Imaginez une trêve qui devait apporter le silence des armes, mais où les sirènes et les explosions continuent d’éclater sporadiquement. C’est la réalité amère que vit actuellement la bande de Gaza. Le président palestinien Mahmoud Abbas vient de lancer un cri d’alarme solennel depuis la tribune de l’Union africaine, réclamant avec force la levée immédiate de tous les blocages qui empêchent, selon lui, la véritable mise en œuvre de la seconde phase de l’accord de cessez-le-feu.
Un appel pressant depuis Addis Abeba
Dans un discours lu par son Premier ministre Mohammed Mustafa à l’ouverture du 39e sommet annuel de l’Union africaine, Mahmoud Abbas n’a pas mâché ses mots. Il a insisté sur l’urgence de supprimer tous les obstacles dressés par l’occupation israélienne. L’objectif affiché est clair : permettre au Comité national pour l’administration de Gaza de commencer réellement son travail sur le terrain.
Ce comité, composé de quinze experts palestiniens, est censé gérer provisoirement les affaires courantes du territoire. Coordination de l’aide humanitaire, continuité des services publics essentiels, lancement d’un redressement rapide : telles sont les missions prioritaires qui restent aujourd’hui lettre morte, faute d’accès effectif.
La deuxième phase du cessez-le-feu en péril
Entré en vigueur le 10 octobre sous une forte pression américaine, l’accord de cessez-le-feu devait ouvrir la voie à une désescalade durable. La première phase a permis une pause relative des hostilités, mais la transition vers la seconde étape se heurte à de multiples blocages.
Cette phase deux prévoit notamment un retrait progressif des forces israéliennes de la bande de Gaza, le désarmement complet du Hamas et le déploiement d’une force internationale de stabilisation. Des engagements majeurs qui, pour l’instant, peinent à se concrétiser sur le terrain.
« Depuis l’annonce du cessez-le-feu et jusqu’à aujourd’hui, plus de 500 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza, ce qui menace la durabilité de la trêve et la mise en œuvre intégrale de sa deuxième phase. »
Cette citation prononcée par Mahmoud Abbas résume à elle seule l’inquiétude grandissante. Chaque vie perdue fragilise un peu plus l’édifice déjà précaire de cette trêve.
Les accusations mutuelles de violations
Les deux parties s’accusent régulièrement de ne pas respecter les termes de l’accord. D’un côté, les autorités palestiniennes dénoncent des entraves systématiques à la liberté de mouvement et à l’acheminement de l’aide. De l’autre, l’armée israélienne maintient que ses opérations visent uniquement à prévenir de nouvelles attaques et à sécuriser ses frontières.
Plus de la moitié du territoire de Gaza reste sous contrôle militaire israélien. Cette présence massive complique évidemment toute tentative de retour à une administration civile palestinienne, même intérimaire.
Le Comité national pour l’administration de Gaza toujours bloqué
Créé spécifiquement pour servir de structure transitoire, le NCAG (Comité national pour l’administration de Gaza) devait prendre les rênes de la gestion quotidienne. Placé sous l’autorité d’un « Conseil de paix » soutenu par les États-Unis, ce comité de quinze experts palestiniens attend toujours le feu vert pour s’installer réellement sur place.
Malgré la réouverture très partielle du poste-frontière de Rafah le 2 février, les membres du comité demeurent basés en Égypte. Cette situation illustre parfaitement les difficultés logistiques et politiques qui entravent le processus.
- Continuité des services publics essentiels
- Coordination efficace de l’aide humanitaire internationale
- Lancement rapide des travaux de reconstruction
- Préparation d’une transition politique stable
Voilà les quatre grands chantiers que le comité ne peut toujours pas aborder concrètement, faute d’accès libre au territoire.
Le refus catégorique du Hamas de déposer les armes
Autre point de blocage majeur : la question du désarmement. Au pouvoir à Gaza depuis 2007, le mouvement islamiste Hamas a accepté de renoncer à la gouvernance future du territoire. En revanche, il rejette fermement les conditions israéliennes concernant le dépôt des armes.
Cette position inflexible constitue l’un des principaux obstacles à la progression vers une paix durable. Sans accord sur ce point sensible, difficile d’envisager le déploiement serein d’une force internationale de stabilisation.
Le rôle déterminant des États-Unis dans le processus
Les États-Unis ont joué un rôle central dans la négociation et la mise en œuvre de cet accord. À la mi-janvier, Washington a officiellement annoncé le passage à la deuxième phase du plan destiné à mettre fin définitivement à la guerre.
Ce plan, endossé en novembre par les Nations unies, repose sur une séquence précise d’étapes interconnectées. Chaque retard ou violation constatée remet en cause l’ensemble de l’architecture négociée.
Conséquences humanitaires dramatiques
Au-delà des aspects politiques et militaires, c’est la population civile qui paie le prix le plus lourd. L’impossibilité d’acheminer massivement l’aide humanitaire, combinée aux destructions massives accumulées, crée une catastrophe humanitaire d’ampleur historique.
Des centaines de milliers de personnes vivent encore dans des conditions précaires, sans accès régulier à l’eau potable, à l’électricité ou aux soins médicaux de base. Chaque jour qui passe sans avancée concrète aggrave cette situation déjà désespérée.
Perspectives et défis à venir
Pour que la trêve devienne réellement une paix durable, plusieurs conditions doivent être remplies simultanément. La levée effective des restrictions de mouvement, l’installation opérationnelle du comité d’administration, un accord acceptable sur la question des armes et la mise en place progressive d’une force internationale : voilà les chantiers prioritaires.
Mais la méfiance mutuelle reste immense. Chaque camp interprète les gestes de l’autre comme une menace potentielle. Sortir de cette spirale infernale nécessitera sans doute de nouveaux efforts diplomatiques soutenus de la part des médiateurs régionaux et internationaux.
L’implication croissante de l’Union africaine ?
Le choix du sommet de l’Union africaine comme tribune pour cet appel n’est pas anodin. La Palestine bénéficie d’un soutien traditionnel important sur le continent africain. En s’adressant directement aux chefs d’État africains, Mahmoud Abbas cherche probablement à renforcer la pression internationale sur Israël.
Cette stratégie diplomatique pourrait-elle porter ses fruits ? L’avenir le dira. Toujours est-il que la situation à Gaza reste extrêmement volatile et que chaque semaine sans progrès notable augmente le risque d’une reprise des hostilités à grande échelle.
La communauté internationale observe avec anxiété l’évolution de ce dossier brûlant. La fenêtre d’opportunité pour transformer cette trêve fragile en paix durable semble se refermer progressivement. Les prochains jours et semaines seront déterminants pour l’avenir de la région.
Les déclarations de Mahmoud Abbas viennent rappeler avec force que la paix ne se décrète pas seulement sur le papier. Elle exige des actes concrets, des compromis douloureux et surtout une volonté politique inflexible de toutes les parties concernées.
En attendant, les habitants de Gaza continuent de vivre au rythme incertain d’une trêve qui ne tient qu’à un fil. Espérons que les appels répétés à lever les obstacles seront enfin entendus avant qu’il ne soit trop tard.
Points clés à retenir :
Mahmoud Abbas demande la levée immédiate de tous les obstacles imposés par Israël
Plus de 500 Palestiniens tués depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu
La deuxième phase prévoit retrait israélien, désarmement du Hamas et force internationale
Le Comité national d’administration reste bloqué en Égypte
Le Hamas refuse catégoriquement de déposer les armes aux conditions israéliennes
Cette situation complexe illustre parfaitement les difficultés immenses auxquelles se heurte tout processus de paix dans la région. Chaque acteur avance ses pions avec prudence, conscient que le moindre faux pas pourrait tout faire basculer à nouveau dans la violence.
Les médiateurs internationaux devront redoubler d’efforts pour maintenir le dialogue et trouver des compromis acceptables pour toutes les parties. La population de Gaza, épuisée par des années de conflit, mérite enfin de vivre dans la sécurité et la dignité.
L’appel lancé depuis Addis Abeba résonne comme un ultime avertissement : sans avancées concrètes rapides, la trêve risque de s’effondrer, entraînant avec elle les espoirs ténus d’une solution politique durable.









