Un partenariat stratégique pour l’avenir énergétique grec
Ce lundi, la Grèce a officialisé un accord avec un consortium mené par Chevron, la grande compagnie pétrolière américaine, en association avec l’entreprise grecque Helleniq Energy. Cet engagement porte sur l’exploration d’hydrocarbures dans quatre vastes zones maritimes situées en mer Ionienne, au sud du Péloponnèse et autour de l’île de Crète. Le Premier ministre grec a qualifié cet événement de véritable bond en avant pour le secteur de l’énergie dans le pays.
La cérémonie de signature s’est déroulée en présence de hautes personnalités, dont l’ambassadrice américaine en Grèce et des dirigeants des entreprises impliquées. Ce moment symbolique souligne la profondeur des liens entre Athènes et Washington dans un contexte international tendu.
Les détails concrets de l’accord
L’accord concerne quatre blocs offshore spécifiques : deux au sud de la Crète (South Crete I et South Crete II), un au sud du Péloponnèse et un autre désigné sous le nom de A2. Ces zones couvrent une superficie totale d’environ 47 000 km² pour cette nouvelle attribution. Avec les zones déjà ouvertes à l’exploration, la surface totale disponible passe désormais à près de 94 000 km², soit presque le double de ce qui était précédemment accessible.
Chevron détient la majorité des intérêts dans le consortium (70 %), tandis que Helleniq Energy, où l’État grec possède des parts, complète le partenariat avec 30 %. Cette collaboration résulte d’un appel d’offres international lancé par les autorités grecques, où ce duo s’est imposé comme seul soumissionnaire qualifié pour ces blocs.
Les prochaines étapes sont claires : l’accord doit obtenir la ratification du Parlement grec au cours du mois de mars. Une fois cette validation obtenue, les activités d’exploration préliminaires, notamment des relevés sismiques 2D et 3D, pourront débuter d’ici la fin de l’année 2026.
Un contexte géopolitique favorable
Ce partenariat s’inscrit dans un moment particulier des relations transatlantiques. Alors que certains observateurs notent des tensions depuis le retour de Donald Trump à la présidence américaine, le gouvernement grec met en avant la solidité des liens stratégiques avec les États-Unis. Cet accord en est une illustration concrète, renforçant la présence américaine dans l’est de la Méditerranée.
Pour la Grèce, l’objectif est double : diversifier ses approvisionnements énergétiques et se positionner comme un acteur clé dans le transit du gaz vers l’Europe. Le pays mise sur son emplacement géographique pour devenir un hub énergétique alternatif, surtout depuis que l’Europe accélère sa réduction des importations de gaz russe.
Nous croyons fermement au Corridor vertical comme alternative au gaz russe. À mesure que l’Europe réduit ses approvisionnements russes, ce corridor va acquérir une importance géopolitique et économique croissante.
Cette déclaration du Premier ministre grec met en lumière l’enjeu plus large : créer un axe de transport de gaz naturel liquéfié (GNL) depuis les terminaux grecs vers les pays d’Europe centrale et orientale, y compris l’Ukraine. Un mémorandum signé en novembre avec des entreprises américaines prévoit déjà d’augmenter les flux de GNL vers la Grèce pour alimenter ce corridor vertical.
Les ambitions grecques dans le secteur des hydrocarbures
La Grèce relance activement ses efforts d’exploration offshore après plusieurs années de pause. Ce nouvel accord avec Chevron fait suite à un précédent signé en novembre avec ExxonMobil, Helleniq Energy et Energean pour des forages exploratoires au large de Corfou, en mer Ionienne nord-ouest. Ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie plus large pour identifier des ressources domestiques de gaz naturel.
Les zones choisies, particulièrement celles au sud de la Crète, suscitent un intérêt géologique important en raison de structures prometteuses identifiées lors d’études préliminaires. Si des découvertes commerciales sont confirmées, elles pourraient transformer la carte énergétique de la région et réduire la dépendance européenne à certaines sources extérieures.
Le timing est crucial : l’Union européenne s’est engagée à stopper les importations de gaz naturel russe d’ici la fin 2027. Dans ce cadre, les projets grecs, combinés à des infrastructures comme les terminaux GNL et les pipelines existants, offrent une voie alternative viable et sécurisée.
Les préoccupations environnementales soulevées
Tout projet d’exploration d’hydrocarbures en mer soulève des questions sur son impact écologique. Des organisations de protection de l’environnement, comme la section grecque du WWF, ont exprimé à plusieurs reprises leurs inquiétudes, notamment concernant la mer Ionienne où se trouve un parc marin protégé et des sites classés Natura 2000 au niveau européen.
Ces zones sensibles abritent une biodiversité marine riche, incluant des espèces protégées et des habitats vulnérables. Les opposants soulignent les risques potentiels de pollution, de perturbation des écosystèmes et de conflits avec les activités de pêche ou de tourisme côtier.
Les autorités grecques affirment que les explorations respecteront les normes environnementales les plus strictes, avec des études d’impact préalables obligatoires. Cependant, le débat reste vif entre les impératifs de sécurité énergétique et la préservation de la nature.
Les implications économiques pour la Grèce
Si les explorations confirment la présence de réserves exploitables, les retombées économiques pourraient être significatives. Création d’emplois qualifiés dans le secteur offshore, recettes fiscales supplémentaires, investissements dans les infrastructures : autant d’éléments qui pourraient booster l’économie grecque.
Helleniq Energy, en tant que partenaire local, joue un rôle central. Cette entreprise, partiellement détenue par l’État, bénéficie d’une expertise accumulée dans le raffinage et la distribution, et pourrait étendre ses activités à la production upstream.
À plus long terme, des découvertes importantes renforceraient la position de la Grèce comme partenaire fiable pour l’approvisionnement en gaz de l’Europe, attirant potentiellement davantage d’investissements étrangers dans le secteur énergétique.
Perspectives et calendrier à venir
Après la ratification parlementaire attendue en mars, le consortium pourra planifier en détail les campagnes sismiques. Ces relevés, non invasifs, permettront d’obtenir une image précise du sous-sol marin sans forage immédiat.
Les premières explorations actives sont programmées pour la seconde moitié de 2026. Si des prospects intéressants émergent, des forages exploratoires pourraient suivre dans les années suivantes, avec une horizon possible pour une production commerciale encore plus lointain.
Ce projet s’ajoute à d’autres initiatives régionales, comme les développements en Israël ou en Égypte, où Chevron est déjà actif. L’est de la Méditerranée apparaît de plus en plus comme une zone stratégique pour la production et le transit de gaz naturel.
Pour la Grèce, cet accord représente bien plus qu’une simple opération commerciale. Il symbolise une ambition affirmée de transition énergétique maîtrisée, mêlant diversification des sources, partenariats internationaux solides et affirmation d’une souveraineté énergétique accrue.
Alors que l’Europe cherche des voies alternatives pour sécuriser ses approvisionnements, la Grèce se positionne progressivement comme un pivot incontournable. Reste à voir si les promesses géologiques se concrétiseront et si les équilibres environnementaux seront préservés dans ce grand pari énergétique.
Ce développement s’inscrit dans une dynamique plus large où l’énergie redevient un levier géopolitique majeur. Les prochains mois, avec la ratification et les premiers relevés, seront décisifs pour mesurer le potentiel réel de ces zones offshore grecques.
En conclusion, cet accord ouvre une nouvelle page pour l’énergie grecque, entre opportunités stratégiques et défis à relever. L’avenir dira si ces mers du sud deviendront une source majeure de gaz pour le continent européen.









