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Monusco à Goma : Retour Audacieux au Cœur du Conflit

Après plus d'un an de fermeture imposée par le M23, un hélicoptère de l'ONU atterrit enfin à Goma. La cheffe intérim de la Monusco y prépare la surveillance d'un cessez-le-feu fragile. Mais les combats persistent : ce retour marque-t-il vraiment un tournant ?

Imaginez une ville entière coupée du monde depuis plus d’un an, un aéroport international transformé en zone interdite par un groupe armé, et soudain, le bruit caractéristique d’un hélicoptère qui déchire le silence. Ce jeudi matin, cet instant précis s’est produit à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo. La cheffe par intérim de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en RDC, la Monusco, a posé le pied sur le tarmac longtemps inaccessible. Un geste qui résonne bien au-delà d’un simple atterrissage.

Dans une région déchirée par des décennies de violences, ce retour aérien symbolise à la fois une lueur d’espoir et un rappel brutal des défis immenses qui persistent. L’est du pays porte les stigmates d’un conflit presque ininterrompu depuis trente ans. Villages ravagés, populations déplacées par centaines de milliers, routes impraticables : la réalité quotidienne des habitants de cette zone reste marquée par l’insécurité permanente.

Un atterrissage chargé de sens dans une zone sous contrôle rebelle

L’événement n’a rien d’anodin. L’aéroport de Goma, jadis porte d’entrée majeure pour l’aide humanitaire et les déplacements officiels, est resté fermé depuis janvier 2025. Cette fermeture brutale fait suite à une offensive rapide et dévastatrice menée par le groupe armé M23. Des milliers de vies ont été perdues lors de ces combats intenses qui ont permis au mouvement rebelle de prendre le contrôle de la grande ville de l’est.

Aujourd’hui, l’arrivée de Vivian van de Perre à bord d’un hélicoptère de l’ONU marque une étape opérationnelle importante. La Monusco elle-même l’a qualifié ainsi dans son communiqué officiel publié le jour même. Après une interruption prolongée de tout accès aérien à la ville, ce vol représente un premier pas concret vers la reprise d’une présence plus active sur le terrain.

Le contexte explosif de l’est congolais

Pour comprendre l’importance de cet événement, il faut remonter aux racines du mal qui ronge cette partie du pays. Depuis la fin des années 1990, l’est de la RDC est le théâtre d’affrontements multiples impliquant des groupes armés locaux, des milices étrangères et parfois même des armées nationales voisines. Le M23, qui a resurgi fin 2021, incarne l’une des menaces les plus visibles et les plus structurées de ces dernières années.

Ce mouvement, accusé de bénéficier d’un soutien extérieur important – notamment de la part du Rwanda voisin –, a lancé une série d’attaques coordonnées qui ont abouti à la chute de Goma en janvier 2025. L’offensive, qualifiée d’éclair par les observateurs, a semé la panique et provoqué un exode massif de populations civiles terrorisées.

L’aéroport, situé en pleine zone urbaine, est devenu un enjeu stratégique majeur. Les combats qui s’y sont déroulés ont laissé des traces indélébiles : infrastructures endommagées, accès bloqués, et surtout, une fermeture totale imposée par les forces rebelles qui contrôlent désormais la ville.

La Monusco : présence maintenue malgré l’adversité

Malgré la perte de contrôle de larges pans du territoire, la mission onusienne n’a jamais totalement quitté Goma. Ses bases restent opérationnelles, protégées par environ 8 000 casques bleus déployés dans l’ensemble de l’est du pays. Cependant, l’absence d’accès à l’aéroport a considérablement compliqué les mouvements de personnel, le ravitaillement et l’évacuation éventuelle de blessés ou de civils en danger.

Cet atterrissage change la donne. Il ouvre la voie à une mobilité accrue pour les forces de maintien de la paix. Plus important encore, il prépare le terrain pour une mission bien précise : la surveillance et la vérification d’un cessez-le-feu que tous appellent de leurs vœux.

« Je me rends à Goma pour appuyer les préparatifs du suivi et de la vérification du cessez-le-feu, en étroite coordination avec l’architecture régionale. »

Vivian van de Perre, cheffe par intérim de la Monusco

Ces mots, tirés du communiqué officiel, traduisent l’urgence de la situation. La responsable onusienne ne se contente pas de visiter la ville : elle pose les bases d’une opération qui pourrait, si tout se passe bien, stabiliser durablement une zone martyre.

Les accords de paix successifs et leurs limites

La diplomatie n’a pas chômé ces derniers mois. En décembre dernier, un accord a été signé à Washington entre la RDC et le Rwanda. Ce texte ambitieux prévoit notamment l’intervention de la Monusco pour surveiller sur le terrain la mise en œuvre d’un cessez-le-feu qualifié de « permanent ». Pourtant, les combats n’ont pas cessé pour autant.

Le M23 s’était emparé d’Uvira, ville frontalière du Burundi, en décembre, avant de s’en retirer sous une forte pression internationale, notamment américaine. C’est précisément dans cette zone que la mission de surveillance doit commencer. Les prochaines semaines seront décisives pour voir si les engagements pris seront respectés.

Mardi déjà, l’ONU avait exprimé son souhait d’utiliser l’aéroport de Goma comme base logistique pour déployer ses équipes vers Uvira. L’atterrissage de ce jeudi constitue donc une réponse concrète à cette demande.

L’Angola relance la médiation régionale

Parallèlement, l’Angola a repris du service ces dernières semaines en tant que médiateur. Luanda a proposé un nouveau cessez-le-feu devant entrer en vigueur dès mercredi entre les forces gouvernementales de Kinshasa et le M23. Cette initiative s’ajoute à un puzzle diplomatique déjà complexe, où chaque acteur – régionaux, internationaux, rebelles – cherche à imposer sa vision de la sortie de crise.

La présence renforcée de la Monusco pourrait servir de garant neutre dans ce processus fragile. Mais les défis restent colossaux : méfiance mutuelle, intérêts divergents, et surtout, la capacité réelle des différentes parties à faire taire les armes.

Impacts humains et humanitaires d’une crise qui dure

Derrière les communiqués et les vols officiels, ce sont des millions de Congolais qui subissent les conséquences directes de ce conflit. Déplacements massifs, insécurité alimentaire, accès limité aux soins : la crise humanitaire s’aggrave à mesure que les affrontements se prolongent.

L’ouverture progressive de l’aéroport pourrait changer la donne pour l’acheminement de l’aide. Vivres, médicaments, matériel médical : tout ce qui arrive par voie aérienne pourrait enfin reprendre de manière plus fluide. Pour les populations locales, c’est une bouffée d’oxygène potentielle après des mois d’isolement forcé.

Mais personne ne se fait d’illusions. Un atterrissage, aussi symbolique soit-il, ne met pas fin à trente ans de guerre. Il ouvre simplement une fenêtre d’opportunité que la communauté internationale, la Monusco en tête, espère saisir au plus vite.

Perspectives et défis à venir

Le chemin vers une paix durable reste semé d’embûches. Le M23 contrôle toujours Goma et une grande partie du Nord-Kivu. Les accusations de soutien extérieur persistent, alimentant les tensions régionales. La Monusco, elle, doit naviguer entre son mandat de protection des civils et les impératifs de neutralité imposés par les accords de paix.

Le déploiement à Uvira, annoncé comme imminent, constituera un test majeur. Si les observateurs onusiens parviennent à s’installer sans incident majeur, cela pourrait créer un précédent positif. À l’inverse, toute entrave ou reprise des hostilités risquerait de discréditer l’ensemble du processus.

En attendant, l’atterrissage de Vivian van de Perre restera gravé comme un moment fort. Dans une région habituée aux mauvaises nouvelles, il rappelle qu’il existe encore des acteurs déterminés à œuvrer pour la stabilité. Reste à transformer ce symbole en avancées tangibles sur le terrain.

La population de Goma, épuisée par des années de violence, observe avec un mélange d’espoir prudent et de scepticisme légitime. Chaque jour sans combat représente déjà une victoire. Chaque pas vers une paix réelle en serait une encore plus grande.

Pour l’instant, le ronronnement des rotors de l’hélicoptère de l’ONU résonne comme un message : la communauté internationale n’a pas abandonné l’est de la RDC. À charge désormais pour tous les protagonistes de prouver que ce retour n’était pas vain.

Dans les semaines à venir, les regards se tourneront vers Uvira et les premiers rapports des observateurs onusiens. La paix, si longtemps promise, pourrait-elle enfin s’installer durablement ? L’histoire récente incite à la prudence, mais l’espoir, lui, refuse de s’éteindre.

Ce retour aérien à Goma n’est pas une fin en soi. Il marque le début d’une phase délicate où chaque geste comptera double. La Monusco, forte de son expérience et de ses moyens, entend jouer pleinement son rôle. Reste à voir si les parties prenantes sauront saisir cette opportunité unique.

Les prochains jours et semaines seront déterminants. Entre espoir retrouvé et craintes persistantes, l’est de la RDC continue d’écrire une page douloureuse de son histoire. Mais aujourd’hui, au moins, un hélicoptère bleu a pu atterrir là où plus personne n’osait voler depuis longtemps.

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