Imaginez un protocole DeFi qui, il y a encore quelques mois, faisait rêver les amateurs de rendement sur des chaînes encore peu explorées. Et puis, du jour au lendemain, un message laconique : tout s’arrête. C’est exactement ce qui vient de se produire avec ZeroLend, un projet qui incarnait l’ambition multi-chaînes dans l’univers du prêt décentralisé. Après trois années intenses, l’équipe a pris la décision irrévocable de fermer boutique. Mais derrière cette annonce froide se cache une histoire bien plus complexe, faite de promesses, de défis insurmontables et surtout d’urgence pour les utilisateurs.
La fin d’une aventure DeFi multi-chaînes
ZeroLend n’était pas un énième protocole de lending lambda. Lancé avec l’ambition de démocratiser l’accès au crédit décentralisé sur des réseaux émergents, il s’est rapidement positionné comme un acteur sérieux sur plusieurs écosystèmes. Manta, Zircuit, XLayer, Base… autant de noms qui, à l’époque, représentaient l’avenir fragmenté mais foisonnant de la blockchain. Le concept semblait solide : permettre aux utilisateurs de prêter et d’emprunter des actifs sur des chaînes où la concurrence était encore faible, avec des rendements souvent attractifs.
Malheureusement, ce qui faisait la force du projet – sa présence sur de multiples réseaux – est aussi devenu son talon d’Achille. Au fil des mois, la liquidité s’est évaporée sur plusieurs de ces chaînes. Certaines ont perdu leur dynamisme, d’autres ont vu leurs volumes fondre comme neige au soleil. Résultat : des marchés qui ne généraient plus assez de frais pour couvrir les coûts opérationnels, sans parler des risques grandissants.
Les véritables raisons derrière cette fermeture
L’équipe n’a pas tourné autour du pot dans son communiqué. Parmi les principaux motifs invoqués, on retrouve :
- Une liquidité en chute libre sur la majorité des chaînes supportées
- L’arrêt ou la dégradation de services d’oracles essentiels au fonctionnement sécurisé des marchés
- Une augmentation exponentielle des menaces de sécurité et des coûts associés à la maintenance
- Des revenus insuffisants pour assurer la viabilité économique à long terme
Ces éléments, pris isolément, peuvent sembler gérables. Ensemble, ils ont fini par rendre le projet intenable. Dans un écosystème DeFi où les marges sont déjà extrêmement fines, ne plus pouvoir compter sur une liquidité stable et des oracles fiables équivaut à une condamnation à mort lente mais certaine.
Impact immédiat : 0% LTV sur presque tous les marchés
Face à cette situation, l’équipe a réagi rapidement. La quasi-totalité des marchés propose désormais un Loan-to-Value fixé à 0 %. En clair : plus personne ne peut emprunter contre ses collatéraux. L’objectif est limpide : inciter – voire forcer – les utilisateurs à retirer leurs fonds avant que la situation ne se complique davantage.
Pour beaucoup, cette mesure est vécue comme un signal d’alarme. Quand un protocole passe en mode « sortie uniquement », cela signifie généralement que la fin est proche. Et dans le cas présent, elle est même déjà programmée.
« Notre priorité absolue est de permettre aux utilisateurs de récupérer leurs actifs en toute sécurité. Nous ne voulons laisser personne derrière. »
Membre de l’équipe ZeroLend
Cette phrase, bien qu’officielle, résonne comme un aveu d’échec assumé. L’équipe sait que la confiance est déjà largement entamée et tente de limiter la casse.
Les actifs bloqués : un défi technique majeur
Tous les fonds ne pourront pas être retirés aussi simplement. Certains sont immobilisés sur des chaînes devenues quasi-désertes ou sur des marchés tellement illiquides qu’aucun emprunteur ne vient plus équilibrer les positions. Pour ces cas particuliers, ZeroLend prévoit une mise à jour des smart contracts sous timelock.
Cette upgrade permettra théoriquement de redistribuer les actifs aux fournisseurs initiaux. Une opération délicate qui nécessite une extrême prudence : la moindre erreur pourrait aboutir à une perte définitive. L’équipe assure travailler avec des auditeurs et des experts pour minimiser les risques, mais dans l’univers DeFi, aucune garantie n’est absolue.
Le précédent LBTC sur Base et les compensations partielles
L’histoire de ZeroLend n’est pas exempte d’accidents antérieurs. Un incident notable concerne les fournisseurs de LBTC sur la chaîne Base. Grâce à une allocation issue d’un airdrop LINEA, une partie des pertes a pu être compensée. Les utilisateurs concernés sont invités à contacter les modérateurs ou à ouvrir un ticket pour organiser la suite.
Cette démarche montre une volonté – même limitée – de réparer les torts passés. Elle contraste avec de nombreux projets qui disparaissent purement et simplement sans laisser d’adresse.
Que nous apprend cette fermeture sur l’état du DeFi en 2026 ?
La disparition de ZeroLend n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une tendance plus large : la consolidation brutale de l’écosystème DeFi après des années d’expansion tous azimuts. Les protocoles multi-chaînes, autrefois adulés pour leur capacité à capter la valeur sur les nouveaux réseaux, souffrent aujourd’hui de la fragmentation excessive de la liquidité.
Quand un protocole est présent sur dix chaînes mais que seules deux ou trois génèrent du volume significatif, les coûts de maintenance explosent tandis que les revenus stagnent. Ajoutez à cela la dépendance critique aux oracles, souvent fournis par des acteurs centralisés, et vous obtenez une recette pour l’instabilité chronique.
- La liquidité se concentre sur un nombre restreint de blockchains majeures
- Les petits réseaux peinent à conserver un écosystème actif au-delà de 12-18 mois
- Les coûts de sécurité et d’infrastructure augmentent plus vite que les revenus
- Les utilisateurs deviennent extrêmement prudents face aux protocoles peu liquides
Ces quatre réalités expliquent pourquoi de nombreux projets autrefois prometteurs se retrouvent aujourd’hui contraints de fermer ou de pivoter radicalement.
Conseils pratiques pour les utilisateurs actuels
Si vous avez encore des fonds sur ZeroLend, le message est clair : retirez-les dès que possible. Voici les étapes recommandées :
- Vérifiez immédiatement votre position sur chaque marché
- Repayez vos emprunts si nécessaire pour libérer vos collatéraux
- Retirez vos dépôts même si les rendements semblent encore attractifs
- Conservez une trace (screenshots, transactions hash) de toutes vos actions
- Si vos fonds sont bloqués, préparez-vous à suivre les futures annonces concernant l’upgrade timelock
Ne tardez pas. Dans ce genre de situation, chaque jour compte.
Vers une maturité douloureuse de la DeFi
La fermeture de ZeroLend marque peut-être la fin d’une certaine naïveté dans l’écosystème. Celle qui consistait à croire qu’il suffisait de déployer un protocole sur dix chaînes pour capter une valeur exponentielle. La réalité est plus cruelle : sans liquidité profonde, sans oracles robustes et sans modèle économique résilient, même les idées les plus brillantes finissent par s’effondrer.
Pour les utilisateurs, cette nouvelle page douloureuse rappelle une règle d’or immuable : dans la DeFi comme ailleurs, il n’y a pas de rendement gratuit. Chaque opportunité élevée s’accompagne de risques proportionnels. Et quand le vent tourne, ce sont souvent les derniers arrivés qui trinquent le plus.
ZeroLend s’en va, mais son histoire – faite de rêves multi-chaînes et de réveil brutal – continuera d’alimenter les débats sur la viabilité à long terme des protocoles décentralisés. Une chose est sûre : les prochains projets qui voudront survivre devront apprendre de ces échecs… et vite.
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