Imaginez un championnat où, soudain, les projecteurs se braquent exclusivement sur les joueurs locaux. Après des mois difficiles pour le handball tricolore, la 16e journée de Liqui Moly Starligue a offert un spectacle inattendu : un sept de la semaine composé entièrement de Français. Une performance collective qui redonne le sourire aux supporters et pose de sérieuses questions sur l’avenir de notre handball national.
Un retour en force après la désillusion européenne
La fin de l’aventure européenne avait laissé un goût amer. Une septième place synonyme d’échec pour une génération habituée aux podiums mondiaux. Pourtant, dès la reprise du championnat domestique, les joueurs tricolores ont semblé libérés. Comme si la pression internationale s’était évaporée pour laisser place à une faim de victoire retrouvée sur les parquets français.
Ce sept de la semaine 100% bleu n’est pas un simple hasard statistique. Il symbolise un renouveau, une revanche silencieuse prise sur le terrain. Chaque joueur sélectionné a livré une copie remarquable, souvent décisive dans des matchs à forts enjeux.
Nicolas Tournat, le roc nantais indéboulonnable
Difficile de ne pas commencer par lui. Pivot de l’équipe de France et de Nantes, Nicolas Tournat continue d’empiler les performances de haut niveau. Lors du déplacement périlleux à Saint-Raphaël, il a une nouvelle fois pesé de tout son poids dans la raquette adverse.
5 buts sur 6 tentatives, une présence physique impressionnante et cette capacité rare à se rendre disponible même sous pression maximale. À 30 ans passés, il reste le patron incontesté du poste en France et montre l’exemple à toute une génération.
« Quand Tournat est dans un bon jour, il devient presque impossible à arrêter. Sa lecture du jeu et sa puissance font de lui un pivot d’élite mondiale. »
Un ancien international français
Son leadership discret mais efficace permet à Nantes de rester dans la course au titre malgré une concurrence acharnée. Cette régularité impressionne semaine après semaine.
Rubens Pierre : la révélation dans les cages
21 arrêts à 46% de réussite. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Le jeune gardien de Tremblay a réalisé l’un des matchs les plus aboutis de sa jeune carrière lors de la victoire éclatante à Dijon. Une performance XXL qui n’est plus vraiment une surprise cette saison.
Formé dans le creuset guinéen avant de choisir la France, Rubens Pierre doit encore patienter jusqu’en 2028 pour porter officiellement le maillot bleu en compétition officielle. Mais ses prestations actuelles laissent peu de doutes : il fait déjà partie des tous meilleurs gardiens du championnat.
Sa lecture du jeu, ses réflexes surnaturels sur les tirs puissants et sa sérénité olympienne en font un mur quasi infranchissable les bons jours. Tremblay peut construire sur lui pour les années à venir.
Mathis Barelle, l’ado qui explose tout
À seulement 19 ans, Mathis Barelle a inscrit 11 buts sur 13 tentatives lors de ce même match à Dijon. Un carton absolu pour un ailier droit qui découvre tranquillement l’élite. Sa connexion avec Rubens Pierre, son gardien, semble déjà évidente.
Ce duo prometteur incarne parfaitement la nouvelle génération française : talent précoce, culot et efficacité redoutable. Barelle n’est plus seulement un espoir ; il devient une vraie menace pour toutes les défenses du championnat.
- 11 buts sur 13 tirs
- 84,6 % de réussite
- Âge : 19 ans
- Poste : ailier droit
- Club : Tremblay-en-France
Ces statistiques impressionnantes pour un si jeune joueur laissent entrevoir un avenir radieux. La patience et le travail paient déjà.
Sélestat, le promu qui surprend tout le monde
Le promu alsacien continue d’impressionner. Troisième victoire consécutive, cette fois à Chartres sur le score de 33-39. Deux joueurs du club intègrent logiquement le sept de la semaine : Tony Mendy et Grégoire Plat.
Tony Mendy, arrière droit, a compilé 8 buts sur 10 tentatives et distribué 5 passes décisives. Un match complet d’un joueur qui allie puissance et vision de jeu. À ses côtés, Grégoire Plat a également brillé avec 7 buts sur 8 tirs et 2 offrandes.
Ce duo d’arrières complémentaires fait des merveilles. Sélestat ne joue pas la survie ; le club joue les premiers rôles et démontre que le hand français regorge de talents même en dehors des gros budgets.
Jules Lignières, le maestro limougeaud
12 passes décisives et 4 buts. Le bilan de Jules Lignières lors de la victoire historique de Limoges contre Montpellier (31-30) est tout simplement monumental. Le demi-centre a régalé ses coéquipiers tout au long de la rencontre.
Sa capacité à casser les lignes, à trouver les intervalles et à servir au bon moment en fait l’un des meilleurs distributeurs actuels du championnat. Cette performance contre un cador européen prouve qu’il a franchi un cap.
Bakary Diallo, le mur toulousain
8 interceptions et 4 contres. Le Toulousain Bakary Diallo a éteint l’attaque d’Istres lors de la large victoire 19-29 des siens. Une masterclass défensive rare à ce niveau.
Anticipation, placement, agressivité mesurée : toutes les qualités du grand défenseur moderne étaient réunies ce jour-là. Toulouse peut s’appuyer sur ce roc pour construire une défense de fer.
Arthur Anquetil, la précision chirurgicale
5 buts sur 5 tentatives pour l’ailier gauche nîmois. Une efficacité totale lors de la victoire contre Cesson-Rennes (31-28). Fils d’un ancien international, Arthur Anquetil semble avoir hérité du talent familial.
Sa précision diabolique sur les ailes et sa capacité à conclure dans les situations les plus compliquées en font un atout précieux pour Nîmes, club en quête de confirmation.
Pourquoi ce 7 bleu est-il si important ?
Dans un championnat où près de la moitié des joueurs sont étrangers, voir un sept entièrement composé de Français reste exceptionnel. Cela démontre plusieurs réalités encourageantes pour le handball tricolore :
- La formation française reste d’excellente qualité
- Les jeunes talents accèdent de plus en plus tôt au haut niveau
- Les joueurs hexagonaux peuvent rivaliser avec les meilleurs étrangers
- La confiance revient après l’échec européen
- De nouveaux leaders émergent naturellement
Cette homogénéité dans la sélection hebdomadaire n’est pas anodine. Elle envoie un message fort : la relève est là, elle est prête, et elle a faim.
Vers un futur rayonnant pour les Bleus ?
Si la route vers les prochains grands rendez-vous internationaux reste longue, cette 16e journée a rappelé une évidence : le vivier français est extrêmement riche. Entre les cadres confirmés comme Tournat, les révélations comme Pierre et Barelle, et les solides performers comme Mendy, Plat, Lignières ou Diallo, l’avenir s’annonce prometteur.
Le sélectionneur dispose désormais d’un réservoir de talents plus large et plus profond qu’il y a quelques mois. À lui de trouver la formule gagnante pour redonner à l’équipe de France son statut de référence mondiale.
En attendant, savourons cette semaine bleue historique en Liqui Moly Starligue. Un moment rare où le handball français s’est regardé dans le miroir et s’est trouvé plutôt beau.
Et vous, quel joueur de ce sept vous a le plus impressionné ? Qui voyez-vous intégrer durablement l’équipe de France dans les prochaines années ? Le débat est lancé.
Résumé du 7 de la semaine
Ailier gauche : Arthur Anquetil (Nîmes)
Arrière gauche : Grégoire Plat (Sélestat)
Demi-centre : Jules Lignières (Limoges)
Arrière droit : Tony Mendy (Sélestat)
Ailier droit : Mathis Barelle (Tremblay)
Pivot : Nicolas Tournat (Nantes)
Gardien : Rubens Pierre (Tremblay)
Défenseur : Bakary Diallo (Toulouse)
Une équipe-type qui pourrait largement rivaliser avec les meilleures sélections européennes actuelles. Preuve que le handball français, malgré ses récents déboires, garde une profondeur et un talent exceptionnels.
La suite de la saison s’annonce passionnante. Entre les ambitions européennes des gros clubs et la confirmation des surprises comme Sélestat et Tremblay, chaque journée réserve désormais son lot d’émotions. Et au milieu de tout cela, une certitude : les Bleus sont de retour.









