemporaine avec Aqua. Le roman met en scène une communauté rurale confrontée à une pénurie d’eau dramatique.
Entre désir d’autonomie, passivité citoyenne, intrigues politiques locales et pesanteur de l’État-providence, les habitants se retrouvent déchirés. L’auteur utilise ce cadre pour questionner les grands enjeux de notre temps : ressources, démocratie locale, responsabilité individuelle.
Le livre se lit comme une fable moderne sur notre incapacité collective à gérer les biens communs essentiels. L’eau devient la métaphore de toutes les crises à venir.
Bernard Werber et le drame sous le chêne millénaire
Enfin, point d’orgue de la soirée : la venue très attendue de Bernard Werber. Avec La Voix de l’arbre, l’auteur des mythiques Fourmis signe un roman à la fois intime et universel.
Rose, jeune scientifique brillante, accompagne son compagnon dans la plus ancienne forêt de France. Il veut lui faire découvrir un chêne millénaire d’une beauté exceptionnelle. Mais lors d’une promenade, une branche massive se détache et tue le jeune homme sur le coup.
Accusée de meurtre, traquée par les enquêteurs, Rose choisit la fuite pour tenter de prouver son innocence. Commence alors une course contre la montre où la jeune femme devra affronter ses démons intérieurs autant que la justice.
Comme souvent chez Werber, la nature n’est pas un simple décor : elle devient un personnage à part entière, doté d’une voix et d’une intention mystérieuse.
Pourquoi ce numéro marque-t-il les esprits ?
Cinq auteurs, cinq regards, une même envie de comprendre notre lien au vivant et au passé. Dans une période où l’urgence climatique et la résurgence de discours extrêmes occupent l’actualité, ces romans offrent des prismes différents mais complémentaires.
Certains explorent la mémoire traumatique, d’autres la quête d’autonomie face aux ressources qui s’épuisent, d’autres encore la force libératrice de la nature sauvage. Ensemble, ils dessinent le portrait d’une humanité à la croisée des chemins.
Augustin Trapenard, avec sa capacité à créer un espace d’écoute bienveillant et intelligent, devrait permettre à ces échanges de prendre une dimension rare. On attend des conversations profondes, des révélations inattendues et peut-être quelques frissons littéraires.
La Grande Librairie : toujours plus indispensable
Depuis ses débuts en 2008, l’émission s’est imposée comme un rendez-vous incontournable pour tous ceux qui considèrent la littérature comme un outil de compréhension du monde. D’abord confiée à François Busnel, elle a trouvé en Augustin Trapenard un successeur à la hauteur des attentes.
Chaque mercredi, des plumes venues d’horizons divers se retrouvent autour d’un fil rouge implicite ou explicite. Les discussions dépassent souvent le simple cadre du livre pour toucher aux grandes questions existentielles et sociétales.
Dans un paysage audiovisuel souvent saturé de divertissement léger, La Grande Librairie fait figure de respiration culturelle. Elle rappelle que les idées, les récits et les imaginaires restent des armes puissantes face à la complexité du monde.
Que retenir de cette édition du 18 février ?
Ce numéro illustre parfaitement la richesse de la production littéraire francophone actuelle. Entre romans introspectifs, fictions historiques troublantes, biographies romancées et récits d’anticipation sociale, les frontières entre les genres s’estompent au profit d’une réflexion commune sur notre époque.
La nature y occupe une place centrale, non comme cadre décoratif, mais comme actrice à part entière des drames humains. Elle accueille, elle guérit, elle tue, elle conserve la mémoire, elle se raréfie. Elle nous renvoie à notre fragilité et à notre responsabilité.
Si vous cherchez une émission capable de nourrir votre esprit tout en touchant votre sensibilité, ne manquez pas ce rendez-vous. Les livres présentés ce soir pourraient bien changer votre regard sur le monde qui vous entoure.
Alors, calepin en main ou simple envie d’évasion littéraire, installez-vous confortablement ce mercredi soir. La Grande Librairie a, une fois encore, réuni des voix qui méritent qu’on les écoute attentivement.
Et vous, lequel de ces titres vous intrigue le plus ? La fuite en avant de Rose, le chant maudit des oiseaux de Brême, la quête d’eau de la communauté rurale, l’exil forestier de Simona Kossak ou l’intimité blessée d’Emily ?
Quelle que soit votre préférence, une chose est sûre : la littérature française contemporaine est plus vivante et nécessaire que jamais.









