Le Ghana réagit d’urgence face à l’effondrement des prix du cacao
Le Ghana, deuxième producteur mondial de fèves de cacao après la Côte d’Ivoire, traverse une période particulièrement tendue. Les autorités ont annoncé une série de mesures exceptionnelles pour tenter de redresser une filière en grande difficulté. Au cœur de ces réformes : une réduction significative du prix payé aux producteurs, une décision qui vise à aligner les réalités locales sur un marché international en chute libre.
Cette annonce intervient dans un contexte où les cours mondiaux ont connu une baisse spectaculaire. Après des sommets historiques fin 2024, les prix ont plongé, rendant les engagements antérieurs intenables pour l’organisme public chargé de la commercialisation. Les planteurs, souvent des petits exploitants familiaux, se retrouvent confrontés à des retards de paiement et à une incertitude grandissante sur leurs revenus futurs.
Une baisse drastique du prix aux producteurs
Le gouvernement a décidé d’abaisser le prix à la production à environ 41 000 cedis par tonne, soit aux alentours de 3 700 dollars américains. Cela représente une diminution importante par rapport au niveau fixé précédemment à 58 000 cedis la tonne, équivalent à près de 5 270 dollars. Cette mesure, effective immédiatement pour le reste de la campagne en cours, cherche à refléter la réalité actuelle des marchés mondiaux.
Le ministre des Finances a expliqué que cette ajustement était indispensable pour injecter des liquidités rapidement dans le système et éviter une paralysie complète des achats. Sans cette correction, le cacao ghanéen devenait trop cher par rapport aux prix internationaux, décourageant les acheteurs et aggravant les stocks invendus.
Les cours mondiaux ont en effet chuté de manière impressionnante : de 12 500 dollars la tonne en décembre 2024 à 7 000 dollars en octobre 2025, pour atteindre actuellement environ 4 100 dollars. Cette dégringolade rend la position du Ghana fragile, car un prix trop élevé à la production freine les exportations et crée un cercle vicieux de manque de trésorerie.
Cette mesure est devenue nécessaire pour refléter la réalité des cours mondiaux du cacao et assurer une injection immédiate de liquidités.
Le ministre des Finances
Du côté des producteurs, les réactions sont mitigées. Si certains comprennent la nécessité d’ajuster les prix pour relancer les ventes, d’autres soulignent que cette baisse impacte directement leur pouvoir d’achat et leur capacité à investir dans les prochaines récoltes. Un représentant d’une association d’agriculteurs a insisté sur l’importance d’une gestion transparente des fonds une fois qu’ils arrivent dans les comptes.
Les causes profondes de la crise au sein de la filière cacao ghanéenne
La filière cacao au Ghana dépend largement de petits exploitants qui représentent l’essentiel de la production nationale. Ces agriculteurs font vivre environ un million de personnes dans un pays de 33 millions d’habitants. Le cacao constitue la troisième source de devises après l’or et le pétrole, et contribue à environ 10 % du PIB national.
L’organisme public responsable de la régulation et de l’achat des fèves fait face à une dette importante et à un manque sévère de liquidités. Les difficultés se sont accumulées avec des productions inférieures aux prévisions, entraînant des déficits sur les contrats signés à l’avance avec les acheteurs internationaux.
Pour la campagne 2023-2024, l’objectif était fixé à 786 000 tonnes, mais seulement 432 000 tonnes ont été récoltées. Ce déficit massif a généré des pertes estimées à plus d’un milliard de dollars. Les volumes invendus s’accumulent, tandis que les arriérés de paiement aux planteurs s’allongent, créant un climat de défiance dans toute la chaîne.
La chute des prix mondiaux a exacerbé ces problèmes structurels. Avec des cours internationaux bien en dessous des niveaux attendus, l’équilibre financier de la filière s’est rompu. Le cacao ghanéen est devenu non compétitif sur le marché mondial, forçant une réaction rapide pour éviter une crise plus profonde.
Les réformes annoncées pour stabiliser et relancer le secteur
Au-delà de la baisse du prix aux producteurs, le gouvernement met en place plusieurs mesures pour assainir la situation. Un remboursement immédiat des arriérés dus aux planteurs a été ordonné, afin de restaurer la confiance et de permettre aux agriculteurs de poursuivre leurs activités.
Un projet de loi sera soumis au Parlement pour garantir aux producteurs au moins 70 % du prix brut à l’exportation. Cette disposition vise à protéger durablement les revenus des planteurs contre les fluctuations excessives et les intermédiaires.
Le financement du secteur sera réformé avec l’émission d’obligations locales sécurisées par les recettes du cacao. Cette approche permettrait de mobiliser des fonds sur les marchés intérieurs tout en réduisant la dépendance aux financements externes volatils.
À plus long terme, une transformation locale accrue est prévue. Dès la campagne 2026-2027, au moins 50 % des fèves devront être transformées sur place. Cette mesure vise à capter plus de valeur ajoutée, à créer des emplois et à réduire la vulnérabilité aux prix bruts des matières premières.
Pour alléger le fardeau financier de l’organisme public, environ 5,8 milliards de cedis de dettes (environ 527 millions de dollars) seront convertis en obligations à plus long terme. Cette restructuration, soumise à l’approbation parlementaire, concerne des dettes envers le ministère des Finances et la banque centrale.
Les voix des acteurs sur le terrain et les perspectives d’avenir
Les planteurs expriment à la fois compréhension et inquiétude. Un président d’association d’agriculteurs coopératifs a déclaré que la baisse des prix était inévitable pour contrôler l’offre et s’adapter à la demande mondiale. Il a toutefois appelé à une gestion rigoureuse des fonds pour qu’ils profitent réellement à la chaîne de valeur.
Nous prions pour que de bons gestionnaires soient en place, qui lorsque l’argent arrive sur les comptes, ne l’utilisent pas pour des choses qui ne font pas partie de la chaîne de valeur.
Un représentant des agriculteurs
Cette crise met en lumière les défis structurels du secteur : dépendance aux petits producteurs, vulnérabilité aux aléas climatiques, maladies des plantations et concurrence internationale. Les réformes annoncées représentent une tentative ambitieuse de modernisation, mais leur succès dépendra de leur mise en œuvre effective et de la coopération de tous les acteurs.
Le Ghana cherche à transformer une menace en opportunité. En renforçant la transformation locale et en sécurisant mieux les revenus des planteurs, le pays pourrait consolider sa position sur le marché mondial du cacao. Pour l’instant, la priorité reste de stabiliser la filière et d’éviter que la crise ne s’aggrave, au risque d’impacter durablement l’économie nationale et les communautés rurales qui en dépendent.
La situation évolue rapidement, et les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’impact réel de ces mesures d’urgence. Les planteurs, les autorités et les partenaires internationaux observent attentivement, conscients que l’avenir du cacao ghanéen se joue en grande partie aujourd’hui.









