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SoftBank Rate Son Objectif de Profit Malgré l’IA

SoftBank annonce un profit trimestriel inférieur aux prévisions, mais multiplie presque par cinq son bénéfice net sur neuf mois grâce à l’IA. Le géant japonais mise massivement sur OpenAI et revend ses positions historiques. Vers une transformation complète du portefeuille ?

Imaginez un géant de la tech qui, en quelques mois, vend ses parts dans les champions historiques de la télécom et des puces électroniques pour tout miser sur l’intelligence artificielle naissante. C’est exactement le pari audacieux que vient de confirmer SoftBank avec ses derniers résultats financiers. Entre déception des analystes et explosion des gains sur l’année, le groupe japonais dessine un avenir où l’IA n’est plus une option, mais le cœur battant de sa stratégie.

Un trimestre en demi-teinte qui cache une transformation profonde

Les chiffres publiés cette semaine ont surpris plus d’un observateur. Le bénéfice net trimestriel s’élève à 248,6 milliards de yens, alors que le consensus tablait sur 336,7 milliards. Une contre-performance apparente qui mérite pourtant d’être nuancée. Car sur les neuf premiers mois de l’exercice, le tableau change radicalement : le revenu net progresse de près de 400 % par rapport à l’année précédente.

Cette croissance spectaculaire s’explique en grande partie par la performance des investissements. Les gains liés aux placements ont tout simplement doublé sur la période. Derrière cette dynamique se cache un mouvement stratégique clair : recentrage massif sur les technologies d’intelligence artificielle et d’intelligence super-artificielle (ASI).

Les Vision Funds reprennent des couleurs

Longtemps critiqués pour leurs pertes colossales lors du retournement de 2022, les SoftBank Vision Funds affichent aujourd’hui un retournement spectaculaire. L’unité est passée d’une perte significative l’an dernier à un gain substantiel sur la période récente. C’est précisément au sein de ces véhicules d’investissement que le groupe loge l’essentiel de sa participation dans OpenAI.

Environ 11 % du capital de la société américaine est aujourd’hui détenu par SoftBank, principalement via le deuxième fonds Vision (SVF2). Les engagements ont été pris en plusieurs tranches : une première clôture au printemps 2025, suivie d’une seconde en fin d’année après une restructuration juridique importante de la structure d’OpenAI.

« Nous sommes convaincus qu’OpenAI restera le leader de l’industrie. Leur capacité à monétiser va s’accélérer grâce aux contrats entreprises, au hardware et même à la publicité. »

Le directeur financier lors de la conférence de résultats

Cette confiance affichée contraste avec la réalité actuelle : OpenAI n’est toujours pas rentable. Pourtant, pour SoftBank, il s’agit d’un investissement de très long terme dans ce qui pourrait devenir la technologie la plus transformative du XXIᵉ siècle.

Sorties massives pour financer le virage IA

Pour alimenter cette ambition, le groupe n’a pas hésité à se séparer de positions historiques. Entre juin et décembre 2025, une part significative de sa participation dans T-Mobile US a été cédée. Plus spectaculaire encore : la totalité de la position dans Nvidia a été liquidée dès le mois d’octobre.

Ces désinvestissements ne traduisent pas un désaveu des semi-conducteurs ou des télécoms, mais bien une réallocation agressive vers des actifs perçus comme plus stratégiques dans l’ère de l’IA. Parallèlement, SoftBank a utilisé ses titres Arm Holdings comme collatéral pour emprunter et maintenir une grande flexibilité financière.

  • Vente progressive de T-Mobile US → recentrage financier
  • Liquidation complète de Nvidia → prise de bénéfices massive
  • Utilisation d’Arm en garantie → préservation de la liquidité

Ces mouvements traduisent une volonté claire : concentrer le capital sur les domaines où le groupe estime détenir un avantage compétitif décisif à dix ou quinze ans.

60 % du portefeuille désormais lié à l’IA et l’ASI

Le chiffre est impressionnant. Selon les déclarations officielles, environ 60 % des actifs du groupe sont aujourd’hui directement ou indirectement exposés à l’intelligence artificielle et à ses déclinaisons les plus avancées. Cette proportion devrait encore augmenter dans les prochains trimestres.

Parmi les opérations récentes les plus significatives, on note l’annonce d’acquisition de DigitalBridge Group, un spécialiste américain des infrastructures de data centers, ainsi que le rachat de la division robotique d’ABB. Deux actifs parfaitement alignés avec les besoins exponentiels en calcul et en automatisation que génère l’essor de l’IA générative.

Un contexte politique japonais favorable

Les marchés actions japonais ont salué les résultats, même mitigés. L’action SoftBank a particulièrement bien performé depuis le début de l’année 2026. Une partie de cette dynamique s’explique par un événement politique majeur : la victoire électorale de la Première ministre Takaichi Sanae.

La nouvelle cheffe du gouvernement a fait campagne sur un programme très offensif en matière d’investissements publics dans l’IA, les semi-conducteurs et les technologies critiques. Ce virage interventionniste rassure les investisseurs qui parient sur un écosystème japonais de plus en plus favorable aux géants technologiques nationaux.

Quelles perspectives pour les prochains trimestres ?

La trajectoire semble claire : accentuer encore le poids de l’IA dans le portefeuille, accompagner OpenAI dans sa quête de rentabilité et continuer à monétiser les actifs matures pour financer cette ambition. Reste une question centrale : le marché acceptera-t-il durablement qu’un conglomérat de cette taille concentre autant de risques sur une poignée de paris technologiques très jeunes ?

Les prochains mois seront décisifs. Si OpenAI parvient à transformer ses avancées techniques en flux de trésorerie solides, SoftBank pourrait être perçu comme l’un des investisseurs les plus visionnaires de sa génération. Dans le cas contraire, les critiques sur la concentration excessive du risque pourraient revenir en force.

Mais une chose est sûre : le groupe dirigé par Masayoshi Son n’a jamais eu peur de prendre des positions tranchées. Et aujourd’hui, plus que jamais, il joue son avenir sur l’intelligence artificielle.

L’impact sur l’écosystème tech mondial

Le repositionnement de SoftBank n’est pas un événement isolé. Il reflète une tendance plus large : les capitaux institutionnels les plus puissants affluent massivement vers les leaders de l’IA. Cette concentration des financements pose d’ailleurs des questions structurelles sur l’avenir de la concurrence dans le secteur.

En parallèle, la sortie de Nvidia par un actionnaire aussi emblématique que SoftBank a été perçue par certains comme un signal potentiel de pic sur le titre. Même si la réalité est plus nuancée (prise de bénéfices après une multiplication par dix en quelques années), elle illustre la volatilité extrême qui caractérise désormais le secteur des semi-conducteurs liés à l’IA.

Vers une nouvelle ère pour les conglomérats technologiques ?

SoftBank n’est plus seulement un opérateur télécom ou un investisseur opportuniste. Il se réinvente en véritable fonds souverain privé de l’intelligence artificielle. Cette mue est-elle transitoire ou marque-t-elle le début d’un nouveau modèle de conglomérat tech ?

Une chose est certaine : dans un monde où la puissance de calcul devient la nouvelle monnaie stratégique, les acteurs capables d’anticiper et de financer les infrastructures de demain détiendront un pouvoir économique et géopolitique considérable. SoftBank semble avoir fait son choix. Reste à savoir si l’histoire lui donnera raison.

À suivre de très près dans les prochains trimestres, alors que l’IA continue de redessiner les hiérarchies économiques mondiales à une vitesse inédite.

Points clés à retenir

Profit trimestriel : 248,6 milliards ¥ (vs 336,7 milliards ¥ attendus)

Bénéfice net 9 mois : + près de 400 % sur un an

Exposition IA/ASI : environ 60 % du portefeuille

Participation OpenAI : ~11 % via Vision Fund 2

Sorties notables : T-Mobile + Nvidia entièrement cédé

Le chemin parcouru par SoftBank en quelques années seulement est fascinant. D’investisseur diversifié à concentré sur l’IA la plus avancée, le groupe japonais écrit une page importante de l’histoire économique contemporaine. Et cette page est loin d’être terminée.

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