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Stevenson Savart : L’Haïtien qui enchante Val di Fiemme

À Val di Fiemme, un immense Haïtien de 2 mètres termine ses courses sous des ovations debout. Stevenson Savart n’a pas gagné de médaille, pourtant il vole la vedette. Comment ce premier fondeur haïtien aux JO parvient-il à…

Imaginez une station italienne noyée sous la neige, des milliers de spectateurs emmitouflés, et soudain une clameur qui monte d’un coup, plus forte encore que pour les champions du jour. Au milieu de la piste, une silhouette démesurée avance lentement, bras levés, sourire éclatant. Ce n’est pas le Norvégien intouchable ni le Français médaillé. C’est un Haïtien de deux mètres qui vient de terminer sa course sans être doublé. Et tout le monde hurle son nom.

Ce moment, vécu à Val di Fiemme lors des Jeux Olympiques d’hiver 2026, résume parfaitement l’étrange et magnifique alchimie qui s’est créée autour de Stevenson Savart. Premier représentant d’Haïti en ski de fond dans l’histoire des Jeux, cet athlète atypique ne collectionne pas les podiums. Pourtant, jour après jour, il devient la personnalité la plus applaudie du site nordique italien.

Un géant haïtien sur les traces de la neige vosgienne

Stevenson Savart n’est pas né avec des skis aux pieds. Arrivé en France à l’âge de trois ans, adopté par une famille des Vosges, il découvre la glisse à cinq ans presque par hasard. Comme beaucoup d’enfants de la région, il passe ses hivers sur les pistes étroites des ballades familiales. Ce qui commence comme un loisir se transforme peu à peu en passion, puis en projet de vie.

Adolescent, il intègre une section sportive au lycée de Pontarlier, dans le Doubs. Là, le ski de fond devient sérieux : entraînements quotidiens, stages en altitude, premiers dossards. Mais le jeune homme ne se destine pas encore à une carrière internationale. Il jongle entre études, petits boulots et sport. Éducateur sportif en centre de loisirs, baby-sitter occasionnel, assistant d’éducation… chaque job lui permet de financer son matériel et ses déplacements.

Le déclic olympique en 2021

C’est en 2021 que l’idée folle germe vraiment : représenter Haïti aux Jeux Olympiques d’hiver. À ce moment-là, le pays caribéen n’a jamais aligné de fondeur aux JO. Stevenson contacte la fédération haïtienne, entame les démarches administratives, prouve ses origines et obtient le feu vert en 2022. Dès lors, tout s’accélère.

Il participe aux Championnats du monde 2023 à Planica, puis à ceux de Trondheim en 2025. Les résultats restent modestes, mais l’expérience accumulée est immense. Chaque course internationale le rapproche un peu plus de son rêve olympique. Et quand la qualification pour Milan-Cortina 2026 tombe, c’est l’explosion de joie contenue depuis des années.

« Ce sont mes premiers Jeux, c’est énorme. Le parcours est hyper dur mais génial. Il y a de quoi se faire mal. »

Cette phrase, prononcée après son skiathlon, résume parfaitement l’état d’esprit de l’athlète : pas d’ambition démesurée de médaille, mais une envie brûlante de vivre pleinement l’événement.

Val di Fiemme, le théâtre d’une ovation inattendue

Le site de Val di Fiemme, connu pour ses parcours exigeants et son public passionné, devient rapidement le lieu de prédilection de Stevenson. Lors du skiathlon, alors que les journalistes encerclent déjà les médaillés, une immense clameur détourne tous les regards. Dans la dernière ligne droite, le grand Haïtien parade, lève les bras, salue la foule. Il termine la course, sans avoir été pris un tour, ce qui représente déjà une performance pour un fondeur de son niveau.

Le lendemain, lors des qualifications du sprint classique, même scénario : 82e temps, mais une standing ovation digne d’un vainqueur. Personne ne se souvient d’avoir vu un athlète aussi loin dans le classement recevoir un tel hommage. Le public italien, connu pour son amour des outsiders et des belles histoires, a trouvé son héros.

Un style et une personnalité qui font mouche

Avec son mètre quatre-vingt-dix-huit, Stevenson Savart ne passe pas inaperçu. Sa combinaison rouge et bleue aux couleurs haïtiennes tranche dans le paysage blanc. Mais au-delà du physique, c’est son attitude qui séduit. Toujours souriant, disponible pour les selfies, capable de plaisanter même après une course épuisante, il dégage une joie communicative.

Il raconte volontiers ses petits boulots passés, son admiration pour les athlètes américains qu’il croise au village olympique, son bonheur simple d’être là. Cette authenticité touche le public bien plus que n’importe quel chrono.

Les prochaines courses : un défi personnel assumé

Vendredi 13 février, il s’élance sur le 10 km skating individuel. Samedi 21 février, il tentera même la mass-start 50 km classique, la mythique épreuve-reine du ski de fond. « On va essayer », lâche-t-il en riant. Derrière l’humour se cache une détermination farouche à aller au bout, peu importe le classement final.

Chaque départ représente pour lui une nouvelle occasion de faire vibrer les tribunes, de montrer que le ski de fond n’appartient pas qu’aux nations historiques du Nord. Et le public répond présent : les banderoles artisanales avec son nom commencent à fleurir dans les gradins.

Un symbole pour Haïti et pour le sport

En devenant le premier Haïtien à chausser des skis de fond aux Jeux Olympiques, Stevenson Savart ouvre une porte. Il prouve qu’avec de la volonté, des sacrifices et un peu de folie, des disciplines perçues comme élitistes peuvent accueillir des profils inattendus.

Haïti, pays plus connu pour ses coureurs sur route et ses footballeurs, voit naître une nouvelle figure sportive. Même si les médailles ne sont pas au rendez-vous, l’impact symbolique est déjà immense.

Les valeurs portées par ce parcours atypique

  • Persévérance : des années de petits boulots pour financer sa passion
  • Humilité : aucune prétention malgré l’attention médiatique
  • Joie de vivre : sourire permanent même dans la souffrance
  • Ouverture : admiration affichée pour les autres athlètes
  • Représentation : fierté de porter les couleurs haïtiennes en terre italienne

Ces valeurs résonnent particulièrement dans une société qui cherche des modèles positifs et accessibles. Stevenson n’est pas un surhomme tombé du ciel ; il est passé par les mêmes galères que beaucoup d’entre nous.

Un phénomène qui dépasse le sport

Sur les réseaux sociaux, les vidéos de ses arrivées sous les ovations font le tour du monde. Les commentateurs parlent d’un « effet Savart ». Les enfants haïtiens de la diaspora postent des messages de soutien. Même des supporters italiens créent des chants improvisés pour encourager « il gigante haitiano ».

Ce phénomène montre à quel point le sport peut encore créer des ponts culturels, émotionnels, humains. Dans un monde parfois cynique, voir un athlète célébré pour sa simple présence et sa bonne humeur fait du bien.

Et après les Jeux ?

Pour l’instant, Stevenson Savart refuse de penser à l’après. « Je ne réfléchis pas à la suite. Je profite. » Sage décision. Vivre pleinement l’instant présent semble être sa philosophie depuis le début de l’aventure.

Qu’il reprenne son poste d’assistant d’éducation, qu’il continue à courir sur le circuit international ou qu’il devienne ambassadeur du ski dans les quartiers, une chose est sûre : il a déjà marqué l’histoire. Pas avec un chrono, mais avec un sourire et des bras levés sous une pluie d’applaudissements.

Dans quelques années, quand on parlera de ces Jeux de Milan-Cortina 2026, on se souviendra peut-être des médailles norvégiennes, des exploits français, mais on parlera aussi, avec émotion, de ce grand Haïtien qui a fait vibrer Val di Fiemme comme personne.

Et quelque part, dans les Vosges ou à Port-au-Prince, un enfant regardera ces images et se dira : « Pourquoi pas moi ? »

C’est peut-être là la plus belle victoire de Stevenson Savart.

Quelques chiffres marquants

2 mètres : sa taille impressionnante sur la piste

2021 : année du déclic olympique

2022 : validation pour représenter Haïti

2023 : premiers Mondiaux à Planica

2026 : Jeux Olympiques de Milan-Cortina

Le parcours de Stevenson Savart nous rappelle une vérité simple : le sport, au-delà des médailles, reste avant tout une formidable machine à rêves et à émotions partagées. Et parfois, un simple geste, bras levés sous les hourras d’une foule conquise, vaut tous les titres mondiaux.

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