Tensions commerciales UE-Chine : le secteur laitier dans la ligne de mire
Les relations économiques entre l’Union européenne et la Chine traversent une période particulièrement agitée depuis plusieurs années. Après des différends sur l’automobile électrique et d’autres secteurs, c’est au tour des produits laitiers de faire les frais d’une enquête menée par les autorités chinoises. Cette mesure, entrée en vigueur récemment, soulève de vives réactions de la part des instances européennes et des producteurs concernés.
Le ministère chinois du Commerce a officialisé une décision qui, bien qu’atténuée par rapport aux annonces initiales, reste perçue comme une entrave injustifiée au commerce international. Les exportations européennes de produits laitiers vers la Chine, qui représentent une valeur significative, se retrouvent impactées pour les cinq prochaines années.
Les détails des nouveaux droits de douane imposés
Initialement, en décembre 2025, des taux provisoires allant de 21,9 % à 42,7 % avaient été appliqués sur certains produits laitiers européens. Ces mesures temporaires, mises en place dans l’attente d’une décision finale, avaient déjà provoqué une onde de choc dans la filière.
La Chine a finalement revu ses positions à la baisse. Les droits de douane définitifs, effectifs depuis le 13 février 2026, oscillent désormais entre 7,4 % et 11,7 %. Cette réduction substantielle est saluée par certains comme un geste d’apaisement, mais elle ne suffit pas à dissiper les critiques européennes.
Ces surtaxes concernent une variété de produits : fromages frais, fromages transformés, fromages bleus, certains laits et crèmes à haute teneur en matière grasse. Elles s’ajoutent aux droits de douane ordinaires déjà existants, rendant les exportations européennes plus onéreuses sur le marché chinois.
Nous considérons que ces mesures sont injustifiées et infondées.
Porte-parole de la Commission européenne
Cette déclaration reflète le sentiment général à Bruxelles : même allégée, la mesure reste contestable sur le fond.
Origine de la mesure : une enquête antisubventions lancée en 2024
Tout a commencé en août 2024, lorsque Pékin a ouvert une enquête antisubventions visant les produits laitiers importés de l’Union européenne. Cette procédure, qui a duré dix-huit mois, visait à déterminer si des aides publiques européennes faussaient la concurrence au détriment des producteurs chinois.
Les autorités chinoises ont conclu à l’existence de subventions causant un préjudice substantiel à leur industrie laitière nationale. Sur cette base, elles ont justifié l’imposition de droits compensateurs pour rétablir un équilibre concurrentiel.
Du côté européen, cette enquête est largement vue comme une riposte. Elle a été lancée peu après que l’UE a décidé d’imposer des droits de douane élevés sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, une mesure destinée à protéger son marché intérieur face à une concurrence jugée déloyale en raison de subventions massives.
Le timing n’est pas anodin : la procédure chinoise apparaît comme une réponse symétrique dans un contexte de bras de fer commercial croissant entre les deux puissances économiques.
Réactions européennes : indignation et menaces de recours
La Commission européenne n’a pas mâché ses mots. Elle estime que l’enquête n’aurait jamais dû aboutir à de telles conclusions et que les mesures prises par Pékin violent les règles du commerce international.
Les responsables européens réaffirment leur engagement à défendre les intérêts de leur secteur laitier. Ils annoncent étudier toutes les options disponibles, y compris le dépôt d’une plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour contester la légalité de ces droits de douane.
Nous restons persuadés que cette enquête n’aurait jamais dû avoir lieu. Nous sommes déterminés à défendre les intérêts légitimes de notre secteur laitier, dans le respect des règles du commerce international.
Porte-parole de la Commission européenne
Cette position ferme s’accompagne d’une volonté d’analyser en profondeur les implications économiques et de préparer une réponse adaptée si nécessaire.
La position française : une baisse jugée insuffisante
La France, l’un des principaux exportateurs de produits laitiers vers la Chine au sein de l’UE, exprime une déception claire. Le gouvernement considère que la réduction des taux reste pénalisante pour les producteurs et compromet la compétitivité des exportations sur un marché stratégique.
Les fromages et autres spécialités laitières françaises occupent une place importante dans les échanges avec la Chine. Toute surtaxe impacte directement la marge des entreprises et peut entraîner une perte de parts de marché au profit de concurrents non affectés.
Cette réaction souligne les enjeux spécifiques pour les pays producteurs majeurs comme la France, où le secteur laitier représente un pilier économique et culturel.
Contexte plus large des frictions commerciales UE-Chine
Depuis 2024, les échanges entre l’UE et la Chine sont marqués par une série de tensions. Le différend sur les véhicules électriques n’est que la partie visible d’un iceberg plus large. Pékin a également visé d’autres produits européens, comme le cognac et les brandys, dans des enquêtes similaires.
L’Union européenne reproche régulièrement à la Chine de maintenir des surcapacités industrielles massives, notamment dans l’acier, grâce à des subventions d’État qui inondent le marché mondial et mettent en danger les industries européennes.
Ces pratiques sont perçues comme déloyales et contribuent à un déséquilibre commercial persistant. L’UE cherche à rééquilibrer les relations en protégeant ses secteurs stratégiques tout en maintenant un dialogue ouvert.
Impacts potentiels sur la filière laitière européenne
Le marché chinois représente une opportunité majeure pour les exportateurs laitiers européens. Avec une classe moyenne en expansion et une demande croissante pour des produits de qualité premium, la Chine constitue un débouché précieux.
Les nouveaux droits de douane, même réduits, augmentent les coûts et risquent de freiner la croissance des exportations. Les entreprises pourraient devoir absorber une partie de ces surcoûts, répercuter les hausses sur les prix ou chercher d’autres marchés.
À plus long terme, une escalade des tensions pourrait pousser les acteurs européens à diversifier leurs destinations d’exportation, renforçant ainsi la résilience de la filière face aux aléas géopolitiques.
- Augmentation des coûts pour les exportateurs
- Perte potentielle de compétitivité sur le marché chinois
- Risque de réorientation vers d’autres marchés asiatiques ou mondiaux
- Pression accrue sur les prix intérieurs en Europe si les volumes exportés diminuent
Ces éléments illustrent les défis concrets auxquels font face les producteurs et transformateurs.
Perspectives d’évolution et enjeux à venir
La balle est désormais dans le camp de l’Union européenne. Une action devant l’OMC pourrait être engagée si les consultations bilatérales n’aboutissent pas à une levée ou à un nouvel ajustement des mesures chinoises.
Parallèlement, les négociations commerciales globales entre Bruxelles et Pékin se poursuivent dans un climat tendu. Trouver un équilibre entre protection des intérêts européens et maintien d’un accès au marché chinois reste un exercice délicat.
Le secteur laitier, symbole de qualité et de tradition européenne, se retrouve malgré lui au cœur d’un jeu géopolitique plus vaste. L’issue de ce différend pourrait influencer durablement les échanges agricoles entre les deux blocs.
En attendant, les professionnels du lait surveillent de près les développements, conscients que chaque pourcentage de surtaxe compte dans un marché ultra-concurrentiel. La vigilance reste de mise face à une situation qui pourrait encore évoluer dans les mois à venir.









