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Iran : Exercices Militaires dans le Détroit d’Ormuz

Alors que les pourparlers nucléaires Iran-USA reprennent à Genève, les Gardiens de la Révolution déploient des exercices massifs dans le détroit d'Ormuz, par où transite 20% du pétrole mondial. Une démonstration de force qui fait craindre le pire...

Imaginez un passage maritime si étroit que l’on pourrait presque apercevoir l’autre rive, un goulet où s’engouffre chaque jour une part colossale de l’énergie qui fait tourner le monde. Et soudain, des navires de guerre, des vedettes rapides, des hélicoptères qui sillonnent le ciel : le détroit d’Ormuz est à nouveau le théâtre d’exercices militaires d’envergure. À quelques heures seulement de discussions cruciales sur le nucléaire, l’Iran envoie un message clair et puissant.

Depuis lundi, les Gardiens de la Révolution, cette force idéologique au cœur du dispositif militaire iranien, ont entamé des manœuvres dans cette zone ultra-stratégique. Le Golfe Persique et la mer d’Oman deviennent le décor d’une démonstration de force qui n’échappe à personne, surtout pas aux États-Unis qui maintiennent une présence navale impressionnante dans la région.

Le détroit d’Ormuz : artère vitale de l’économie mondiale

Chaque jour, environ 20 % du pétrole consommé sur la planète transite par ce chenal de seulement quelques dizaines de kilomètres de large à son point le plus étroit. Des supertankers chargés de brut saoudien, émirati, irakien ou koweïtien passent ici pour rejoindre les marchés asiatiques et européens. Une fermeture, même temporaire, provoquerait un choc immédiat sur les cours du baril et une onde de choc économique mondiale.

Teheran le sait parfaitement. À plusieurs reprises dans le passé, des responsables iraniens ont brandi la menace de fermer ce passage en cas d’escalade militaire ou de nouvelles sanctions trop sévères. Jusqu’ici, la menace n’est jamais devenue réalité, mais elle reste l’une des cartes les plus puissantes dans la main de la République islamique.

Objectif officiel des exercices actuels

Selon les informations diffusées par la télévision d’État, ces manœuvres visent à préparer les forces iraniennes « aux menaces sécuritaires et militaires potentielles ». Une formulation prudente qui ne nomme personne, mais que tout le monde comprend dans le contexte actuel.

Supervisés par le général Mohammad Pakpour, chef des Gardiens de la Révolution, ces exercices mobilisent des unités navales, des vedettes rapides, probablement des drones et des systèmes de missiles côtiers. La marine des Gardiens excelle dans la guerre asymétrique : essaims de petites embarcations ultra-rapides, mines marines, missiles antinavires à longue portée.

Tous les navires étrangers dans la région sont sous surveillance totale et à portée de la puissance défensive de l’Iran.

Mohammad Akbarzadeh, haut responsable des forces navales des Gardiens

Cette déclaration, faite le jour même du début des exercices, résonne comme un avertissement direct aux bâtiments américains et alliés qui patrouillent dans le Golfe.

Contexte diplomatique explosif

Ces manœuvres interviennent à la veille de pourparlers cruciaux à Genève entre l’Iran et les États-Unis, sous médiation du sultanat d’Oman. Les discussions, reprises début février à Oman, constituent les premiers contacts directs depuis le conflit armé de juin dernier.

Ce conflit, déclenché par Israël avec une participation ponctuelle américaine, a visé des installations nucléaires iraniennes. Les frappes ont marqué un tournant majeur dans la confrontation larvée qui dure depuis des décennies entre Téhéran et Washington.

Les négociations du printemps 2025 avaient déjà achoppé sur plusieurs points, notamment le niveau d’enrichissement d’uranium autorisé. Aujourd’hui, la reprise des discussions se fait dans un climat encore plus tendu, marqué par la démonstration de force militaire simultanée des deux côtés.

La réponse américaine : une armada impressionnante

Face à ces mouvements iraniens, les États-Unis n’ont pas tardé à montrer leur propre puissance. Le porte-avions USS Abraham Lincoln, accompagné de son groupe de combat, patrouille déjà dans la zone depuis janvier. Vendredi dernier, le président américain a annoncé l’envoi imminent d’un second porte-avions, le Gerald Ford, vers le Moyen-Orient.

Cette concentration inhabituelle de moyens navals est qualifiée d’« armada » par le locataire de la Maison Blanche lui-même. L’objectif affiché : dissuader toute tentative de fermeture du détroit et protéger les alliés du Golfe.

La présence simultanée de deux porte-avions dans une zone aussi restreinte est rare et envoie un signal extrêmement fort. Chaque bâtiment embarque des dizaines d’avions de combat, des hélicoptères et dispose d’une puissance de feu considérable.

Les Gardiens de la Révolution : une force à part

Créés après la révolution islamique de 1979, les Gardiens de la Révolution (Pasdaran) forment une armée parallèle à l’armée régulière. Leur mission principale : protéger la révolution et le régime. Ils contrôlent une partie importante de l’économie iranienne et disposent de leurs propres forces terrestres, aériennes et navales.

La marine des Gardiens se spécialise particulièrement dans les opérations dans le Golfe Persique et le détroit d’Ormuz. Leur doctrine repose sur la guerre asymétrique : harceler, saturer les défenses ennemies, rendre le coût d’une intervention trop élevé pour l’adversaire.

Cette stratégie explique pourquoi les vedettes rapides et les missiles antinavires constituent l’épine dorsale de leurs capacités dans le détroit. Une tactique qui vise à compenser l’infériorité technologique face à la marine américaine.

Impact potentiel sur les marchés pétroliers

À chaque montée de tension dans le détroit d’Ormuz, les traders réagissent immédiatement. Une simple annonce d’exercices peut faire grimper les cours de plusieurs dollars en quelques heures. Une fermeture effective provoquerait un choc bien plus violent.

Les experts estiment qu’une interruption prolongée du trafic ferait bondir le baril au-delà de 150 dollars, voire 200 dollars dans les scénarios les plus extrêmes. Les économies les plus dépendantes des importations (Japon, Corée du Sud, Chine, Inde, Europe) seraient les premières touchées.

Même sans fermeture complète, le seul risque perçu suffit souvent à déclencher une prime de risque sur le marché. Les assureurs maritimes augmentent leurs primes, les compagnies de transport détournent leurs tankers, les coûts logistiques explosent.

Historique des tensions autour du détroit

Le détroit d’Ormuz n’en est pas à son premier épisode de tension. Durant la guerre Iran-Irak (1980-1988), la « guerre des tankers » avait vu les deux belligérants attaquer les navires marchands de l’adversaire. Les États-Unis étaient intervenus pour protéger le trafic.

Plus récemment, en 2019, plusieurs tankers avaient été attaqués ou saisis dans la région, provoquant une forte hausse des cours. En janvier 2020, après l’élimination du général Soleimani, Téhéran avait mené des tirs de missiles sur des bases américaines en Irak, faisant craindre une escalade.

À chaque fois, le spectre d’une fermeture du détroit est revenu hanter les marchés. Et à chaque fois, la prudence l’a emporté : le passage est resté ouvert.

Enjeux nucléaires au cœur des discussions

Les pourparlers de Genève portent sur le programme nucléaire iranien, gelé puis relancé ces dernières années. L’accord de 2015 (JCPOA) avait limité les activités nucléaires de l’Iran en échange d’une levée progressive des sanctions. Le retrait américain en 2018 avait conduit Téhéran à dépasser progressivement les limites fixées.

Aujourd’hui, les points de friction restent nombreux : niveau d’enrichissement, stock d’uranium, recherche sur les centrifugeuses avancées, durée des restrictions, calendrier de levée des sanctions, garanties contre un nouveau retrait américain.

La médiation omanaise, discrète et efficace, reste l’un des rares canaux de communication encore ouverts entre les deux capitales ennemies depuis plus de quarante ans.

Perspectives et scénarios possibles

Plusieurs scénarios se dessinent à court terme :

  • Une désescalade progressive avec un accord limité sur le nucléaire permettant de calmer les esprits
  • Une poursuite de la surenchère militaire et verbale, avec risque d’incident naval
  • Une escalade majeure si un événement déclencheur (incident, cyberattaque, sabotage) venait à se produire

Dans tous les cas, le détroit d’Ormuz restera au centre de l’attention mondiale tant que durera cette confrontation entre Téhéran et Washington.

Les prochains jours seront décisifs. Les déclarations qui sortiront de Genève, combinées aux images des exercices iraniens et aux mouvements des porte-avions américains, dessineront le visage des prochains mois au Moyen-Orient.

Une chose est sûre : dans cette partie d’échecs géopolitique, le détroit d’Ormuz reste la case la plus stratégique du plateau. Et personne ne veut être celui qui commet la faute fatale.

Les jours à venir nous diront si la raison l’emporte ou si la spirale de la tension reprend le dessus. Une certitude : le monde retient son souffle face à ce passage maritime qui peut, d’un geste, faire basculer l’économie globale.

Points clés à retenir

  • Exercices militaires des Gardiens de la Révolution dans le détroit d’Ormuz
  • 20 % du pétrole mondial transite par ce passage stratégique
  • Pourparlers nucléaires Iran-USA à Genève sous médiation omanaise
  • Présence renforcée de la marine américaine avec deux porte-avions
  • Menace récurrente de fermeture du détroit en cas d’escalade

La situation reste extrêmement volatile. Chaque mouvement de navire, chaque déclaration officielle peut faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre. Les prochains jours seront déterminants pour l’avenir de cette région et, par ricochet, pour l’économie mondiale.

Restez attentifs : le détroit d’Ormuz n’a pas fini de faire parler de lui.

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