Imaginez-vous enfin en vacances, valise à la main, prêt à embarquer pour un vol tant attendu… et vous retrouver coincé pendant plus de quatre heures dans une file d’attente interminable à la frontière. Cette scène, qui ressemble à un mauvais rêve pour tout voyageur, pourrait malheureusement devenir réalité cet été dans de nombreux aéroports européens. La raison ? L’entrée en vigueur progressive d’un nouveau dispositif censé moderniser les contrôles aux frontières de l’espace Schengen.
Le secteur aérien, qui voit déjà les premiers signaux inquiétants, multiplie les alertes. Aéroports, compagnies aériennes et organisations professionnelles s’unissent pour demander une réaction rapide des autorités européennes. Leur message est clair : sans ajustements immédiats, l’été 2026 risque de tourner au cauchemar pour des millions de voyageurs.
Un nouveau système qui inquiète tout le secteur
Depuis le mois d’octobre dernier, le dispositif EES (Entry/Exit System) a commencé à être déployé progressivement. Il concerne les ressortissants de pays tiers qui entrent ou sortent de l’espace Schengen. Fini les tampons dans les passeports : désormais, les empreintes digitales et une photographie du visage sont collectées, et chaque passage est enregistré numériquement.
L’objectif officiel est ambitieux : mieux suivre les durées de séjour autorisées, repérer plus facilement les dépassements et renforcer la sécurité aux frontières extérieures de l’Union européenne. Sur le papier, la modernisation semble logique. Mais dans la réalité des aéroports, la mise en œuvre suscite de très vives inquiétudes.
Des files déjà observées à deux heures
Alors que le système n’est déployé qu’à hauteur de 35 % actuellement, plusieurs aéroports signalent déjà des temps d’attente pouvant atteindre deux heures aux postes de contrôle. Ce chiffre, loin d’être anecdotique, inquiète énormément les professionnels qui anticipent le pire pour la période estivale.
Le 10 avril prochain, le taux d’enregistrement devra passer à 100 %. Cela signifie que tous les voyageurs concernés devront obligatoirement passer par le nouveau processus. Avec l’afflux massif de touristes attendu dès le printemps et surtout en juillet-août, les professionnels estiment que la situation pourrait rapidement devenir ingérable.
« En l’absence de mesures immédiates visant à apporter une flexibilité suffisante, de graves perturbations pendant les mois de pointe estivaux sont à prévoir, avec des files d’attente pouvant atteindre 4 heures, voire davantage. »
Cette phrase, issue d’un communiqué conjoint récent, résume parfaitement le niveau d’urgence exprimé par le secteur.
Qui tire la sonnette d’alarme ?
Trois grandes organisations européennes du transport aérien se sont associées pour alerter les autorités :
La branche européenne du Conseil international des aéroports, qui représente les gestionnaires d’aéroports ; l’association Airlines for Europe, qui regroupe de grandes compagnies aériennes du continent ; et l’Association internationale du transport aérien, qui parle au nom de l’industrie mondiale.
Ces trois entités ont adressé une lettre commune au commissaire européen chargé des Affaires intérieures et de la Migration. Elles ne se contentent pas de pointer du doigt les difficultés : elles proposent aussi des solutions concrètes pour éviter la catastrophe.
Les deux principaux problèmes identifiés
Dans leur courrier, les organisations mettent en avant deux causes majeures aux difficultés actuelles.
D’abord, un sous-effectif chronique au niveau des services de contrôle aux frontières dans de nombreux États membres. Même avec des technologies performantes, il faut des agents humains pour superviser, intervenir en cas de problème ou gérer les refus d’entrée. Or, dans plusieurs pays, les effectifs n’ont pas suivi l’augmentation du trafic aérien de ces dernières années.
Ensuite, des problèmes technologiques non résolus. L’automatisation promise par le système EES n’est pas encore au niveau espéré. Les bornes automatiques, les logiciels de reconnaissance faciale et l’intégration avec les bases de données européennes rencontrent encore trop de dysfonctionnements ou de lenteurs.
Une demande forte : la possibilité de suspendre l’EES
Face à ce constat, la principale revendication est claire : autoriser les États membres de l’espace Schengen à suspendre, totalement ou partiellement, l’application du système EES jusqu’à la fin du mois d’octobre 2026. Cette période couvrirait ainsi toute la haute saison touristique 2026.
Une telle flexibilité permettrait de revenir temporairement aux anciens tampons manuels dans les aéroports les plus saturés, le temps de résoudre les problèmes techniques et de renforcer les effectifs.
Les organisations insistent : il ne s’agit pas de remettre en cause le projet EES à long terme, mais d’éviter une implosion du trafic aérien pendant les mois les plus chargés de l’année.
Quelles conséquences pour les voyageurs ?
Si aucune mesure n’est prise, voici ce que les professionnels craignent :
- Files d’attente de 4 heures et plus aux postes frontières
- Risque important de rater son vol malgré une arrivée largement en avance
- Stress massif pour les familles avec enfants en bas âge
- Impact sur la santé des personnes âgées ou à mobilité réduite
- Engorgement des zones d’enregistrement et de dépôt bagages
- Retards en cascade sur l’ensemble des vols de la journée
- Perte financière pour les compagnies (indemnisations, réacheminements)
- Image fortement dégradée de nombreuses destinations européennes
Autant de scénarios qui pourraient durablement affecter la confiance des voyageurs envers l’Europe comme destination touristique sûre et fluide.
Un calendrier sous tension
Le déploiement de l’EES suit un calendrier très précis :
- Octobre 2025 : démarrage progressif aux frontières terrestres et maritimes
- Octobre 2025 → mars 2026 : extension aux aéroports
- 10 avril 2026 : objectif 100 % des voyageurs concernés enregistrés via EES
- Juillet-août 2026 : pic touristique historique attendu
Le timing est donc particulièrement serré. Entre le moment où le système sera pleinement opérationnel et le début de la haute saison, il ne reste que trois petits mois pour corriger les dysfonctionnements et adapter les ressources humaines.
Pourquoi ce sujet concerne tout le monde
Même si vous êtes citoyen européen et que vous voyagez uniquement au sein de l’espace Schengen, vous serez indirectement impacté. Des vols annulés ou retardés à cause de l’engorgement des contrôles pour les voyageurs tiers auront des répercussions en chaîne sur l’ensemble du trafic aérien européen.
Les compagnies low-cost, qui pratiquent des rotations très serrées, seront particulièrement vulnérables. Un retard de deux heures sur un vol peut provoquer l’annulation du vol retour le même jour, bloquant des centaines de passagers.
Les destinations très touristiques (îles grecques, Baléares, Costa del Sol, Algarve, Sicile, Croatie…) risquent de voir leur image écornée si les voyageurs racontent massivement leur calvaire à l’arrivée.
Et maintenant ?
La balle est dans le camp de la Commission européenne et des États membres. Vont-ils accepter d’accorder cette flexibilité demandée jusqu’à fin octobre 2026 ? Vont-ils plutôt maintenir le calendrier actuel et miser sur une résolution rapide des problèmes techniques et humains ?
Les prochaines semaines seront décisives. Le secteur aérien a clairement fait savoir qu’il ne s’agissait pas d’une simple posture : sans changement rapide, l’été 2026 pourrait marquer un tournant très négatif pour le tourisme européen.
Pour les voyageurs, le conseil est simple : anticiper, arriver très en avance (au moins 4 heures pour les vols long-courriers, 3 heures pour les vols moyen-courriers), vérifier les informations aéroport par aéroport, et surtout… croiser les doigts pour que les autorités entendent l’alerte lancée par l’ensemble de la profession.
Le dossier EES est loin d’être terminé. Il cristallise à lui seul les tensions entre impératifs de sécurité, modernisation technologique et réalité opérationnelle des infrastructures aéroportuaires européennes. L’été 2026 dira si l’Europe a su trouver le bon équilibre… ou si elle a laissé s’installer un chaos évitable.
À retenir en quelques points
- Nouveau système EES déployé progressivement depuis octobre 2025
- Objectif 100 % des voyageurs tiers enregistrés au 10 avril 2026
- Temps d’attente déjà jusqu’à 2 heures observés
- Prévision : jusqu’à 4 heures et plus cet été sans changement
- Demande de suspension possible jusqu’à fin octobre 2026
- Problèmes principaux : sous-effectif + soucis technologiques
Le secteur aérien a rarement été aussi uni et aussi alarmiste. Reste à savoir si cette mobilisation permettra d’éviter le scénario catastrophe. Les prochains mois seront riches en rebondissements sur ce dossier sensible.
Et vous, comment appréhendez-vous vos voyages cet été ? Avez-vous déjà constaté des files plus longues dans certains aéroports ? N’hésitez pas à partager votre expérience en commentaire.









