Les critiques acerbes de Washington sur le « culte du climat » européen
En qualifiant les efforts climatiques européens d’expérience ratée qualifiée de culte du climat, le secrétaire à l’Énergie pointe du doigt une période de 17 années qui aurait, selon lui, conduit à des résultats désastreux pour le Vieux Continent. Cette expression forte vise à souligner ce qu’il perçoit comme un dogmatisme excessif dans la lutte contre le réchauffement, au détriment des réalités économiques.
Les conséquences évoquées sont multiples et lourdes. Les prix de l’énergie ont grimpé en flèche, tandis que la production énergétique globale du continent a diminué par rapport à il y a 17 ans. Cette situation aurait non seulement pesé sur le pouvoir d’achat des ménages, mais aussi favorisé une délocalisation massive des emplois industriels vers l’Asie.
Autre point majeur soulevé : une dépendance accrue vis-à-vis de la Russie pour l’approvisionnement énergétique, rendant l’Europe vulnérable sur le plan géopolitique. Ces affirmations s’inscrivent dans une vision plus large où les priorités énergétiques traditionnelles (pétrole, gaz, charbon) sont défendues comme essentielles à la prospérité.
Un revirement climatique américain marqué depuis 2025
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les États-Unis ont opéré un virage à 180 degrés sur les engagements climatiques. Parmi les mesures phares, l’abrogation d’un texte clé datant de 2009 sous l’administration Obama, qui servait de base réglementaire à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ce retrait s’ajoute à une seconde sortie de l’Accord de Paris, déjà actée lors du premier mandat trumpien.
Ces décisions traduisent une philosophie où l’impact du changement climatique est relativisé. Le secrétaire à l’Énergie a ainsi décrit le monde comme un peu plus chaud, un peu plus vert, un peu plus humide, minimisant les effets négatifs et affirmant que les politiques actuelles n’ont guère d’incidence sur ces évolutions.
L’impact réel est que le monde est un peu plus chaud, un peu plus vert, un peu plus humide.
Chris Wright, secrétaire américain à l’Énergie
Cette perspective contraste fortement avec les données scientifiques récentes, qui indiquent que les années 2023, 2024 et 2025 figurent parmi les plus chaudes jamais mesurées par les services européens de surveillance climatique. Pourtant, l’accent est mis sur les coûts économiques des mesures restrictives plutôt que sur les bénéfices environnementaux à long terme.
La relation transatlantique vue comme une « fermeté affectueuse »
Interrogé sur les liens entre les États-Unis et l’Europe, Chris Wright a employé l’expression de fermeté affectueuse pour décrire l’attitude américaine. Selon lui, Washington reste un allié solide, mais pousse ses partenaires européens à renforcer leurs capacités dans plusieurs domaines stratégiques.
Cette fermeté viserait à encourager l’Europe à développer une armée plus robuste, un système énergétique plus résilient et une économie plus compétitive. L’objectif affiché est de forger des alliés plus forts, capables de partager les responsabilités sécuritaires et économiques dans un monde multipolaire.
Les États-Unis sont un allié solide de l’Union européenne. Toute la fermeté affectueuse vise à inciter l’Europe à se doter d’une armée plus forte, d’un système énergétique plus solide, d’une économie plus forte.
Chris Wright
Cette rhétorique intervient alors que des sujets sensibles persistent, comme la question du Groenland. Le secrétaire a tenu à rassurer en affirmant qu’il n’y avait aucune possibilité que les États-Unis envahissent ce territoire autonome danois, malgré les déclarations antérieures de Donald Trump sur un possible achat ou acquisition.
Le dossier vénézuélien et la relance pétrolière
Chris Wright a également évoqué sa récente visite à Caracas, où l’objectif principal est d’augmenter significativement la production pétrolière vénézuélienne. Depuis l’arrestation du président Nicolas Maduro, cette reprise aurait déjà généré un milliard de dollars, avec des fonds rapatriés vers Caracas via des circuits contrôlés par le Trésor américain.
Parallèlement, les filières de corruption qui détournaient auparavant les revenus pétroliers sont en train d’être démantelées. Cette approche vise à stabiliser le secteur énergétique vénézuélien tout en limitant les fuites financières, dans un pays riche en ressources mais longtemps plombé par des sanctions et une mauvaise gouvernance.
L’Agence Internationale de l’Énergie sous le feu des critiques
Présent à Paris pour une conférence ministérielle de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), Chris Wright a renouvelé ses critiques envers cette institution créée en 1974 et rattachée à l’OCDE. Il avait précédemment menacé d’un retrait américain si des réformes n’étaient pas engagées, notamment pour réduire la focalisation sur le climat et la neutralité carbone à horizon 2050.
Bien que des progrès aient été notés, beaucoup reste à faire selon lui. Une grande partie des travaux de l’AIE est consacrée au changement climatique et au scénario net zéro de l’Accord de Paris, ce qui est perçu comme un biais excessif au détriment d’une vision plus équilibrée intégrant les énergies fossiles.
De premiers pas ont été faits, mais il reste encore beaucoup à faire. Une grande partie du travail de l’AIE est axée sur le changement climatique et le truc net zéro.
Chris Wright
Ces propos reflètent une divergence profonde entre les approches américaine et européenne sur l’énergie et le climat. Alors que l’Europe mise sur une transition accélérée vers les renouvelables, les États-Unis sous l’administration actuelle privilégient la production domestique d’hydrocarbures pour assurer indépendance et croissance économique.
Conséquences économiques et géopolitiques pour l’Europe
Les critiques du secrétaire américain soulèvent des questions fondamentales sur la stratégie énergétique européenne. La hausse des prix de l’énergie a effectivement impacté les industries énergivores, favorisant parfois des délocalisations vers des zones où les coûts sont moindres et les régulations moins strictes.
La dépendance passée au gaz russe a été mise en évidence par les événements géopolitiques récents, poussant l’Europe à diversifier ses approvisionnements, notamment via des importations massives de GNL américain. Pourtant, cette transition coûteuse pose la question de la compétitivité à long terme.
En parallèle, les objectifs climatiques ambitieux visent à réduire les émissions, mais ils requièrent des investissements colossaux dans les infrastructures renouvelables, les réseaux et les technologies de stockage. Le débat porte sur l’équilibre entre urgence environnementale et impératifs économiques immédiats.
Perspectives d’avenir transatlantique
Malgré les tensions, l’alliance reste présentée comme solide. Les États-Unis cherchent à pousser l’Europe vers plus d’autonomie stratégique, y compris dans le domaine énergétique et militaire. Cette fermeté affectueuse pourrait se traduire par une coopération accrue sur certains dossiers, tout en maintenant des divergences sur le rythme de la transition climatique.
Le cas du Venezuela illustre aussi comment Washington utilise son influence pour remodeler les marchés énergétiques mondiaux, en favorisant une production accrue dans des pays alliés ou stabilisés. Cela contraste avec les sanctions antérieures et montre une approche pragmatique centrée sur l’offre et la demande.
En conclusion, ces déclarations marquent un moment clé dans les relations énergétiques internationales. Elles invitent à réfléchir sur les choix faits par l’Europe ces dernières décennies et sur les voies possibles pour concilier souveraineté énergétique, croissance économique et objectifs environnementaux. Le dialogue transatlantique, même franc, reste essentiel pour naviguer dans cette période de transformations profondes.









