Une frappe dévastatrice au cœur d’un marché bondé
Le drame s’est déroulé dans la zone d’Al-Safiya, près de la localité de Sodari, une région actuellement sous le contrôle des Forces de soutien rapide (FSR). Selon les informations recueillies, plusieurs drones ont visé directement le marché au moment où il connaissait une affluence maximale. Femmes chargées de courses, enfants accompagnant leurs parents, personnes âgées venues échanger quelques biens : tous se trouvaient là, loin des lignes de front apparentes.
Le bilan provisoire fait état de 28 morts et de nombreuses victimes blessées, dont l’état de certaines reste critique. Les secouristes et les habitants ont passé des heures à dégager les décombres, à transporter les corps et à prodiguer les premiers soins dans des conditions extrêmement précaires. Le groupe qui a documenté cet incident met en garde : le nombre de victimes pourrait encore augmenter dans les prochains jours, à mesure que les blessés succombent à leurs blessures ou que d’autres corps sont découverts.
Cette attaque n’arrive pas dans un vide. Elle s’inscrit dans une escalade récente marquée par l’usage intensif de drones armés, transformant des zones civiles en cibles potentielles sans distinction.
Le Kordofan-Nord : le nouveau cœur du conflit
Le Kordofan, cette vaste étendue fertile située au sud de la capitale, regorge de ressources agricoles et pétrolières. Depuis des mois, elle est devenue l’un des principaux théâtres d’affrontements entre l’armée régulière et les paramilitaires des FSR. Sodari se trouve à environ 230 kilomètres d’El-Obeid, la grande ville de l’État que les FSR cherchent à encercler depuis longtemps.
La progression des paramilitaires dans cette région vise à contrôler l’axe central reliant l’ouest du pays à Khartoum. Après avoir consolidé leur emprise sur certaines parties du Darfour, ils poussent désormais vers l’est, transformant le Kordofan en zone de combats acharnés. Chaque avancée s’accompagne de destructions massives et de souffrances pour les populations locales.
Les civils paient le prix le plus lourd. Pris entre deux feux, ils fuient les violences, abandonnent leurs terres et se retrouvent sans abri ni moyens de subsistance. Les marchés, autrefois lieux de vie et d’échange, deviennent des cibles vulnérables lorsque les belligérants recourent à des armes aériennes.
L’essor terrifiant des frappes de drones dans la guerre
Depuis plusieurs mois, les attaques par drones se multiplient de manière alarmante. Ces engins, précis et difficiles à contrer sans défense antiaérienne sophistiquée, permettent aux parties en conflit de frapper à distance, souvent sans assumer publiquement la responsabilité. Dans le cas présent, l’origine des appareils n’a pas été précisée, laissant planer le doute sur les responsables directs.
L’armée accuse régulièrement des acteurs extérieurs de fournir des drones aux FSR, tandis que ces derniers dénoncent l’usage d’appareils fournis à leurs adversaires. Ces échanges de reproches compliquent encore la situation et empêchent toute clarification rapide des responsabilités.
Les conséquences humanitaires sont dévastatrices. Les drones touchent non seulement des positions militaires, mais aussi des marchés, des convois humanitaires, des écoles ou des lieux de culte, semant la peur permanente parmi les civils. Chaque sortie devient un risque, chaque rassemblement une cible potentielle.
« L’attaque s’est produite alors que le marché connaissait une forte affluence de civils, parmi lesquels des femmes, des enfants et des personnes âgées. »
Cette précision rappelle cruellement que les victimes ne sont pas des combattants, mais des gens ordinaires venus simplement pour subvenir à leurs besoins quotidiens.
Un bilan humain déjà catastrophique
La guerre qui déchire le Soudan depuis avril 2023 a causé des dizaines de milliers de morts. Les déplacements forcés touchent plus de 14 millions de personnes, créant l’une des pires crises humanitaires de la planète. Familles entières errent à la recherche de sécurité, affrontant famine, maladies et violences.
Dans le Kordofan seul, les récentes estimations indiquent que plus de 115 000 personnes ont été déplacées entre fin octobre et début février. Ces chiffres, déjà impressionnants, ne cessent d’augmenter avec chaque nouvelle vague de combats ou d’attaques aériennes.
Les infrastructures essentielles – hôpitaux, écoles, routes – sont détruites ou endommagées, rendant l’accès à l’aide humanitaire extrêmement compliqué. Les organisations internationales alertent régulièrement sur le risque de famine généralisée si la situation ne s’améliore pas rapidement.
Les tentatives de paix dans l’impasse
Malgré les efforts diplomatiques, les négociations restent bloquées. Les deux camps campent sur leurs positions, rendant improbable un cessez-le-feu durable à court terme. Pendant ce temps, la violence continue, avec une intensification notable des frappes aériennes ces derniers mois.
Les civils du Kordofan, comme ceux du Darfour avant eux, se retrouvent otages d’un conflit qui semble sans fin. Chaque jour apporte son lot de drames, comme cette frappe sur le marché d’Al-Safiya qui vient s’ajouter à une longue liste de tragédies.
Face à cette escalade, la communauté internationale appelle à la protection des civils et à l’ouverture de couloirs humanitaires sécurisés. Mais sur le terrain, la réalité reste implacable : les armes parlent plus fort que les discours.
Quand la vie quotidienne devient un champ de bataille
Derrière les chiffres froids – 28 morts, des dizaines de blessés – se cachent des histoires individuelles déchirantes. Une mère qui ne rentrera jamais chez elle avec les provisions du jour, un enfant qui attendait son père près d’un étal de fruits, un vieil homme venu vendre quelques produits de sa ferme. Ces vies fauchées rappellent que la guerre ne touche pas seulement les combattants.
Les marchés, symboles de résilience et d’échange dans les sociétés traditionnelles, deviennent paradoxalement des lieux de vulnérabilité maximale lorsque les drones survolent le ciel. La peur s’installe durablement : ira-t-on encore faire ses courses demain ? Pourra-t-on rassembler sa famille sans craindre le pire ?
Dans cette région riche en potentiel agricole, la guerre empêche les récoltes, bloque les échanges et accentue la précarité alimentaire. Chaque attaque aérienne détruit non seulement des vies, mais aussi les fragiles équilibres qui permettaient à la population de survivre.
Vers une aggravation de la crise humanitaire ?
Les experts redoutent que le Kordofan ne devienne le nouveau foyer d’une catastrophe encore plus large. Avec la progression des combats vers l’axe central du pays, les déplacements massifs s’accélèrent, surchargeant les zones relativement épargnées.
Les organisations humanitaires peinent à acheminer l’aide : convois attaqués, routes minées, accès refusés. Les besoins en nourriture, en eau potable, en soins médicaux explosent, tandis que les ressources diminuent.
Si rien ne change, le risque est grand de voir des famines s’installer durablement, aggravant un bilan déjà effroyable. Les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées : ce sont eux qui souffrent le plus dans ce chaos prolongé.
Un appel à la conscience internationale
Face à l’accumulation de ces drames, la question se pose : combien de marchés bombardés, combien de familles décimées faudra-t-il encore avant que la communauté internationale n’agisse de manière décisive ? Les appels à la retenue et au respect du droit international humanitaire se multiplient, mais restent lettre morte sur le terrain.
Le Soudan n’est pas seulement un conflit lointain : il représente un avertissement sur les dangers d’une guerre prolongée où les civils deviennent les principales victimes. Chaque frappe comme celle d’Al-Safiya rappelle l’urgence d’une solution politique, seule capable de stopper le cycle de violence.
En attendant, les habitants du Kordofan continuent de vivre dans l’angoisse, espérant que demain ne ressemblera pas à hier. Mais avec le bruit des drones dans le ciel, cet espoir semble chaque jour un peu plus fragile.
Dans l’ombre des combats, ce sont les voix silencieuses des marchés détruits qui nous rappellent le vrai coût de la guerre : des vies ordinaires brisées en un instant.
Le chemin vers la paix paraît long et semé d’embûches, mais il reste la seule issue pour éviter que d’autres marchés, d’autres familles, ne connaissent le même sort tragique.









