Imaginez une scène où des centaines de personnes, emmitouflées dans des costumes extravagants, bravent le froid mordant et quelques flocons épars pour pousser des cris stridents imitant une mouette. Cela peut sembler complètement absurde, et pourtant c’est exactement ce qui s’est déroulé dimanche à Dunkerque. Cet événement décalé, devenu un rendez-vous incontournable, attire chaque année davantage de participants et de curieux.
Une tradition loufoque qui ne cesse de gagner en popularité
Pour sa treizième édition, le championnat du monde du cri de la mouette a une nouvelle fois transformé la ville portuaire en un théâtre géant d’imitations aviaires. Malgré des températures peu clémentes, l’ambiance était électrique. Les spectateurs, eux-mêmes souvent grimés, criaient, sifflaient et applaudissaient avec enthousiasme chaque performance.
Ce qui rend cet événement si spécial, c’est son mélange unique de créativité, d’humour absurde et de folklore local. Loin des compétitions sérieuses, ici on célèbre l’excentricité et la bonne humeur. Chaque concurrent invente son propre personnage, souvent avec un jeu de mots autour du mot « mouette » ou de références culturelles françaises.
La victoire d’une figure locale haute en couleur
Cette année, c’est une habitante de Dunkerque qui a remporté le prestigieux « bouclier de Mouéttus ». Sous le pseudonyme de « Maître Mouette et Chandon », elle est montée sur scène bouteille et verre de champagne en main, vêtue d’un costume à plumes et arborant des lunettes de soleil en forme de cœur. Son cri, à la fois puissant et théâtral, a conquis le jury et le public.
Le choix du nom de scène n’était pas anodin. Il fait référence à son métier d’huissier de justice, détourné avec humour dans un univers complètement décalé. Cette victoire récompense non seulement une performance vocale, mais aussi une mise en scène soignée et originale.
« C’était magique, le public était incroyable et le jury très attentif à chaque détail. »
Le jury, composé de sept membres, incluait des figures emblématiques du carnaval ainsi que d’anciens champions. Parmi eux, le tenant du titre 2025, surnommé « Michel Polnamouette », apportait son expérience et son regard expert sur les imitations.
Des participants venus de toute la France… et au-delà
Si la majorité des concurrents venaient de la région Hauts-de-France, d’autres avaient fait un long déplacement pour tenter leur chance. Un participant originaire de Cognac s’est présenté sous le nom « Mouet’hieu Chedid », avec une coiffure gominée reproduisant fidèlement celle du chanteur Matthieu Chedid. Un autre venait de Montpellier et avait choisi le pseudonyme « Banana Mouette ».
Le plus surprenant restait sans doute « Lady Seagull », venue exprès de Los Angeles. Vêtue d’un boa violet, elle n’a pas atteint la finale mais a tout de même tenu à être présente pour vivre cette expérience unique.
- Participants régionaux majoritaires
- Venues de Cognac, Montpellier et même Los Angeles
- Créativité sans limite dans les noms de scène
Cette diversité géographique montre à quel point l’événement dépasse désormais les frontières locales pour attirer des passionnés d’humour absurde et de traditions carnavalesques.
Quand YouTube s’invite au carnaval
L’un des moments forts de cette édition a été la participation de Raphaël Carlier, plus connu sous le pseudonyme Carlito sur YouTube. Présenté comme « Johnny Carlimouette, venu de YouTube », il est apparu en combinaison de mouette complète, bec sur la tête et lunettes de soleil.
En juillet 2025, il avait teasé sa participation dans une vidéo réalisée avec son acolyte David Coscas (McFly). Ce dernier était présent dans le public, masqué, et s’est présenté comme le « manager » de Johnny Carlimouette. Leur chaîne commune compte plus de 7,6 millions d’abonnés en février 2026.
Cette apparition a ajouté une dimension médiatique moderne à un événement ancré dans la tradition. La rencontre entre culture populaire locale et influenceurs numériques a ravi les spectateurs.
Des origines anciennes à un rendez-vous incontournable
La première édition du championnat du cri de la mouette remonte à 2013. Depuis, l’événement n’a cessé de grandir pour devenir l’un des temps forts du carnaval de Dunkerque. Ce dernier s’étend sur plus de trois mois, de mi-janvier à fin avril, et attire chaque année des milliers de participants et spectateurs.
Le carnaval lui-même puise ses racines au XVIIe siècle. À l’époque, les habitants organisaient de grandes fêtes avant le départ des pêcheurs pour les longs mois de pêche au large de l’Islande. Ces célébrations marquaient la fin d’une période de privations et le début d’une séparation difficile.
Aujourd’hui, les traditions perdurent et se modernisent. Le championnat du cri de la mouette en est l’exemple parfait : une invention récente qui s’intègre parfaitement dans cet héritage festif.
Le rituel du lancer de harengs
L’après-midi de ce dimanche était également marqué par une autre tradition emblématique : le lancer de harengs depuis le balcon de l’hôtel de ville. Cette pratique existe depuis 1962 et provoque toujours autant d’enthousiasme.
Les spectateurs se pressent sous le balcon pour tenter d’attraper les poissons lancés par les autorités locales. C’est un moment de liesse collective où tout le monde se mélange dans une joyeuse pagaille.
« C’est l’un des symboles les plus forts du carnaval, ça représente le partage et la générosité. »
Entre le championnat du cri de la mouette le matin et le lancer de harengs l’après-midi, la journée a été riche en émotions et en moments insolites.
Pourquoi cet événement fascine-t-il autant ?
Dans un monde souvent sérieux et stressant, des moments comme celui-ci offrent une parenthèse d’absurde joyeux. Pousser un cri de mouette dans un micro-banane, vêtu d’un costume improbable, permet de se libérer complètement des conventions sociales.
Le carnaval de Dunkerque, avec ses traditions parfois étranges, rappelle que la fête peut être une forme de résistance douce à la morosité ambiante. Ici, personne ne se prend au sérieux, et c’est précisément ce qui rend l’événement si attachant.
- Liberté totale de création
- Humour auto-dérisoire
- Mélange des générations
- Esprit communautaire
- Absurde assumé
Ces éléments expliquent pourquoi des gens font des centaines, voire des milliers de kilomètres pour y participer ou simplement y assister.
Les coulisses d’une performance gagnante
Derrière chaque cri se cache souvent des semaines, voire des mois de préparation. Il faut inventer un personnage cohérent, fabriquer ou assembler un costume, travailler la voix et la mise en scène. Certains participants répètent leur cri des centaines de fois pour trouver la tonalité parfaite.
Le micro en forme de banane suspendu au plafond ajoute une touche surréaliste supplémentaire. Ce détail, apparemment anodin, oblige les concurrents à adapter leur posture et leur gestuelle pour « attraper » le fruit-micro.
Certains optent pour des cris aigus et stridents, d’autres pour des versions plus gutturales et agressives. Il n’existe pas de bonne ou de mauvaise technique : seule compte l’authenticité et l’énergie transmise.
Un avenir prometteur pour cette tradition récente
Avec treize éditions au compteur, le championnat semble solidement ancré dans le paysage carnavalesque local. Chaque année, de nouveaux participants arrivent avec des idées toujours plus folles, garantissant le renouvellement constant de l’événement.
La présence de personnalités médiatiques comme Carlito ne fait qu’amplifier sa visibilité. Il est probable que les éditions futures attirent encore plus de monde, tant locaux que touristes ou influenceurs en quête de contenus originaux.
Mais au-delà de l’aspect spectaculaire, c’est l’esprit qui perdure : celui d’une communauté qui sait rire d’elle-même et célébrer ses particularités avec fierté et autodérision.
Quand la mouette devient symbole de joie collective
À Dunkerque, la mouette n’est plus seulement cet oiseau bruyant qui vole au-dessus des ports. Elle est devenue l’emblème d’une fête où l’on célèbre la liberté, la créativité et la bonne humeur sans complexe.
Dans une société parfois trop sérieuse, entendre des centaines de personnes imiter des cris d’oiseaux marins avec sérieux et passion rappelle qu’il est essentiel de savoir s’amuser, même (et surtout) de manière complètement absurde.
Le championnat du cri de la mouette n’est pas qu’un concours. C’est une parenthèse enchantée dans le calendrier annuel, un moment où tout est permis tant que cela reste joyeux et respectueux.
Et tandis que la gagnante 2026 brandissait fièrement son bouclier, on pouvait déjà imaginer les idées farfelues que les futurs participants préparent déjà pour l’édition suivante. Car à Dunkerque, quand il s’agit de crier comme une mouette, l’imagination n’a pas de limites.
Quelques chiffres marquants de cette 13e édition
Participants : plusieurs dizaines sur scène
Spectateurs : plusieurs centaines
Conditions météo : froid + quelques flocons
Âge du championnat : 13 ans (depuis 2013)
Durée du carnaval : plus de 3 mois
En conclusion, cet événement prouve une fois de plus que les traditions les plus vivantes sont souvent celles qui savent se réinventer tout en restant fidèles à leur esprit originel : celui de la fête, du partage et du rire collectif.









