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France Relance Massivement le Nucléaire d’ici 2035

La France change radicalement de cap énergétique : moins d'éolien terrestre et de solaire, mais un retour en force du nucléaire pour produire jusqu'à 420 TWh d'électricité décarbonée d'ici 2035. Pourquoi ce virage soudain et quelles en seront les conséquences concrètes ?

Imaginez un pays qui, après des années de débats passionnés sur l’avenir de son énergie, décide soudain d’appuyer fortement sur l’accélérateur d’une technologie qu’il maîtrise depuis des décennies. C’est exactement ce qui se profile pour la France avec la publication imminente de sa nouvelle programmation énergétique pour la période 2025-2035. Au cœur de cette stratégie : un retour marqué vers le nucléaire, couplé à un ralentissement net des ambitions pour l’éolien terrestre et le photovoltaïque au sol.

Un virage stratégique majeur pour l’électricité française

Longtemps tiraillée entre les promesses des renouvelables intermittents et la stabilité du parc nucléaire historique, la France semble aujourd’hui trancher en faveur d’une électricité majoritairement pilotable et décarbonée. Ce choix n’est pas anodin dans un contexte où la facture énergétique pèse lourdement sur l’économie nationale et où la souveraineté énergétique redevient une priorité géopolitique majeure.

Les énergies fossiles continuent de représenter environ 60 % de la consommation énergétique totale du pays. En 2024, les importations de pétrole et de gaz ont coûté la bagatelle de 64 milliards d’euros. Face à cette dépendance coûteuse et climaticide, l’objectif affiché est clair : porter à 60 % la part des énergies décarbonées dans la consommation finale d’énergie d’ici 2030.

Le nucléaire au centre du dispositif

Le nucléaire, qui produit déjà une électricité à 95 % décarbonée lorsqu’on le combine à l’hydraulique et aux renouvelables existants, devient la pierre angulaire de cette nouvelle feuille de route. Contrairement à la précédente programmation pluriannuelle qui envisageait la fermeture de quatorze réacteurs, le cap est désormais résolument tourné vers l’optimisation et l’extension de la durée de vie du parc actuel.

Dès 2030, les autorités anticipent une production nucléaire comprise entre 380 et 420 térawattheures par an. Pour rappel, en 2023, cette production s’élevait autour de 320 TWh. L’objectif affiché par l’opérateur historique se situait à 400 TWh, chiffre que la nouvelle stratégie semble donc vouloir atteindre voire dépasser légèrement dans le scénario le plus ambitieux.

« Nous voulons une électricité abondante, compétitive et décarbonée pour accompagner la réindustrialisation et les nouveaux usages électriques. »

Cette citation résume parfaitement l’ambition gouvernementale : faire du nucléaire le socle permettant de substituer l’électricité aux combustibles fossiles dans l’industrie, les transports et le chauffage.

Éolien en mer : accélération confirmée mais calendrier ajusté

Si l’éolien terrestre et le solaire au sol marquent le pas, l’éolien en mer reste considéré comme une filière d’avenir. Les pouvoirs publics confirment leur volonté d’accélérer son développement, tout en actant officiellement les retards accumulés ces dernières années sur plusieurs projets.

Les objectifs initialement très ambitieux sont donc légèrement repoussés dans le temps. Cette mesure pragmatique vise à éviter de fixer des cibles irréalistes qui pourraient décourager les investisseurs ou générer de nouvelles tensions avec les acteurs locaux et les pêcheurs.

Pourquoi ralentir l’éolien terrestre et le solaire ?

La stagnation de la demande électrique ces dernières années explique en grande partie ce choix. Sans croissance forte et soutenue de la consommation, il devient difficile de justifier un déploiement massif et rapide de capacités intermittentes qui nécessitent des investissements importants et un réseau de transport adapté.

De plus, les filières éolienne terrestre et solaire photovoltaïque ont déjà connu une expansion significative ces dix dernières années. Le temps est désormais venu, selon les autorités, de consolider ces acquis plutôt que de poursuivre une course effrénée aux mégawatts installés.

  • Stagnation récente de la demande électrique
  • Nécessité de prioriser les investissements sur les filières pilotables
  • Volonté de sécuriser un mix équilibré et résilient
  • Prise en compte des contraintes d’acceptabilité locale

Ces quatre facteurs combinés expliquent le recentrage stratégique opéré par le gouvernement.

Hydraulique et pilotabilité : l’atout oublié

Dans ce nouveau paysage énergétique, l’hydroélectricité conserve toute sa place. Sa capacité à stocker l’énergie sous forme d’eau et à la restituer rapidement en fait un complément idéal au nucléaire et à l’éolien en mer. Le déplacement du Premier ministre sur des sites hydroélectriques dans l’est du pays n’est donc pas anodin : il s’agit de rappeler que la France dispose déjà d’un outil de flexibilité précieux qu’il convient de préserver et de moderniser.

Les barrages-pompage, en particulier, pourraient jouer un rôle accru dans l’équilibrage du système électrique à mesure que la part des renouvelables variables augmentera, même si celle-ci progresse plus lentement que prévu initialement.

Les implications économiques et industrielles

Ce virage énergétique aura des répercussions majeures sur l’économie française. En priorisant le nucléaire et l’hydroélectricité, le pays mise sur des filières industrielles où il dispose d’un savoir-faire reconnu mondialement. Cela devrait permettre de maintenir et de développer des milliers d’emplois hautement qualifiés sur le territoire.

Les besoins en compétences vont être considérables : ingénieurs, techniciens, soudeurs spécialisés, experts en sûreté nucléaire… Autant de métiers qui devront être formés en nombre important dans les prochaines années.

Du côté des investissements, les acteurs du secteur attendent avec impatience la publication du décret pour pouvoir lancer leurs projets, commander des équipements et sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement.

Souveraineté et indépendance énergétique

En réduisant la dépendance aux importations fossiles, la France cherche également à renforcer sa souveraineté énergétique. Les tensions géopolitiques récentes ont rappelé à quel point la dépendance vis-à-vis de certains pays producteurs pouvait fragiliser l’économie et la sécurité nationale.

Avec un parc nucléaire optimisé et modernisé, associé à un développement maîtrisé des renouvelables, le pays espère limiter cette vulnérabilité tout en maintenant une empreinte carbone très faible sur son secteur électrique.

Les prochains jalons à surveiller

La publication du décret au Journal officiel marque le début d’une nouvelle ère. Mais de nombreux chantiers restent à ouvrir : prolongation de la durée de vie des réacteurs les plus anciens, préparation des chantiers EPR2, renforcement du réseau électrique, adaptation du marché de l’électricité…

Chaque étape sera scrutée par les industriels, les ONG environnementales, les élus locaux et les consommateurs. Le succès de cette stratégie dépendra largement de la capacité du pays à mobiliser l’ensemble des acteurs autour d’un projet commun et partagé.

Un modèle énergétique français renouvelé ?

En choisissant de faire du nucléaire le pivot de sa transition énergétique, la France réaffirme une singularité qu’elle avait parfois semblé vouloir atténuer ces dernières années. Ce choix stratégique, s’il est accompagné des investissements et des réformes nécessaires, pourrait lui permettre de conserver l’un des mixes électriques les plus décarbonés au monde tout en répondant aux besoins croissants en électricité d’une économie en pleine réindustrialisation.

Reste à transformer cette ambition affichée en réalité industrielle et technique. Les dix prochaines années seront décisives pour savoir si la France a réussi son pari énergétique ou si de nouveaux obstacles viendront freiner cette relance annoncée.

Quoi qu’il en soit, le cap est fixé : une électricité abondante, décarbonée et majoritairement d’origine nucléaire pour les décennies à venir. Un choix courageux et assumé qui redessine le paysage énergétique hexagonal pour longtemps.

« L’énergie de demain se décide aujourd’hui. Entre souveraineté, climat et compétitivité, la France fait le pari du nucléaire optimisé et d’un mix pilotable. Un tournant qui pourrait inspirer ou diviser, mais qui ne laisse personne indifférent. »

Ce nouvel article stratégique marque sans doute l’un des moments les plus importants de la politique énergétique française depuis plusieurs décennies. À suivre avec attention dans les mois qui viennent.

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