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Soudan : Enfants Tués et Aide Humanitaire Visée par des Drones

Mercredi, deux enfants ont perdu la vie dans une école coranique bombardée par drone au Soudan, tandis qu’un entrepôt du Programme alimentaire mondial était touché. Le Kordofan devient un enfer de frappes aériennes… mais qui est vraiment responsable ?

Imaginez une salle de classe où des enfants apprennent paisiblement les versets du Coran. Soudain, le ciel s’embrase, une explosion déchire l’air, et en quelques secondes, deux petites vies s’éteignent pour toujours. Ce drame terrible s’est déroulé mercredi dans une petite ville du Soudan, ajoutant encore une couche de douleur à un conflit qui n’en finit plus de broyer des innocents.

Le pays traverse l’une des pires crises humanitaires de notre époque. Pourtant, les images de ces nouvelles frappes de drones nous rappellent brutalement que la violence continue de s’abattre aveuglément, y compris sur ceux qui tentent d’apporter du secours ou simplement d’étudier.

Une nouvelle tragédie dans le Kordofan ravagé par la guerre

Le Kordofan, cette vaste région fertile située au sud de la capitale Khartoum, est devenue l’un des principaux théâtres du conflit qui déchire le Soudan depuis presque trois ans. Autrefois connue pour ses champs de cultures et ses réserves pétrolières, elle est aujourd’hui synonyme de combats acharnés, de sièges prolongés et, depuis plusieurs mois, d’une inquiétante multiplication des attaques menées par drones.

L’école coranique d’Al-Rahad frappée en plein jour

Dans la ville d’Al-Rahad, située dans l’État du Kordofan-Nord, une école coranique a été la cible d’une frappe aérienne sans avertissement. L’établissement était sous contrôle de l’armée régulière. Selon plusieurs sources médicales concordantes, deux enfants ont perdu la vie dans cette attaque et douze autres ont été grièvement blessés.

Un témoin présent sur place a décrit une scène de chaos : des corps d’enfants ensanglantés, des cris déchirants, des parents accourant vers l’école en ruines. L’attaque a été rapidement attribuée aux Forces de soutien rapide (FSR) par plusieurs personnes sur le terrain, même si aucune revendication officielle n’a été enregistrée dans l’immédiat.

Al-Rahad n’est pas une ville anodine. Située à proximité d’El-Obeid, elle occupe une position stratégique sur l’axe routier qui relie l’ouest du pays à Khartoum. Prendre le contrôle de cette zone permettrait de couper des lignes d’approvisionnement vitales pour l’armée soudanaise.

Un entrepôt du PAM touché à Kadougli

Le même jour, à plusieurs centaines de kilomètres de là, dans la capitale de l’État du Kordofan-Sud, Kadougli, un entrepôt du Programme alimentaire mondial a été visé par un drone. Le bâtiment a subi d’importants dégâts structurels et une partie des denrées alimentaires stockées a été détruite ou rendue inutilisable.

Une source interne à l’ONU a confirmé l’attaque sans toutefois désigner clairement les responsables. Cependant, le contexte local laisse peu de doute sur l’origine probable de cette frappe, tant les incidents de ce type se multiplient dans cette zone depuis plusieurs semaines.

Cet entrepôt constituait l’un des rares points d’approvisionnement alimentaire encore fonctionnels dans une région où la famine a officiellement été déclarée par les Nations Unies. Sa mise hors service aggrave encore la situation nutritionnelle déjà catastrophique des populations locales.

Kadougli : ville martyre sous les drones

Kadougli est devenue tristement célèbre ces derniers mois. Début février déjà, une attaque de drone avait tué huit civils, dont trois enfants, dans cette même ville. Quelques jours plus tard, un convoi du PAM avait été visé sur la route du Kordofan-Nord, faisant un mort et plusieurs blessés parmi le personnel humanitaire et les escortes.

« Sur une période d’un peu plus de deux semaines, jusqu’au 6 février, quelque 90 civils ont été tués et 142 blessés lors de frappes de drones menées par les FSR et les FAS »

Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Volker Türk

Cette citation prononcée devant le Conseil des droits de l’homme illustre l’ampleur du phénomène. Les drones, autrefois perçus comme des armes de précision, semblent aujourd’hui utilisés de manière beaucoup plus indiscriminée dans le conflit soudanais.

Pourquoi tant de frappes de drones ?

Depuis plusieurs mois, les deux camps ont intensifié l’usage de drones armés. L’armée accuse ouvertement les Émirats arabes unis de fournir des appareils aux Forces de soutien rapide. Abou Dhabi a toujours fermement démenti ces allégations.

De leur côté, les paramilitaires affirment régulièrement que l’armée bénéficie de drones fournis par la Turquie via différents partenaires régionaux. Ces accusations mutuelles de soutien étranger alimentent la propagande des deux camps tout en masquant la réalité tragique sur le terrain : des civils paient le prix le plus lourd.

Les experts notent également que les drones sont devenus l’arme de choix dans un conflit où les lignes de front sont mouvantes, où les combats urbains rendent les bombardements classiques extrêmement risqués et où les forces terrestres sont souvent épuisées.

Une crise humanitaire d’une ampleur historique

Le conflit soudanais a déjà provoqué plusieurs dizaines de milliers de morts. Environ onze millions de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer. C’est, selon les Nations Unies, la pire crise humanitaire actuelle dans le monde.

Dans le seul Kordofan, plus de 115 000 personnes ont fui leurs villages et leurs villes depuis la fin du mois d’octobre. Beaucoup se dirigent vers des zones supposées plus sûres, mais la réalité est que la violence s’étend de plus en plus largement.

  • Destruction systématique des infrastructures de santé
  • Insécurité alimentaire généralisée, famine déclarée dans plusieurs localités
  • Attaques répétées contre les convois et entrepôts humanitaires
  • Fermeture ou destruction de nombreuses écoles
  • Multiplication des déplacements forcés intra et inter-régionaux

Ces éléments cumulés créent un cercle vicieux : moins d’aide humanitaire arrive, plus la population devient vulnérable, plus les tensions augmentent, plus les combats s’intensifient.

Négociations dans l’impasse

Malgré de multiples initiatives régionales et internationales, les pourparlers de paix restent bloqués. Chaque camp accuse l’autre de mauvaise foi et continue de chercher la victoire militaire plutôt qu’un compromis politique.

Pendant ce temps, la population civile continue de payer le prix fort. Les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées, les malades : tous sont touchés par cette guerre qui semble ne jamais vouloir s’arrêter.

Que reste-t-il d’espoir pour le Kordofan et le Soudan ?

Face à tant de souffrances, il est difficile de garder espoir. Pourtant, des voix continuent de s’élever pour demander un cessez-le-feu immédiat, la protection des civils et la libre circulation de l’aide humanitaire.

Les organisations internationales multiplient les alertes. Les ONG présentes sur le terrain, malgré les dangers extrêmes, continuent de tenter d’apporter assistance aux populations les plus vulnérables. Des Soudanais, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, organisent des collectes, des manifestations, des pétitions.

Mais tant que les armes, et surtout les drones, continueront de parler plus fort que la diplomatie, ces efforts risquent de rester lettre morte.

Chaque nouvelle frappe, chaque enfant tué, chaque sac de nourriture détruit nous rappelle l’urgence absolue d’une solution politique. Le temps presse. Les images des petites victimes d’Al-Rahad et des entrepôts en flammes de Kadougli doivent réveiller les consciences et pousser à agir avant qu’il ne soit définitivement trop tard.

Le Soudan saigne. Le Kordofan agonise. Et le monde continue, trop souvent, de regarder ailleurs.

À retenir : deux enfants tués dans une école, un entrepôt du PAM endommagé, des dizaines de milliers de déplacés supplémentaires… le Kordofan est devenu l’épicentre d’une tragédie silencieuse que la communauté internationale ne peut plus ignorer.

Le cycle de violence doit cesser. Les enfants du Soudan méritent de grandir sans craindre le bruit des drones au-dessus de leurs têtes.

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