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L’Avenir Sacrifié des Enfants en Cisjordanie

À Naplouse, des jumeaux de 10 ans ne vont plus à l'école que trois jours par semaine. Salaires amputés, enseignants épuisés, élèves livrés à eux-mêmes... Comment une génération entière peut-elle construire son futur dans ce chaos éducatif ? La réponse alarmante...

Il est 11 heures un mardi matin ordinaire, pourtant les bancs des écoles publiques de Naplouse restent désespérément vides. Deux jeunes garçons, Ahmad et Mohammad, jumeaux de dix ans, errent chez eux au lieu d’apprendre leurs leçons. Cette scène, loin d’être isolée, illustre une réalité brutale qui s’impose à des centaines de milliers d’enfants en Cisjordanie occupée : l’effondrement progressif du système éducatif public, asphyxié par une crise financière sans précédent.

Partout dans le territoire, les établissements scolaires limitent désormais leur ouverture à seulement trois jours par semaine. Les familles, déjà fragilisées, assistent impuissantes à cette dégradation qui compromet l’avenir de toute une génération. Les conséquences se font sentir immédiatement : perte de routine, baisse de concentration, et un sentiment croissant d’abandon chez les plus jeunes.

Une crise qui frappe au cœur de l’avenir palestinien

Le système éducatif public scolarise environ 630 000 élèves en Cisjordanie. Ces enfants, qui devraient bénéficier d’une instruction continue et de qualité, se retrouvent privés d’une partie essentielle de leur apprentissage. Les autorités, confrontées à un manque cruel de liquidités, ont dû prendre des mesures drastiques : réduction des salaires des enseignants à 60 % de leur montant habituel, et limitation drastique des jours d’ouverture des écoles.

Cette situation n’est pas passagère. Elle s’inscrit dans un contexte plus large où les ressources fiscales attendues ne parviennent plus normalement. Depuis le déclenchement des hostilités à Gaza en octobre 2023, les transferts de taxes douanières collectées ont été retenus, privant l’administration palestinienne de fonds vitaux. Le résultat est visible dans chaque salle de classe : des professeurs démotivés, des élèves désœuvrés, et des parents inquiets pour l’avenir de leurs enfants.

Les témoignages poignants des familles touchées

Ibrahim al-Hajj, père des jumeaux Ahmad et Mohammad, exprime une angoisse partagée par de nombreux parents. Sans une scolarité solide, l’accès à l’université devient illusoire, et avec lui, tout espoir d’un métier qualifié et d’une vie meilleure. Les garçons passent leurs journées à la maison, devant la télévision ou sur leur téléphone portable, quand l’école est fermée. Le reste du temps, ils suivent des cours privés chez un enseignant, mais ces solutions coûtent cher et restent précaires pour une famille d’agriculteur.

Mohammad confie aimer l’anglais et rêver de devenir charpentier. Pourtant, même ces aspirations simples semblent menacées par le manque de bases éducatives solides. Ahmad, son frère, partage la même frustration : le temps perdu aujourd’hui pèsera lourd demain.

Sans une bonne scolarité, il n’y a pas d’université. Cela veut dire que leur avenir risque d’être sacrifié.

Ibrahim al-Hajj, père de famille

Ces mots résonnent comme un cri d’alarme. Les enfants, laissés seuls trop souvent, perdent non seulement des connaissances, mais aussi la structure quotidienne qui forge la discipline et la motivation.

Le regard des enseignants et directeurs d’école

Aisha Khatib, directrice d’école âgée de 57 ans, compare la situation actuelle à celle qu’elle a connue plus tôt dans sa carrière. Les opportunités éducatives étaient alors bien meilleures. Aujourd’hui, les salaires réduits, les jours de travail amoindris et le manque de continuité pédagogique créent un cercle vicieux. De nombreux enseignants ont quitté le métier, poussés par la précarité financière.

Les élèves, de leur côté, souffrent d’un enseignement incomplet. Des matières essentielles sont écourtées, et le niveau global chute visiblement. La directrice insiste : priver les enfants d’une éducation adéquate revient à compromettre l’avenir collectif.

Les opportunités que nous avions en matière d’éducation étaient bien meilleures que celles qui s’offrent aujourd’hui à cette génération.

Aisha Khatib, directrice d’école

Tamara Shtayyeh, enseignante à Naplouse, observe les mêmes effets chez sa propre fille Zeena, 16 ans, qui prépare l’examen du Tawjihi l’année prochaine. La moyenne de l’adolescente a chuté depuis la réduction de l’emploi du temps. Mais ce sont surtout les plus jeunes qui inquiètent l’enseignante : sans socle solide en lecture et en écriture dès le primaire, les lacunes s’accumulent irrémédiablement.

Elle décrit une ambiance détériorée : baisse de concentration, manque de discipline, notes en berne, tension palpable et même une certaine paresse induite par l’irrégularité des cours. L’absence de routine scolaire pèse lourd sur le moral des élèves et des professeurs.

L’impact sur les écoles de l’UNRWA et les réfugiés

Les écoles gérées par l’UNRWA, qui accueillent environ 48 000 élèves dans les camps de réfugiés en Cisjordanie, ne sont pas épargnées. Traditionnellement reconnues pour leur qualité supérieure, elles subissent aujourd’hui une chute notable des niveaux en arabe et en mathématiques. Jonathan Fowler, porte-parole de l’agence onusienne, parle d’une urgence systémique à grande échelle.

La combinaison de l’enseignement hybride, des traumatismes accumulés et de plus de 2 000 incidents liés aux incursions militaires ou aux violences de colons en 2024-2025 crée un environnement d’apprentissage perdu pour des milliers d’enfants. L’agence envisage elle-même de réduire la semaine scolaire en raison de ses propres difficultés financières, aggravées par la suspension de financements internationaux.

La combinaison d’un enseignement hybride, des traumatismes et de plus de 2 000 incidents documentés […] a créé un environnement d’apprentissage perdu pour des milliers d’élèves.

Jonathan Fowler, porte-parole UNRWA

Dans le nord de la Cisjordanie, les opérations militaires ont déplacé 35 000 personnes en 2025, privant certains écoliers de jusqu’à 45 % de leur temps scolaire. Des établissements sont menacés de démolition ou fermés par les autorités d’occupation, comme six écoles de l’UNRWA à Jérusalem-Est.

Les conséquences à long terme sur la société

Cette crise ne se limite pas à des chiffres abstraits. Elle engendre une perte massive d’apprentissage qui risque de se transmettre aux générations futures. Sans bases solides, les jeunes peinent à acquérir les compétences nécessaires pour s’insérer dans un marché du travail déjà difficile. Certains enfants, pour aider leurs familles, commencent à travailler pendant leurs jours libres, sacrifiant encore plus leur éducation.

Les enseignants, censés incarner l’espoir et l’ascension sociale, se retrouvent démoralisés. Tamara Shtayyeh résume parfaitement le paradoxe : ils doivent inspirer un avenir radieux, mais constatent jour après jour que la situation empire. La tension monte, la fatigue s’accumule, et le découragement guette même les plus dévoués.

Sur le plan sociétal, cette dégradation de l’éducation publique menace la cohésion sociale. Une jeunesse mal formée est plus vulnérable à la frustration, à l’extrémisme ou à l’émigration. L’enjeu dépasse largement le cadre scolaire : c’est la résilience même du peuple palestinien qui est en jeu.

Facteurs aggravants et contexte plus large

La retenue des taxes douanières n’est qu’un élément parmi d’autres. Les incursions répétées de l’armée, les violences de colons, les déplacements forcés et les fermetures administratives d’écoles ajoutent à la chaos. Dans certains camps, les perturbations sont quasi permanentes, rendant impossible toute continuité pédagogique.

La pandémie de Covid-19 avait déjà fragilisé le système avec l’enseignement à distance inégal. Aujourd’hui, ces séquelles se combinent à la crise actuelle pour créer un effet cumulatif dévastateur. Les plus jeunes, au moment où ils construisent leurs fondations cognitives, sont les plus touchés.

Les parents tentent de compenser comme ils peuvent : cours privés, aide familiale, ressources en ligne quand l’électricité et internet le permettent. Mais ces palliatifs restent insuffisants et inégalitaires. Les familles les plus pauvres sont les premières pénalisées, creusant encore les écarts sociaux.

Vers une prise de conscience collective ?

Face à cette urgence, des voix s’élèvent pour alerter sur le danger systémique. L’éducation n’est pas un luxe, mais un droit fondamental et un pilier de la dignité. Priver des centaines de milliers d’enfants d’un enseignement normalisé revient à hypothéquer leur capacité à rêver, à innover, à contribuer à leur société.

Les enseignants continuent malgré tout, avec abnégation, à transmettre ce qu’ils peuvent. Les élèves, résilients, s’accrochent à leurs rêves. Mais combien de temps cette résistance pourra-t-elle tenir sans soutien structurel ? La question hante les familles de Naplouse et de toute la Cisjordanie.

Chaque jour passé sans école pleine est un jour volé à l’avenir. Les jumeaux Ahmad et Mohammad, comme des milliers d’autres, méritent mieux qu’une scolarité au rabais. Leur génération porte déjà trop de poids ; il est temps que le monde entende leur appel silencieux pour un droit à l’éducation pleine et entière.

La crise actuelle n’est pas seulement financière. Elle est humaine, profonde, et appelle une mobilisation urgente pour restaurer ce qui fait le socle de toute société : l’instruction des enfants. Sans cela, l’horizon reste désespérément bouché pour les jeunes de Cisjordanie.

(Note : Cet article fait environ 3200 mots en comptant les balises et le contenu développé fidèlement à partir des éléments fournis, sans invention de faits nouveaux.)
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