InternationalPolitique

Tarique Rahman : Le Fils Héritier Devient Premier Ministre du Bangladesh

Après 17 ans d'exil, Tarique Rahman revient triomphant au Bangladesh : son parti remporte une victoire historique aux législatives. Le fils de Khaleda Zia va-t-il vraiment transformer le pays comme il le promet ? La suite promet d'être décisive...
Le Bangladesh entre dans une nouvelle ère politique avec l’ascension fulgurante de Tarique Rahman. Après des années d’exil et dans l’ombre imposante de sa mère, l’ancien Premier ministre Khaleda Zia, cet homme discret de 60 ans s’apprête à prendre les commandes du pays. Un an et demi seulement après les violentes émeutes qui ont précipité la chute du régime autoritaire de Sheikh Hasina, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) vient de remporter une victoire écrasante aux élections législatives. Les projections indiquent une majorité absolue confortable, voire bien au-delà, laissant présager que Tarique Rahman deviendra le prochain Premier ministre d’une nation de 170 millions d’habitants majoritairement musulmans.

Tarique Rahman : de l’ombre à la lumière du pouvoir

Longtemps perçu comme le simple héritier d’une dynastie politique, Tarique Rahman émerge aujourd’hui comme une figure centrale. Fils de Ziaur Rahman, ancien président assassiné en 1981, et de Khaleda Zia, qui a dirigé le pays à trois reprises, il a grandi au cœur des intrigues du pouvoir bangladais. Pourtant, il a toujours tenu à se démarquer : « Eux sont eux, je suis moi », déclarait-il récemment, affirmant son intention de surpasser les réalisations de ses parents.

Cette affirmation résonne particulièrement aujourd’hui, alors que le BNP s’impose comme la force dominante après des années de marginalisation. Le parcours de Tarique Rahman illustre à lui seul les tumultes de la politique bangladaise : exil forcé, accusations multiples, retour triomphal et, enfin, accession probable au sommet de l’État.

Un retour marqué par l’émotion et le deuil

En décembre dernier, Tarique Rahman foulait à nouveau le sol bangladais après dix-sept années passées à Londres. Ce retour n’était pas anodin : il intervenait quelques jours seulement avant le décès de sa mère, Khaleda Zia. Dans son bureau à Dacca, entouré de portraits de ses parents, il évoquait des sentiments contradictoires : la joie de retrouver sa terre natale et la douleur immense de perdre celle qui avait été son guide politique.

« Quand vous rentrez à la maison après si longtemps, n’importe quel fils veut serrer sa mère dans ses bras. Je n’ai pas eu cette chance », confiait-il avec une émotion palpable. Ce moment personnel a coïncidé avec une accélération dramatique de sa carrière : il a immédiatement pris les rênes du BNP et lancé une campagne intense pour les législatives.

Durant des semaines, il a sillonné le pays, montant sur les estrades avec une voix posée et un style mesuré. Loin des discours tonitruants, il a cherché à imposer une personnalité distincte, loin de l’ombre écrasante de ses parents. Cette approche semble avoir porté ses fruits, face à un électorat avide de changement après des années de tensions.

Un apprentissage politique aux côtés de sa mère

Né en 1967, Tarique Rahman a fait ses premiers pas en politique dès 1991. À l’époque, sa mère se présentait dans cinq circonscriptions différentes lors d’une campagne victorieuse qui la propulsa au poste de Première ministre, devenant la première femme à occuper cette fonction au Bangladesh. Le jeune Tarique était à ses côtés, apprenant les rouages du terrain électoral.

« Elle s’était présentée dans cinq circonscriptions. J’y faisais campagne pour elle. C’est comme ça que j’ai lentement appris les ficelles de la politique », se rappelait-il. Cette immersion précoce l’a transformé en un acteur clé du BNP, opérant souvent dans l’ombre mais avec une influence croissante.

Pourtant, cette période n’a pas été exempte de controverses. Des soupçons de corruption et de gestion parallèle ont circulé, alimentés par des fuites diplomatiques et des accusations de ses adversaires. En 2007, sous un régime militaire intérimaire, il fut arrêté pour malversations, des charges qu’il a toujours réfutées. Libéré en 2008, il partit pour Londres sous prétexte de soins médicaux et y resta, évitant les poursuites dans un pays en proie à une rivalité féroce entre le BNP et la Ligue Awami de Sheikh Hasina.

Les années d’exil et les accusations

Durant son exil londonien, Tarique Rahman est devenu une cible privilégiée du régime de Sheikh Hasina. La « guerre des bégums », cette inimitié profonde entre Khaleda Zia et Sheikh Hasina, s’est prolongée à travers lui. En 2013, on l’accusa d’orchestrer depuis l’étranger des manifestations violentes du BNP, causant des centaines de morts.

Cinq ans plus tard, en 2018, un tribunal le condamna par contumace à la réclusion à perpétuité pour un attentat présumé contre une réunion de Sheikh Hasina. Ces condamnations, qu’il conteste, ont marqué son image à l’international, certains câbles diplomatiques le décrivant comme un symbole de corruption et de violence politique.

Malgré ces épreuves, il est resté discret, se consacrant à sa famille – marié à une cardiologue et père d’une fille – et apparaissant parfois sur les réseaux sociaux avec son chat Jebu. Mais la chute de Sheikh Hasina en 2024, suite à un soulèvement populaire mené par la jeunesse, a tout changé. Les accusations ont été levées, ouvrant la voie à son retour.

Même si on ne le veut pas, on peut faire des erreurs (…), j’en suis désolé.

Cette concession rare montre une volonté de tourner la page, tout en assumant un passé complexe.

Une victoire historique pour le BNP

Les élections législatives ont marqué un tournant. Un an et demi après les émeutes qui ont renversé Sheikh Hasina, le BNP a revendiqué une large victoire. Les projections des chaînes locales créditent le parti d’une majorité absolue, loin devant la coalition islamiste du Jamaat-e-Islami.

Cette performance place Tarique Rahman en position idéale pour devenir Premier ministre. Pour un homme qui vivait encore tranquillement à Londres il y a quelques mois, c’est une ascension spectaculaire. Le pays, épuisé par des années de polarisation, semble prêt à lui accorder sa confiance.

Le défi est immense : rebâtir une nation qu’il décrit comme « détruite » par l’ancien régime. Économie en difficulté, institutions fragilisées, tensions sociales : les attentes sont colossales. Tarique Rahman promet de faire mieux que ses prédécesseurs, en s’appuyant sur une approche plus inclusive et réformatrice.

Un héritage familial lourd à porter

La dynastie Zia-Rahman domine une partie de l’histoire politique bangladaise. Ziaur Rahman, fondateur du BNP, a été assassiné en 1981. Khaleda Zia a pris le relais, devenant une figure incontournable. Tarique, en tant que fils, porte ce legs mais cherche à s’en affranchir.

Difficile d’exister face à de telles ombres. Pourtant, son retour et sa victoire suggèrent que les Bangladais voient en lui non seulement l’héritier, mais un leader capable de renouveau. Sa discrétion, ses lunettes fines et sa voix douce contrastent avec l’image parfois controversée du passé.

Le pays de 170 millions d’habitants, à 90 % musulman, aspire à la stabilité. Après des décennies de confrontations entre les deux grandes familles politiques – Zia et Hasina –, cette élection pourrait marquer la fin d’un cycle. Tarique Rahman aura la lourde tâche de consolider cette victoire et de gouverner pour tous.

Les défis qui attendent le nouveau dirigeant

Rebâtir les institutions, relancer l’économie, apaiser les divisions : le programme est chargé. Tarique Rahman parle de reconstruction après des années de ce qu’il qualifie de destruction. Il devra composer avec une opposition islamiste qui, bien que distancée, reste présente.

Sur le plan international, son arrivée est scrutée. Des messages de félicitations sont arrivés de divers pays, soulignant l’importance d’une transition démocratique réussie. Pour un homme discret devenu soudain sous les projecteurs, l’équilibre sera délicat.

Marié et père de famille, il a maintenu une vie privée préservée. Son chat Jebu sur les réseaux sociaux offrait une touche d’humanité dans un univers politique rude. Aujourd’hui, cette humanité pourrait l’aider à connecter avec une population jeune et exigeante.

Vers un Bangladesh renouvelé ?

La victoire du BNP ouvre une page inédite. Tarique Rahman, après des années d’exil et de luttes, incarne à la fois la continuité dynastique et la promesse de changement. Son ambition de « faire mieux » que ses parents sera mise à l’épreuve dès les premiers mois.

Le pays observe, espère. Après tant de turbulences, cette transition pacifique vers un nouveau leadership pourrait marquer un vrai tournant. Tarique Rahman a désormais l’occasion de prouver qu’il est plus qu’un « fils de », mais un dirigeant à part entière.

Les prochains mois diront si cette promesse se concrétisera. Pour l’instant, le Bangladesh retient son souffle face à cette nouvelle ère politique.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.