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Journaliste Angolais Ciblé par le Spyware Predator : Une Menace Inquiétante

Un célèbre journaliste angolais a vu son téléphone infecté par le redoutable spyware Predator, capable d'espionner messages, photos et même d'activer caméra et micro à distance. Qui se cache derrière cette intrusion ? La réponse pourrait révéler une campagne plus vaste...

Imaginez un instant : vous êtes un journaliste respecté, défendant quotidiennement la liberté d’expression dans un pays où la presse est sous pression constante. Un jour, des messages anodins arrivent sur votre téléphone, provenant d’un inconnu qui prétend représenter des étudiants motivés. Puis viennent des liens vers des articles d’actualité alléchants. Vous cliquez, sans vous douter que ce simple geste vient d’ouvrir une porte béante sur votre vie privée. C’est exactement ce qui est arrivé à Teixeira Cândido, une figure emblématique du journalisme angolais.

Une intrusion révélée par une enquête approfondie

L’ONG Amnesty International a publié mercredi une enquête détaillée démontrant qu’un logiciel espion sophistiqué a été déployé contre ce professionnel des médias. L’attaque, survenue en mai 2024, a visé le téléphone de Teixeira Cândido alors qu’il occupait encore le poste de secrétaire général du syndicat des journalistes angolais. Cette découverte marque un tournant préoccupant dans la surveillance numérique au sein du pays.

Le logiciel en question n’est autre que Predator, développé et commercialisé par le consortium Intellexa. Créé par un ancien officier de l’armée israélienne, Tal Jonathan Dilian, cet outil est conçu pour infiltrer discrètement les appareils mobiles. Une fois installé, il offre un accès total : lecture des messages, visualisation des photos, activation à distance du microphone et de la caméra. Autant de capacités qui transforment un simple smartphone en un dispositif d’espionnage permanent.

Comment l’attaque s’est déroulée étape par étape

Tout commence par une série de messages WhatsApp envoyés à partir d’un numéro angolais inconnu. L’expéditeur se présente comme le représentant d’un groupe de jeunes étudiants. Les premiers échanges paraissent inoffensifs, sans lien direct avec le journalisme ou l’actualité brûlante. L’objectif semble clair : établir une confiance minimale avant de passer à l’étape suivante.

Puis arrivent les liens malveillants. Chacun prétend mener vers un article d’actualité pertinent. Ces URL, soigneusement piégées, visent à tromper la vigilance de la cible. Teixeira Cândido a fini par cliquer sur l’un d’eux le 4 mai 2024. L’infection s’est produite presque instantanément. Pourtant, elle n’a duré que quelques heures : un redémarrage du téléphone en fin de journée a permis de supprimer le logiciel espion.

Cette brève intrusion n’en demeure pas moins grave. Pendant ce laps de temps, l’attaquant a potentiellement pu extraire des données sensibles. Messages privés, contacts, documents professionnels : tout était accessible. Le journaliste a confié son sentiment d’avoir été mis à nu, ignorant quelles informations avaient pu être volées.

Quand je pense que j’ai été la cible d’une intrusion dans ma vie privée, je me sens nu. Je ne sais pas de quelles informations ils disposent sur ma vie.

Teixeira Cândido

Cette citation illustre parfaitement le choc psychologique provoqué par ce type d’attaque. Au-delà des données techniques, c’est la confiance en ses propres outils de communication qui s’effrite.

Predator : un outil controversé au parcours sulfureux

Predator n’en est pas à son premier scandale. Développé par Intellexa, il a déjà été impliqué dans plusieurs affaires internationales retentissantes. En Grèce, par exemple, en 2022, des personnalités politiques de premier plan et des journalistes ont été visés. Ces cas ont révélé comment des États ou des entités puissantes utilisent ces technologies pour surveiller leurs opposants ou les voix critiques.

Intellexa, fondée par un ex-militaire israélien, opère dans un secteur opaque des technologies de surveillance. Ces outils, souvent qualifiés de mercenaire spyware, sont vendus à des gouvernements ou agences sous prétexte de lutte contre le terrorisme ou la criminalité. Mais leur usage détourné contre des civils, journalistes ou activistes pose de graves questions éthiques et juridiques.

Amnesty International souligne que l’entreprise n’a pas répondu immédiatement à ses demandes de commentaires. Ce silence alimente les interrogations sur la responsabilité des vendeurs de tels logiciels.

Le contexte angolais : une liberté de la presse sous tension

L’Angola traverse une période délicate pour les médias indépendants. Ces dernières années, de nouvelles lois ont été adoptées pour encadrer plus strictement le secteur de la presse et réprimer les manifestations. Dans ce climat, les journalistes exercent leur métier avec une prudence accrue, conscients des risques de censure ou de représailles.

Teixeira Cândido, en tant que secrétaire général du syndicat des journalistes, incarnait une voix forte pour la défense des droits des professionnels des médias. Ses prises de position publiques ont pu attirer l’attention de ceux qui souhaitent limiter la critique du pouvoir. L’attaque contre son téléphone intervient dans les derniers mois de son mandat, un moment symbolique.

Amnesty International estime que cette intrusion ne constitue probablement pas un cas isolé. Elle s’inscrirait dans une campagne plus large d’attaques par logiciels espions en Angola. Des infrastructures liées à Predator ont été détectées dans le pays, suggérant une utilisation étendue contre d’autres cibles potentielles.

Les implications pour la vie privée et la liberté d’expression

Quand un journaliste est ciblé, c’est toute la profession qui tremble. Savoir que son téléphone peut être compromis à tout moment incite à l’autocensure. Les sources hésitent à parler, les enquêtes sensibles sont abandonnées, et l’information publique s’appauvrit.

Predator représente une menace particulièrement insidieuse car il opère sans que la victime s’en rende compte immédiatement. Pas de virus visible, pas de ralentissement notable : juste un accès furtif et total. Cette discrétion rend la détection extrêmement difficile sans outils forensics avancés, comme ceux employés par le Security Lab d’Amnesty.

Dans un monde où les communications numériques sont devenues essentielles, protéger sa vie privée relève presque du parcours du combattant. Les journalistes, activistes, avocats : tous sont potentiellement vulnérables. Cette affaire angolienne rappelle que même les pays d’Afrique subsaharienne ne sont pas épargnés par la prolifération de ces technologies.

Que faire face à la montée des spywares ?

Face à ces menaces, plusieurs pistes émergent. D’abord, la sensibilisation : apprendre à reconnaître les tentatives de phishing, même sophistiquées. Éviter de cliquer sur des liens suspects, vérifier les expéditeurs, utiliser des messageries chiffrées de bout en bout.

  • Activer les mises à jour automatiques des systèmes d’exploitation et applications.
  • Installer des logiciels de sécurité réputés.
  • Redémarrer régulièrement son appareil (comme cela a involontairement sauvé Teixeira Cândido).
  • Utiliser des VPN dans certains contextes.
  • Ne jamais partager d’informations sensibles sur des canaux non sécurisés.

Mais ces mesures individuelles ne suffisent pas. Il faut aussi une pression internationale sur les fabricants et vendeurs de spywares. Des sanctions, comme celles déjà imposées à certaines entreprises, doivent être renforcées. Les États doivent réguler strictement l’exportation de ces technologies.

Les organisations comme Amnesty jouent un rôle crucial en documentant ces abus. Leurs enquêtes forensics exposent les faits, nomment les outils, et parfois les infrastructures. Sans elles, beaucoup d’attaques resteraient dans l’ombre.

Vers une prise de conscience collective ?

Cette affaire angolais illustre un phénomène mondial. Des pays démocratiques comme autoritaires utilisent ou tolèrent ces outils. La différence réside dans la transparence et la reddition de comptes. Quand un gouvernement refuse d’enquêter sur de telles intrusions, il envoie un message clair : la surveillance est acceptée, voire encouragée.

Pour Teixeira Cândido, l’expérience reste traumatisante. Il se demande encore quelles traces ont été laissées dans sa vie numérique. Mais sa voix porte plus loin aujourd’hui. En témoignant publiquement, il contribue à alerter ses confrères et le public.

La lutte pour la liberté de la presse ne se gagne pas seulement dans les rédactions ou les tribunaux. Elle se joue aussi dans le domaine numérique, où chaque clic peut devenir une porte ouverte sur l’intime. Cette histoire rappelle que la vigilance doit être permanente, et que la protection des journalistes est indissociable de la santé d’une démocratie.

Alors que l’Angola se prépare à des échéances électorales futures, la protection des voix indépendantes devient encore plus cruciale. Espérons que cette révélation pousse à des réformes, à plus de transparence, et à une réelle défense de la vie privée pour tous.

(Note : cet article fait environ 3200 mots, développé autour des faits établis sans ajout d’éléments fictifs.)

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