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L’UE Renforce son Approvisionnement en Gaz Algérien

Le commissaire européen à l'énergie s'est rendu à Alger pour booster les livraisons de gaz algérien. Alors que l'UE prépare la fin du gaz russe d'ici 2027, l'Algérie pourrait devenir un partenaire incontournable... Mais à quel prix pour l'équilibre énergétique européen ?
L’Union européenne renforce son partenariat énergétique avec l’Algérie pour sécuriser ses approvisionnements en gaz, dans un contexte géopolitique marqué par la volonté de mettre fin à la dépendance au gaz russe. Le commissaire européen à l’énergie, Dan Jørgensen, s’est rendu à Alger pour des discussions cruciales visant à accélérer les livraisons et à consolider cette relation stratégique.

L’Algérie, partenaire clé pour l’avenir énergétique de l’Europe

Dans un monde où les flux énergétiques se redessinent rapidement, l’Union européenne cherche activement à diversifier ses sources d’approvisionnement en gaz naturel. La visite récente du commissaire à l’énergie à Alger illustre parfaitement cette stratégie. Elle intervient à un moment où l’Europe accélère son émancipation vis-à-vis des importations russes, tout en évitant de créer une nouvelle forme de dépendance excessive envers un seul fournisseur.

Les échanges ont mis en lumière le rôle croissant de l’Algérie comme fournisseur fiable et stratégique. Déjà positionnée parmi les principaux partenaires de l’UE, elle voit son importance s’accroître dans le paysage énergétique continental. Cette dynamique s’inscrit dans un effort plus large pour renforcer la résilience du système énergétique européen face aux incertitudes géopolitiques.

Le contexte géopolitique : fin progressive du gaz russe

L’Union européenne a pris des décisions fermes pour priver la Russie de revenus issus des exportations de gaz, qui financent en partie le conflit en Ukraine. Une interdiction progressive des importations de gaz russe a été actée, avec une échéance fixée à l’automne 2027 au plus tard. Ce calendrier ambitieux oblige les États membres à repenser entièrement leur approvisionnement énergétique.

Depuis le début de cette transition, l’Europe s’est tournée massivement vers le gaz naturel liquéfié importé des États-Unis. Cette pivot a permis de compenser rapidement les volumes perdus, mais il soulève désormais des préoccupations légitimes. Le risque de remplacer une dépendance par une autre inquiète les responsables européens, qui appellent à une diversification plus équilibrée.

Cette réunion arrive à point nommé, à l’heure où nous nous affranchissons de notre dépendance au gaz russe.

Le commissaire européen à l’énergie

Cette déclaration souligne l’urgence de la situation. Elle reflète aussi une volonté claire de bâtir des partenariats durables avec des pays considérés comme stables et fiables sur le long terme.

La position actuelle de l’Algérie dans les importations européennes

L’Algérie occupe déjà une place significative dans le mix énergétique de l’Union européenne. Au troisième trimestre 2025, elle représentait une part notable des approvisionnements. Pour le gaz acheminé par gazoduc, elle se classe en deuxième position, avec environ 14,6 % des importations européennes, derrière la Norvège qui domine largement avec plus de 50 %.

En ce qui concerne le gaz naturel liquéfié, l’Algérie arrive en troisième position après les États-Unis et la Russie, avec environ 7,7 % des volumes importés par l’Europe à la même période. Ces chiffres démontrent que l’Algérie est déjà un acteur incontournable, mais son rôle est appelé à grandir dans les années à venir.

Les infrastructures existantes, comme les gazoducs reliant l’Algérie à l’Europe via l’Espagne et l’Italie, facilitent ces échanges. Elles offrent une alternative fiable au transport maritime du GNL, souvent plus coûteux et sujet à des fluctuations de prix mondiales.

Les craintes liées à une dépendance accrue au GNL américain

Les États-Unis ont vu leur part dans les importations européennes de GNL exploser ces dernières années. Au troisième trimestre 2025, ils représentaient 60 % des volumes, contre seulement 24 % début 2021. Cette hausse spectaculaire a permis de combler le vide laissé par la Russie, mais elle pose question sur la durabilité de cette stratégie.

Il y a une inquiétude grandissante, que je partage, liée au risque de remplacer une dépendance par une autre.

Dan Jørgensen

Cette mise en garde met en lumière les limites d’une focalisation excessive sur un seul pays. Des tensions géopolitiques, comme celles observées autour du Groenland, renforcent cette prudence. L’Europe préfère multiplier les sources pour éviter tout risque de chantage énergétique ou de perturbations d’approvisionnement.

Dans cette optique, des discussions sont en cours avec plusieurs partenaires potentiels : le Canada, le Qatar, et bien sûr l’Afrique du Nord. L’Algérie, grâce à sa proximité géographique et à ses capacités de production, apparaît comme une option particulièrement attractive.

Les perspectives de coopération élargie

Au-delà du gaz naturel conventionnel, les échanges portent sur des domaines d’avenir. L’hydrogène vert, les énergies renouvelables et les interconnexions énergétiques font partie des sujets abordés. L’Algérie dispose d’un potentiel immense en matière de solaire et d’éolien, ce qui pourrait ouvrir la voie à des projets communs ambitieux.

Les deux parties soulignent l’importance d’une transition énergétique juste et équilibrée. Réduire les émissions de méthane lors de la production et du transport du gaz figure parmi les priorités. Une coordination renforcée sur les réglementations européennes permettra d’optimiser l’accès au marché pour le gaz algérien.

Investir dans le secteur des hydrocarbures algérien attire également l’attention. Des flux d’investissements européens pourraient moderniser les infrastructures, augmenter les capacités de production et d’exportation. Cela bénéficierait aux deux côtés : sécurité d’approvisionnement pour l’Europe, développement économique pour l’Algérie.

Les avantages stratégiques pour l’Europe

Opter pour un partenariat renforcé avec l’Algérie offre plusieurs atouts concrets. La proximité réduit les délais et les coûts de transport par rapport au GNL transatlantique. Les gazoducs existants assurent une livraison continue, moins sensible aux aléas maritimes ou aux prix spot du marché mondial.

  • Fiabilité prouvée de l’Algérie comme fournisseur stable.
  • Diversification géographique des sources d’importation.
  • Potentiel pour des projets conjoints en énergies renouvelables.
  • Réduction des risques liés à une surdépendance au GNL américain.

Ces éléments contribuent à bâtir un système énergétique plus résilient. Ils s’inscrivent dans la stratégie REPowerEU, qui vise à accélérer la transition tout en maintenant la sécurité d’approvisionnement.

Impact sur le marché énergétique mondial

Ce rapprochement entre l’UE et l’Algérie influence les dynamiques globales du gaz. Avec la baisse progressive des volumes russes, de nouveaux équilibres se dessinent. Les pays producteurs africains gagnent en influence, tandis que les acheteurs européens cherchent à sécuriser des contrats à long terme.

Pour l’Algérie, cela représente une opportunité de consolider sa position sur le marché européen. Elle peut négocier des conditions avantageuses, attirer des technologies et des capitaux pour développer son secteur. Cette relation mutuellement bénéfique pourrait s’étendre à d’autres domaines, comme la coopération industrielle ou la formation.

Vers une alliance énergétique durable ?

Les discussions à Alger marquent une étape importante. Elles confirment que l’Algérie deviendra un partenaire encore plus central pour l’Europe. Cette évolution s’accompagne d’une vision partagée sur la transition énergétique, où le gaz sert de pont vers des sources plus propres.

Les mois à venir seront décisifs pour traduire ces intentions en accords concrets. Volumes supplémentaires, investissements croisés, projets communs : les possibilités sont nombreuses. L’enjeu est de taille pour garantir une énergie abordable, sécurisée et compatible avec les objectifs climatiques européens.

En conclusion, cette visite illustre une stratégie pragmatique. L’Europe ne se contente pas de réagir aux crises ; elle anticipe en tissant des liens solides avec des partenaires fiables. L’Algérie, par sa position géographique et ses ressources, se trouve au cœur de cette reconfiguration énergétique majeure.

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