Imaginez un jeune enseignant, respecté dans sa communauté, qui décide d’organiser une manifestation pacifique pour défendre les droits de minorités souvent marginalisées. Aujourd’hui, cet homme risque la prison. Cette histoire n’est pas tirée d’un roman dystopique, mais se déroule en Hongrie, en plein cœur de l’Europe, en 2026. Elle interroge directement nos conceptions de la liberté d’expression et du droit de se rassembler.
Un appel solennel du Conseil de l’Europe
Le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, une institution clé pour la surveillance des droits humains sur le continent, a exprimé une préoccupation profonde. Il demande expressément aux autorités hongroises d’abandonner les poursuites engagées contre un militant associatif. Cet appel n’est pas anodin : il pointe une tendance inquiétante vers des restrictions accrues des droits des personnes LGBT+.
Dans son communiqué diffusé depuis Strasbourg, le commissaire souligne que ces poursuites pénales constituent une atteinte sérieuse aux libertés fondamentales. Il insiste sur la nécessité d’arrêter l’usage d’outils judiciaires qui découragent les rassemblements pacifiques. L’enjeu dépasse largement le cas individuel : il touche à l’espace civique dans son ensemble.
Le parcours d’un militant engagé
Geza Buzas-Habel, âgé de 32 ans, est au centre de cette affaire. Enseignant de profession, il est également connu localement comme une figure respectée au sein de sa communauté. Homosexuel et issu de la minorité rom, il incarne une double vulnérabilité face aux discriminations en Hongrie. Son engagement associatif l’a conduit à organiser la cinquième édition de la marche des fiertés à Pécs, une ville du sud du pays.
Cette manifestation, qui s’est tenue en octobre 2025, portait un slogan fort : « Nous ne céderons pas à la peur ». Plusieurs milliers de personnes y ont participé, affirmant leur soutien aux communautés LGBT+ et roms. Il s’agissait d’un événement rare, car la seule marche des fiertés organisée hors de la capitale cette année-là. À Budapest, en mars 2025, plus de 200 000 personnes avaient déjà bravé les interdictions pour défendre ces mêmes causes.
Le parquet de Pécs a transmis le dossier au tribunal. Geza Buzas-Habel encourt jusqu’à un an d’emprisonnement. Cette menace pénale marque une escalade dans la répression des initiatives citoyennes pacifiques. Des organisations de défense des droits humains ont rapidement réagi pour soutenir le militant.
Un contexte législatif de plus en plus restrictif
Depuis son retour au pouvoir en 2010, le Premier ministre nationaliste a impulsé une série de mesures qui restreignent progressivement les droits des personnes LGBT+. Ces évolutions législatives s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à modeler la société selon des valeurs traditionnelles et conservatrices.
En mars 2025, une loi spécifique a été adoptée. Elle interdit explicitement les marches des fiertés, présentée officiellement comme une mesure de protection de l’enfance. Cette justification masque, selon de nombreux observateurs, une volonté de limiter la visibilité des personnes LGBT+ dans l’espace public.
Les conséquences sont concrètes. Les organisateurs de rassemblements risquent désormais des sanctions pénales ou administratives. Même les autorités locales qui autorisent ces événements peuvent être visées. Le maire de Budapest a ainsi fait l’objet d’une demande d’amende pour avoir permis la grande manifestation de mars 2025.
Ces interdictions ne passent pas inaperçues au niveau européen. La Commission européenne considère que de telles restrictions violent les engagements pris par la Hongrie lors de son adhésion à l’Union en 2004. Les traités européens garantissent en effet la liberté de réunion pacifique et la non-discrimination.
Les implications pour les droits humains en Europe
L’affaire de Geza Buzas-Habel n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de réduction de l’espace civique. Les défenseurs des droits humains font face à une pression croissante : enquêtes, amendes, menaces pénales. Cette situation inquiète les institutions internationales chargées de veiller au respect des standards démocratiques.
Le Conseil de l’Europe, avec ses 46 États membres, joue un rôle essentiel de vigie. Son commissaire aux droits de l’homme appelle non seulement à abandonner les poursuites contre Geza Buzas-Habel, mais aussi contre le maire de Budapest. Il exhorte les autorités à cesser d’utiliser des mesures pénales ou administratives pour dissuader les manifestations pacifiques.
La répression des rassemblements pacifiques porte atteinte à plusieurs droits fondamentaux. La liberté d’expression, la liberté d’association, le droit à la non-discrimination : tous sont concernés. Quand un militant risque la prison pour avoir organisé une marche pacifique, c’est toute la société civile qui se trouve fragilisée.
« Je les exhorte également à mettre fin à l’utilisation de mesures pénales et administratives qui dissuadent les rassemblements pacifiques et à mettre un terme à la répression contre les défenseurs des droits de l’homme et à la réduction de l’espace civique. »
Cette citation illustre parfaitement l’urgence de la situation. Le message est clair : les poursuites actuelles créent un effet dissuasif bien au-delà du cas individuel. Elles risquent de décourager toute initiative citoyenne perçue comme sensible par le pouvoir en place.
Une intersectionnalité des luttes mise en lumière
La marche de Pécs ne défendait pas uniquement les droits des personnes LGBT+. Elle portait également les revendications des communautés roms, souvent confrontées à des discriminations multiples. Geza Buzas-Habel, en tant qu’enseignant homosexuel et rom, symbolise cette intersectionnalité des oppressions.
En reliant ces deux combats, la manifestation a rappelé que les luttes pour l’égalité ne peuvent être cloisonnées. Les personnes appartenant à plusieurs minorités subissent des discriminations cumulées. Leur visibilité dans l’espace public devient d’autant plus cruciale.
Organiser une telle marche dans une ville de province, loin de la capitale, revêt une signification particulière. Cela démontre que les revendications pour les droits humains ne se limitent pas aux grands centres urbains. Elles existent partout, même dans des contextes plus conservateurs.
Les réactions et le soutien international
Face à ces poursuites, plusieurs organisations ont exprimé leur solidarité. Elles dénoncent une instrumentalisation du système judiciaire à des fins politiques. Le soutien apporté à Geza Buzas-Habel dépasse les frontières hongroises et s’inscrit dans une mobilisation plus large pour les droits LGBT+ en Europe.
Le président du Congrès du Conseil de l’Europe avait déjà appelé à abandonner les poursuites contre le maire de Budapest. Aujourd’hui, le commissaire aux droits de l’homme élargit cet appel. Ces interventions montrent que la communauté internationale suit attentivement l’évolution de la situation en Hongrie.
Les enjeux sont considérables. Si les poursuites aboutissent, elles pourraient créer un dangereux précédent. D’autres militants risqueraient alors des sanctions similaires pour avoir exercé leurs droits fondamentaux. À l’inverse, un abandon des poursuites enverrait un signal fort en faveur du respect des libertés.
Vers une prise de conscience collective ?
Cette affaire interroge chaque citoyen européen. Que reste-t-il de l’idéal démocratique quand organiser une marche pacifique peut mener en prison ? Comment concilier les valeurs traditionnelles invoquées par certains gouvernements avec les engagements internationaux en matière de droits humains ?
Les marches des fiertés ne sont pas seulement des célébrations. Elles constituent des moments essentiels de visibilité pour des communautés longtemps invisibilisées. Elles permettent de rappeler que l’égalité et la dignité sont des droits universels, non négociables.
En Hongrie, la résistance citoyenne persiste malgré les obstacles. Des milliers de personnes ont marché à Pécs, puis à Budapest. Ces mobilisations massives montrent que la peur ne l’emporte pas toujours. Elles prouvent également que la société civile reste vivante, même sous pression.
Le cas de Geza Buzas-Habel pourrait devenir emblématique. Il incarne le courage de ceux qui refusent de céder face à l’intimidation. Son sort dépendra en partie de la pression internationale et de la mobilisation solidaire. Mais il dépendra surtout de la volonté des autorités hongroises de respecter leurs engagements européens.
Pour l’instant, l’appel du Conseil de l’Europe reste sans réponse concrète. Pourtant, il résonne comme un avertissement : ignorer ces alertes pourrait avoir des conséquences graves pour l’État de droit en Hongrie, et au-delà, pour la crédibilité de l’Europe entière en matière de droits humains.
Chaque jour compte dans cette affaire. Chaque silence officiel renforce l’inquiétude. Chaque voix qui s’élève pour défendre les libertés fondamentales contribue à rappeler que la démocratie se construit aussi dans la rue, pacifiquement, avec fierté.
La suite de cette histoire nous concerne tous. Elle nous rappelle que les droits conquis de haute lutte peuvent être remis en cause à tout moment. Elle nous invite à rester vigilants, solidaires, et déterminés à défendre un espace public ouvert à toutes les voix, sans exception.









