Un déploiement sécuritaire massif pour le mois sacré
À l’approche du Ramadan, qui débute cette semaine, la police israélienne a officialisé un plan d’envergure pour encadrer les prières sur l’esplanade des Mosquées, site connu aussi sous le nom de mont du Temple dans la tradition juive. Des milliers de policiers seront positionnés jour et nuit autour du lieu saint et dans ses environs immédiats, avec un renfort particulier les vendredis, jours où les foules sont traditionnellement les plus importantes.
Cette mesure vise officiellement à garantir la sécurité lors d’un afflux massif de fidèles palestiniens venus prier pendant le jeûne. Chaque vendredi, plusieurs milliers d’agents seront mobilisés pour gérer les prières collectives, moment clé du mois où la ferveur atteint son pic. Ce dispositif n’est pas inédit, mais son ampleur cette année souligne la sensibilité extrême du site.
Le Ramadan représente pour les musulmans un temps de recueillement, de partage et de proximité avec le divin. Mais sur ce lieu précis, chaque geste, chaque restriction, prend une dimension politique et religieuse amplifiée par des décennies de tensions. Les autorités insistent sur la nécessité de prévenir tout débordement, tandis que les communautés locales perçoivent souvent ces mesures comme une entrave supplémentaire à leur pratique religieuse.
Les restrictions d’accès pour les Palestiniens de Cisjordanie
Les Palestiniens résidant en Cisjordanie occupée doivent obtenir un permis spécial pour se rendre à Jérusalem. La police israélienne a recommandé la délivrance d’environ 10 000 autorisations pour l’ensemble du mois. Cette recommandation laisse toutefois une marge d’appréciation importante au gouvernement, qui décidera des critères finaux, notamment en termes d’âge ou d’autres conditions.
Du côté palestinien, on rapporte que les permis seraient limités aux hommes de plus de 55 ans et aux femmes de plus de 50 ans, reprenant ainsi les seuils appliqués l’année précédente. Ces restrictions par tranches d’âge visent à réduire le nombre de jeunes fidèles, souvent perçus comme plus susceptibles de tensions lors de grands rassemblements. Cette approche crée une fracture générationnelle, excluant une partie significative de la population qui aspire à vivre pleinement ce mois sacré sur le lieu le plus emblématique.
Pour ces croyants, le voyage vers Jérusalem représente un effort spirituel majeur, souvent préparé des mois à l’avance. Voir cet accès conditionné par l’âge transforme une démarche pieuse en procédure administrative lourde, générant incompréhension et ressentiment.
Le rôle du Waqf islamique et les préparatifs entravés
Le Waqf islamique, fondation jordanienne chargée de l’administration quotidienne de l’esplanade, se heurte cette année à des obstacles supplémentaires. Les autorités israéliennes auraient interdit l’accès à une trentaine de ses employés avant même le début du mois sacré. De plus, le Waqf n’a pas reçu l’autorisation d’installer des abris temporaires contre le soleil ou la pluie, ni de mettre en place des dispensaires de premiers secours pour les fidèles.
Ces préparatifs logistiques sont essentiels pour accueillir confortablement des centaines de milliers de personnes durant de longues heures de prière, surtout sous un climat parfois rude. Leur absence risque d’aggraver les conditions sur place et de compliquer l’expérience des fidèles, déjà impactée par les contrôles d’entrée. Le Waqf, garant historique du site, voit ainsi son rôle opérationnel limité, ce qui soulève des questions sur le maintien du statu quo administratif.
Cette situation met en lumière les difficultés quotidiennes de gestion d’un lieu aussi chargé symboliquement, où chaque décision logistique devient un enjeu politique.
Un lieu saint aux multiples visages et sensibilités
L’esplanade des Mosquées occupe une place unique dans les cœurs des croyants des trois religions monothéistes. Troisième lieu saint de l’islam, elle abrite la mosquée Al-Aqsa et le Dôme du Rocher, symboles puissants de la foi musulmane depuis le VIIe siècle. Pour le judaïsme, c’est le mont du Temple, vestige du Second Temple détruit en l’an 70, lieu le plus sacré de la tradition juive où s’élevaient autrefois les Temples bibliques.
Cette superposition sacrée explique la fragilité permanente du site. Administré par la Jordanie via le Waqf depuis des décennies, le lieu reste sous contrôle sécuritaire israélien depuis 1967. Une convention tacite interdit aux juifs de prier sur l’esplanade, bien qu’ils puissent y accéder en tant que visiteurs. Ces dernières années, des voix ultranationalistes juives ont contesté cette règle, avec des visites marquantes et des prières publiques en 2024 et 2025 par des figures politiques influentes.
Ces évolutions alimentent les craintes d’une remise en cause progressive du statu quo, perçu par les musulmans comme une protection essentielle de leur droit d’accès et de culte prioritaire. Le site devient ainsi un baromètre des relations intercommunautaires et des équilibres régionaux.
Les enjeux spirituels et humains du Ramadan sur l’esplanade
Le Ramadan transforme l’esplanade en un espace de ferveur intense. Les prières collectives, les récitations du Coran, les moments de partage spirituel attirent des foules venues de toute la région. Mais cette affluence massive rencontre un cadre sécuritaire renforcé, avec des fouilles systématiques, des barrages et des limitations qui peuvent créer des files d’attente interminables aux portes d’entrée.
Pour les fidèles, ces contraintes posent une question existentielle : comment vivre pleinement le mois de jeûne et de dévotion quand l’accès au lieu le plus cher devient un parcours semé d’embûches ? Les restrictions d’âge excluent une grande partie des jeunes, privant la communauté d’une vitalité générationnelle importante et modifiant la composition des rassemblements.
Du point de vue sécuritaire, les autorités invoquent la nécessité de prévenir tout incident dans un contexte régional toujours volatile. Les vendredis de Ramadan sont particulièrement scrutés, car ils concentrent les prières les plus nombreuses et peuvent devenir des moments de mobilisation collective. Le défi consiste à concilier impératifs de sécurité et liberté de culte sans créer de frustrations explosives.
Vers un Ramadan sous haute surveillance : quelles perspectives ?
Alors que le mois sacré s’ouvre, les regards se tournent vers les premiers vendredis de prière massive. Le déploiement policier massif promet une surveillance accrue, mais soulève aussi des interrogations sur le respect des droits religieux fondamentaux. Les autorités palestiniennes et le Waqf appellent à un assouplissement, arguant que les restrictions excessives risquent de transformer un temps de paix spirituelle en source de tensions supplémentaires.
Historiquement, des périodes de restrictions ont parfois conduit à des confrontations, mais les acteurs sur le terrain semblent conscients des risques d’escalade. Le défi sera de maintenir un équilibre fragile entre prévention des incidents et facilitation de l’accès pour les fidèles.
Ce Ramadan 2026 s’annonce donc sous le signe de la prudence extrême, avec une esplanade qui, plus que jamais, incarne les contradictions et les espoirs d’une région en quête de sérénité. Les fidèles espèrent pouvoir prier en paix, tandis que les autorités insistent sur la nécessité d’un contrôle strict. Entre ces deux réalités, le mois sacré débutera dans une atmosphère lourde d’attentes, d’incertitudes et de prières pour un avenir plus apaisé.
Ce lieu reste un miroir des passions du monde, où chaque mesure prise résonne loin, influençant les perceptions et les émotions de millions. Suivre l’évolution de la situation durant ces semaines sera essentiel pour comprendre les dynamiques en jeu dans cette ville trois fois sainte.









