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La Jeune Garde Conteste Sa Dissolution Au Conseil d’État

Le groupe La Jeune Garde, cofondé par un député LFI, refuse sa dissolution prononcée en 2025 et porte l’affaire devant le Conseil d’État. Violences, antifascisme revendiqué, liens politiques… que va décider la plus haute juridiction administrative ?

Une nouvelle bataille judiciaire s’ouvre dans le paysage politique français. Un collectif d’ultragauche particulièrement actif ces dernières années refuse catégoriquement de disparaître et choisit de porter son combat devant la plus haute juridiction administrative du pays. Derrière ce bras de fer se dessine un affrontement bien plus large : celui qui oppose l’État à certaines formes de militantisme radical.

Un groupuscule au cœur d’une vive polémique

Créé il y a plusieurs années dans une grande ville du sud-est de la France, ce groupe s’est rapidement fait connaître pour son positionnement très offensif. Présentant son action comme une réponse directe à la montée supposée de groupuscules d’extrême droite dans l’espace public, il a multiplié les initiatives musclées : manifestations non déclarées, présence massive lors de rassemblements adverses, affrontements physiques répétés.

Parmi ses fondateurs figure aujourd’hui une personnalité politique bien connue : un député élu sous l’étiquette d’un grand mouvement de gauche radicale. Ce lien direct entre un groupe de rue et un parlementaire a considérablement alimenté les critiques et les soupçons de porosité entre militantisme de terrain et représentation institutionnelle.

Les faits reprochés : une accumulation jugée inquiétante

Les autorités ont pointé du doigt plusieurs comportements jugés inacceptables. Les motifs invoqués lors de la procédure administrative incluaient notamment :

  • de multiples incidents violents lors de manifestations
  • des dégradations de biens publics et privés
  • des menaces et intimidations répétées envers des opposants politiques
  • une organisation structurée favorisant, selon l’État, la commission d’infractions graves

Ces éléments, compilés au fil des années, ont conduit les services de l’État à considérer que le maintien de ce collectif dans le paysage associatif et militant présentait un danger réel pour l’ordre public.

Une dissolution prise en Conseil des ministres

Après plusieurs mois d’instruction et une phase contradictoire durant laquelle les représentants du groupe ont pu présenter leurs arguments, la décision est tombée. Le décret de dissolution a été signé au plus haut niveau de l’État, en Conseil des ministres, au cours de l’année 2025.

Ce type de mesure reste relativement rare et symboliquement très fort. Il s’inscrit dans une série plus large de dissolutions prononcées ces dernières années contre des organisations considérées comme porteuses d’une menace grave pour les institutions républicaines ou pour la sécurité des personnes.

« La République ne peut tolérer que des groupements organisent durablement des violences collectives et s’affranchissent des lois de la République. »

Cette phrase, prononcée par un membre du gouvernement lors de l’annonce officielle, résume bien la philosophie de l’exécutif sur ce dossier.

La riposte : saisine immédiate du Conseil d’État

Les militants concernés n’ont pas attendu longtemps avant de réagir. Quelques jours seulement après la publication du décret, une requête en annulation a été déposée auprès de la section du contentieux du Conseil d’État. L’audience, initialement fixée à une date précise en février 2026, a finalement été reportée à une date ultérieure, pour des raisons qui n’ont pas été rendues publiques.

Ce report ne change rien à l’enjeu principal : les juges administratifs suprêmes vont devoir trancher entre deux logiques difficilement conciliables.

D’un côté : la défense de la liberté d’association

Les avocats du collectif mettent en avant plusieurs arguments de principe :

  1. La liberté d’association constitue l’un des piliers fondamentaux de la vie démocratique.
  2. La dissolution constitue une mesure exceptionnelle qui doit être entourée de garanties très strictes.
  3. Les faits reprochés concernent des individus isolés et non l’organisation dans son ensemble.
  4. Le groupe se présente avant tout comme un mouvement d’autodéfense antifasciste.

Selon cette lecture, prononcer la dissolution reviendrait à criminaliser une forme légitime de résistance à l’extrême droite.

De l’autre : la nécessité de protéger l’ordre public

En face, l’administration défend une position diamétralement opposée. Elle considère que :

  1. Le collectif a dépassé depuis longtemps le cadre de la simple expression militante.
  2. Il s’est doté d’une organisation quasi militaire (entraînements physiques, coordinations ciblées).
  3. Les violences commises ne sont pas accidentelles mais relèvent d’une stratégie assumée.
  4. Le lien avec un élu de la République pose un problème supplémentaire de légitimité.

Pour l’État, laisser perdurer un tel groupe reviendrait à cautionner une forme de justice privée et de violence organisée.

Un enjeu politique majeur pour la gauche radicale

La personnalité du cofondateur devenu député donne à cette affaire une dimension politique très forte. Elle cristallise les tensions internes à la gauche entre ceux qui défendent une ligne institutionnelle classique et ceux qui revendiquent encore une forme de radicalité assumée dans la rue.

Pour les uns, soutenir publiquement ce collectif revient à cautionner des méthodes violentes. Pour les autres, laisser dissoudre ce groupe sans réagir équivaudrait à abandonner une partie de la base militante à la répression.

Que peut décider le Conseil d’État ?

Plusieurs scénarios sont envisageables :

ScénarioConséquence probableProbabilité perçue
Annulation totale de la dissolutionLe groupe reprend ses activités librementFaible à moyenne
Annulation partielle / réexamenRetour du dossier en préfecture ou ministèreMoyenne
Confirmation de la dissolutionInterdiction définitive + sanctions pénales possiblesMoyenne à élevée
Surseoir à statuerAttente d’éléments complémentairesFaible

Quelle que soit la décision, elle fera date et influencera très probablement les futures procédures de dissolution administrative en France.

Le difficile équilibre entre sécurité et libertés

Ce dossier pose en réalité une question de fond qui dépasse largement le seul cas de ce groupe particulier : jusqu’où l’État peut-il aller pour neutraliser des organisations qu’il juge dangereuses sans porter atteinte aux libertés fondamentales ?

La frontière est ténue entre la nécessaire fermeté face aux violences et le risque d’une dérive autoritaire. Chaque dissolution prononcée ravive ce débat passionné entre tenants de l’ordre républicain et défenseurs des libertés publiques.

Une politisation accrue du militantisme de rue

Depuis plusieurs années, on observe une judiciarisation croissante des affrontements politiques de rue. Ce qui relevait autrefois du simple « désordre » lors de manifestations est de plus en plus souvent qualifié de « violence organisée » ou de « groupement en vue de commettre des violences ».

Ce glissement s’explique par plusieurs facteurs : durcissement du climat sécuritaire, médiatisation des incidents, professionnalisation des services de renseignement, mais aussi évolution des modes d’action de certains collectifs radicaux.

Et maintenant ?

En attendant la nouvelle date d’audience, les membres du collectif continuent de s’exprimer publiquement, affirmant leur détermination à ne pas plier. De leur côté, les autorités maintiennent leur position : la mesure de dissolution reste pleinement justifiée et nécessaire.

Le délibéré du Conseil d’État, lorsqu’il interviendra, constituera sans aucun doute un moment important dans l’histoire récente des rapports entre l’État français et les mouvements radicaux de gauche.

Quelle que soit l’issue, cette affaire rappelle une réalité tenace : dans une démocratie, la limite entre militantisme ardent et dérive violente reste l’un des sujets les plus sensibles et les plus clivants de la vie politique contemporaine.

À suivre donc… de très près.

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