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USA Prêts à Reprendre Essais Nucléaires Face à Chine et Russie

Les États-Unis menacent de rompre leur moratoire sur les essais nucléaires pour s'aligner sur les explosions présumées de la Chine et de la Russie. Un haut responsable évoque une reprise sur un pied d'égalité... Mais jusqu'où ira cette escalade ?
Les États-Unis se préparent-ils à rompre un tabou nucléaire vieux de plus de trente ans ? Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient et que les grands accords de désarmement s’effritent, Washington envisage ouvertement de reprendre des essais nucléaires de faible puissance. Cette perspective, évoquée par un haut responsable du département d’État, marque un tournant potentiel dans la course aux armements mondiaux, avec des accusations pointées vers la Chine et la Russie.

Un moratoire en sursis face à de nouvelles menaces

Depuis 1992, les États-Unis n’ont plus procédé à un essai nucléaire explosif. Le pays s’est contenté de tests en laboratoire dits sous-critiques, sans libération d’énergie nucléaire significative. Ce choix reflétait un engagement volontaire dans un moratoire global sur les essais, partagé par la plupart des puissances nucléaires. Pourtant, aujourd’hui, cette retenue semble menacée par des évolutions perçues comme asymétriques.

Le haut responsable chargé du contrôle des armements et de la non-prolifération au département d’État a récemment déclaré que les États-Unis pourraient reprendre des essais pour rétablir un équilibre. Il a insisté sur le fait que cette reprise se ferait sur un pied d’égalité, en réponse à des pratiques attribuées à d’autres nations. Cette position n’implique pas un retour aux explosions atmosphériques massives des années 1950, mais plutôt des tests de faible puissance, adaptés aux standards actuels.

L’annonce intervient dans un contexte précis : l’expiration récente du traité New Start, dernier accord bilatéral limitant les arsenaux stratégiques entre les États-Unis et la Russie. Cet événement a ravivé les craintes d’une prolifération incontrôlée et d’une course aux armements sans freins. Washington appelle désormais à des négociations multilatérales incluant la Chine, pour combler ce vide juridique et stratégique.

Les accusations précises contre la Chine

Les États-Unis pointent du doigt des activités suspectes de la Chine, notamment un événement survenu le 22 juin 2020. Des données sismiques enregistrées par une station au Kazakhstan, pays frontalier, ont détecté une secousse de magnitude 2,75. Selon le responsable américain, il y a très peu de chances que cela provienne d’un séisme naturel. Il s’agirait plutôt d’une explosion unique, compatible avec un essai nucléaire de faible rendement.

Cette secousse serait liée au site historique d’essais chinois dans la région du Xinjiang. Les techniques employées, comme le découplage – qui atténue les signaux sismiques pour masquer l’activité – permettraient de contourner les mécanismes de détection internationaux. Pékin prépare également, selon ces allégations, des explosions de puissances supérieures, ce qui accentuerait les déséquilibres.

Il y a très peu de chances que ce soit autre chose qu’une explosion.

La Chine a fermement démenti ces accusations, les qualifiant de mensonges purs et simples. Pékin accuse Washington de fabriquer des prétextes pour justifier une reprise de ses propres essais, dans une logique de confrontation accrue.

La Russie également dans le viseur

Les reproches ne se limitent pas à la Chine. En 2024, le département d’État avait déjà accusé la Russie d’avoir mené des essais de faible puissance, violant son engagement dans le moratoire. Ces allégations s’inscrivent dans un climat de méfiance généralisée, exacerbé par les tensions géopolitiques actuelles.

Le responsable américain a réitéré que les États-Unis ne toléreraient pas une situation de désavantage insupportable. La décision finale reviendrait au président, sans date précise annoncée pour un éventuel essai. L’objectif affiché reste de rétablir une parité, sans verser dans une escalade incontrôlée.

Contexte de l’arsenal chinois en pleine expansion

L’arsenal nucléaire chinois, bien que plus modeste que ceux des États-Unis et de la Russie, connaît une croissance rapide. Pékin modernise ses forces et augmente ses capacités, ce qui alimente les préoccupations américaines. Cette dynamique renforce l’argument d’un besoin de réponse proportionnée pour maintenir la crédibilité de la dissuasion.

Des analyses indépendantes, comme celles du Center for Strategic and International Studies, nuancent toutefois les preuves. Certaines études n’ont pas identifié d’éléments concluants confirmant une explosion en 2020, et les images satellites ne révèlent pas d’activité anormale flagrante sur le site concerné. Cela illustre la complexité des vérifications dans ce domaine sensible.

Les implications pour la stabilité mondiale

Une reprise des essais nucléaires américains, même limités, risquerait de fragiliser davantage le régime international de non-prolifération. Le moratoire en vigueur depuis des décennies repose sur une norme non écrite, mais puissante. Briser ce tabou pourrait encourager d’autres pays à suivre, accélérant une course aux armements.

Les experts soulignent que les essais de faible puissance permettraient de valider de nouvelles technologies ou de certifier des composants d’armes sans explosions massives. Pourtant, l’impact symbolique serait majeur, érodant la confiance mutuelle entre puissances.

Washington insiste sur la nécessité de négociations multilatérales pour inclure la Chine dans un cadre de contrôle des armements. Sans accord global, le risque d’escalade technique et stratégique augmente, avec des conséquences potentiellement imprévisibles pour la sécurité internationale.

Historique des essais et le tournant des années 1990

Les États-Unis ont conduit leur dernier essai explosif en 1992, marquant la fin d’une ère de tests fréquents. Depuis, le programme de stewardship scientifique permet de maintenir la fiabilité de l’arsenal via des simulations avancées et des expériences en laboratoire. Ce système a prouvé son efficacité, mais certains estiment qu’il atteint ses limites face à des adversaires potentiellement actifs.

La décision de reprendre des essais, si elle se concrétise, représenterait un revirement majeur. Elle s’inscrirait dans une stratégie plus large de renforcement de la dissuasion, face à un paysage stratégique transformé par l’émergence de nouveaux acteurs et technologies.

Vers une nouvelle architecture de sécurité nucléaire ?

Le vide laissé par l’expiration de New Start appelle à une refonte des mécanismes de contrôle. Inclure la Chine dans des discussions trilatérales semble indispensable, mais Pékin a historiquement résisté à de telles contraintes, arguant de l’asymétrie des arsenaux existants.

Les États-Unis affirment vouloir éviter une course effrénée, mais insistent sur le fait que l’inaction face à des violations présumées serait inacceptable. La balle est dans le camp des parties concernées pour trouver un terrain d’entente avant que les postures ne se durcissent davantage.

Ce dossier nucléaire illustre les défis contemporains : équilibre entre dissuasion crédible et maîtrise des risques, dans un monde multipolaire où la confiance mutuelle s’effrite. Les prochains mois seront décisifs pour déterminer si la diplomatie l’emporte sur la confrontation.

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