Une nuit de mars 2020, une jeune femme de 18 ans venue de la campagne niortaise pour un séjour en région parisienne a vu son monde basculer dans l’horreur absolue. Abandonnée par ceux qu’elle considérait comme des amis au cœur d’une cité du Val-de-Marne, elle a été entraînée dans un local technique sombre, frappée, insultée, violée à plusieurs reprises par un groupe d’hommes cagoulés. Ce calvaire, qu’elle décrit comme « les pires heures de sa vie », a duré une éternité pour elle, entre coups, pertes de connaissance et menaces avec une arme sur la tempe. Aujourd’hui, six ans plus tard, la justice commence à répondre.
Un verdict attendu qui marque une étape cruciale
Le 11 février 2026, le tribunal pour enfants de Créteil a rendu son jugement dans cette affaire glaçante. Deux des accusés, mineurs au moment des faits, ont été condamnés à la peine maximale de dix ans de prison pour viol en réunion. Un troisième a écopé de six ans pour complicité. Ces sanctions, prononcées à huis clos, représentent le maximum légal possible pour des mineurs dans ce cadre judiciaire. Elles soulignent la gravité extrême des actes commis et reconnaissent pleinement la souffrance endurée par la victime.
Ce premier volet du procès concerne trois individus identifiés grâce à des preuves scientifiques solides, notamment des traces ADN retrouvées sur les vêtements de la jeune femme. Les deux principaux auteurs directs purgent déjà leur peine, tandis que d’autres protagonistes attendent leur tour devant une juridiction plus élevée. Cette décision intervient après des années de silence forcé, de reconstruction difficile et d’une plainte déposée avec retard en raison du traumatisme immense.
Le déroulement tragique de cette nuit fatidique
Tout commence par un voyage qui devait être joyeux. Milly, originaire d’une petite ville des Deux-Sèvres, part en vacances scolaires avec sa meilleure amie et quelques connaissances en Île-de-France. Le groupe profite de la région parisienne, mais au moment de rentrer, les choses dérapent. Sur la route du retour, la voiture fait un détour par la cité des Mordacs à Champigny-sur-Marne pour retrouver une connaissance surnommée « Boy ».
Prétextant un manque de place, ses compagnons de route abandonnent Milly seule au milieu de la cité à la nuit tombée. Livrée à elle-même dans un environnement hostile qu’elle ne connaît pas, elle est rapidement approchée. Un homme l’entraîne dans le hall d’un immeuble, puis dans un local à vélos et poubelles plongé dans l’obscurité. Là, une petite dizaine d’individus cagoulés surgissent. Ce qui suit est un enchaînement de violences inimaginables : gifles, chutes brutales, insultes racistes et sexistes, crachats, attouchements forcés.
Face à sa résistance désespérée, elle reçoit un coup violent à la nuque qui lui fait perdre connaissance. Lorsqu’elle reprend ses esprits, elle réalise l’ampleur de l’horreur : plusieurs hommes l’ont violée sans protection, imposant fellations et pénétrations multiples. D’autres observent, rient, insultent. Un quatrième sort une arme et la pose sur sa tempe, menaçant sa famille si elle parle. L’expression qu’elle utilise plus tard pour décrire cet instant reste poignante : « J’étais une poupée de chiffon, j’en avais par tous les trous ».
Les pires heures de ma vie… J’ai cru que je n’en sortirais jamais vivante.
Paroles de Milly, survivante
Après ces sévices, les agresseurs la relâchent. Elle retrouve tant bien que mal le chemin vers ses « amis » qui l’attendent comme si de rien n’était. Au lieu de l’aider, ils la déposent sur un bord de route dans le Loiret, aggravant son sentiment d’abandon total.
Le rôle déterminant de la mère et des preuves matérielles
De retour chez elle, Milly se confie à sa mère, Sandra. Le choc est tel qu’elle ne porte pas plainte immédiatement. La douleur psychologique est trop forte, la peur des représailles omniprésente. Pourtant, la mère agit avec une lucidité exemplaire : elle conserve discrètement les vêtements souillés dans un sac plastique, sans les laver, préservant ainsi les traces biologiques essentielles.
Le 23 avril 2021, Milly trouve enfin la force de déposer plainte. Les enquêteurs du service départemental de police judiciaire du Val-de-Marne exploitent ces éléments : l’ADN prélevé sur le legging et la culotte permet d’identifier plusieurs suspects. En décembre 2022, une vaste opération aboutit à neuf gardes à vue, incluant les « amis » qui l’ont abandonnée et les agresseurs directs dont les profils génétiques correspondent.
Cette conservation précieuse des preuves a été décisive. Sans elle, l’affaire aurait pu sombrer dans les limbes judiciaires, comme tant d’autres cas où les victimes hésitent trop longtemps. La mère de Milly a lancé une cagnotte pour couvrir les frais liés aux multiples audiences, témoignant du soutien familial indéfectible face à un système parfois lent.
Les enjeux judiciaires et les peines prononcées
Le tribunal pour enfants de Créteil a jugé ce premier groupe de trois accusés, tous âgés de 15 ans au moment des faits. Les deux principaux auteurs de viol en réunion ont reçu dix ans de réclusion, peine maximale applicable aux mineurs pour ce type de crime. Le troisième, reconnu complice, a été condamné à six ans. Ces sanctions reflètent la qualification criminelle des faits : viol en réunion aggravé par la violence, les menaces et la séquestration.
Les avocats des parties civiles saluent une décision ferme, même si certains regrettent que la peine ne puisse dépasser ce plafond légal pour des mineurs. Les condamnés, déjà incarcérés pour d’autres motifs, voient leur situation s’alourdir considérablement. Des appels sont probables, prolongeant l’épreuve pour la victime.
Deux autres suspects, âgés de 16 ans en 2020, seront jugés plus tard devant la cour d’assises des mineurs, avec un majeur accusé de menaces de mort. L’affaire reste donc en cours, avec des perspectives de peines potentiellement plus lourdes pour ces profils.
Le courage de témoigner à visage découvert
En 2024, Milly, alors âgée de 23 ans, a choisi de briser le silence médiatique en témoignant à visage découvert. Son objectif : alerter les autres jeunes filles, montrer que la honte ne doit pas peser sur la victime mais sur les bourreaux. Elle explique vouloir transformer sa souffrance en force pour les autres.
Ce choix rare demande un courage exceptionnel. Beaucoup de victimes restent anonymes par peur des représailles ou du jugement social. Milly, soutenue par sa famille et des associations, assume son histoire pour contribuer au débat sur les violences sexuelles, l’abandon par les proches et la nécessité d’une réponse judiciaire rapide et ferme.
Je parle pour toutes celles qui n’osent pas encore. Il faut que ça change.
Milly, dans son témoignage public
Son parcours illustre les séquelles profondes : stress post-traumatique, infections transmises, craintes persistantes pour sa sécurité et celle de ses proches. Pourtant, elle avance, portée par une détermination à obtenir justice complète.
Une affaire qui interroge la société entière
Ce drame pose de multiples questions. Comment des « amis » peuvent-ils abandonner une jeune fille dans un quartier dangereux ? Pourquoi la solidarité masculine semble-t-elle primer sur la protection d’une victime ? Quelles sont les responsabilités collectives dans les cités où ces actes se produisent parfois sans intervention immédiate ?
Les statistiques sur les violences sexuelles en France restent alarmantes. Beaucoup de cas impliquent des mineurs ou de jeunes majeurs, souvent en groupe, amplifiant le sentiment d’impunité. Les délais judiciaires – six ans ici – ajoutent à la souffrance des victimes. Pourtant, des avancées existent : meilleure prise en charge psychologique, conservation des preuves ADN, sensibilisation accrue.
Cette affaire rappelle aussi l’importance de l’écoute familiale. Sans le réflexe de la mère de conserver les vêtements, sans sa patience face au silence initial de sa fille, l’identification des coupables aurait été bien plus complexe. Elle symbolise l’alliance vitale entre victime et entourage pour affronter l’injustice.
Vers une justice plus complète et une reconstruction possible
Le jugement du 11 février 2026 n’est qu’une étape. D’autres procès suivront, avec potentiellement des peines supplémentaires. Milly continue son combat pour une reconnaissance totale des faits et une réparation morale. Elle souhaite que son histoire serve d’exemple : ne pas se taire, préserver les preuves, chercher du soutien.
Pour les condamnés, ces années de prison représentent une sanction, mais aussi une opportunité de réflexion sur leurs actes. La société, elle, doit tirer les leçons : éducation à la sexualité consentie, lutte contre les bandes violentes, protection des jeunes vulnérables en déplacement.
Milly, survivante, incarne la résilience. Son témoignage, son parcours judiciaire acharné, rappellent que même après l’horreur, la lumière de la justice peut percer les ténèbres. Espérons que les prochains chapitres de cette affaire apportent une closure apaisante et renforcent la lutte contre ces crimes odieux.
Ce cas dépasse le fait divers pour toucher aux questions profondes de confiance, de trahison et de réparation. Il invite chacun à réfléchir : que ferions-nous face à une telle injustice ? Et surtout, comment mieux protéger les plus fragiles parmi nous ?
Points clés à retenir de cette affaire :
- Abandon par des « amis » dans une cité hostile
- Viol collectif dans un local technique sordide
- Menaces armées et insultes déshumanisantes
- Preuves ADN décisives grâce à la mère
- Condamnations maximales pour mineurs : 10 et 6 ans
- Témoignage courageux à visage découvert
Les mois et années à venir diront si la justice ira jusqu’au bout. En attendant, Milly poursuit sa vie, marquée à jamais mais debout. Son histoire, douloureuse mais nécessaire, mérite d’être connue pour que de tels drames deviennent moins fréquents.









