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Cinq Mois de Calvaire dans les Geôles Vénézuéliennes

Un professeur de yoga français a passé cinq mois en enfer dans les prisons vénézuéliennes, accusé d’être un espion. Menotté, cagoulé, humilié la nuit par des geôliers qu’il nomme vampires… Son calvaire ne s’arrête pas là.

Imaginez-vous arrêté à l’aube, sans raison apparente, pour être plongé dans un cauchemar qui durera cinq longs mois. Menotté, cagoulé, interrogé sans relâche, exposé à des menaces constantes de torture. C’est l’histoire vécue par un Français de 41 ans, professeur de yoga, qui pensait simplement renouveler son visa en franchissant la frontière colombienne. Ce qu’il a découvert derrière les barreaux vénézuéliens dépasse l’entendement.

Un voyage banal qui vire au cauchemar

Le 26 juin dernier, Camilo Castro se présente à la frontière entre la Colombie et le Venezuela. Installé depuis quelque temps en Colombie, il souhaite simplement effectuer une sortie-entree pour renouveler son visa. Rien ne laisse présager l’horreur qui l’attend. Dès son arrivée, des hommes masqués l’interpellent. Le calvaire commence sans préavis ni explication.

Transféré immédiatement vers Maracaibo, il est conduit dans un lieu souterrain aménagé dans un ancien parking. L’endroit est sinistre : murs humides, odeurs pestilentielles, cafards par centaines courant sur des toilettes dans un état indescriptible. Sur les murs, des traces de sang séché racontent des histoires que personne ne veut entendre. Une table exhibe sans pudeur des instruments de torture : bouteilles d’eau, sacs plastiques, gaz lacrymogènes, insecticides. Le décor est planté.

Premiers interrogatoires et accusations absurdes

Le lendemain, un agent des services de renseignement militaire, la DGCIM, le reçoit. L’homme ne cache pas son scepticisme. Il rejette d’emblée l’idée qu’un simple professeur de yoga puisse s’installer en Colombie pour y vivre paisiblement. Pour lui, Camilo est un espion. « Tu vas passer des années ici », lui lance-t-il froidement. Il affirme disposer de moyens pour le faire parler.

Pour appuyer ses menaces, l’agent utilise de la scopolamine, cette substance tristement célèbre surnommée « souffle du diable ». Camilo est aspergé, perdant une partie de son contrôle sur ses réponses. L’interrogatoire se prolonge, répétitif, oppressant. Puis vient le transfert vers Caracas, toujours par la route, toujours sous haute surveillance.

À Caracas, nouvelle descente aux enfers. Il est enfermé dans un souterrain de la DGCIM, allongé par terre, menotté en permanence, une capuche sur la tête. L’obscurité, l’humidité, l’impossibilité de bouger : tout concourt à briser l’esprit. Pendant cinq jours, il reste dans cet état. Puis, soudain, on lui propose de « voir le soleil ». Ces quelques minutes à l’air libre restent gravées comme l’un des moments les plus précieux de sa vie.

Transfert à la prison Rodeo 1

Après cette brève respiration, Camilo est envoyé à la prison Rodeo 1, située à une quarantaine de kilomètres de la capitale. Contrairement à ce qu’il redoutait, l’endroit ne semble pas contrôlé par des gangs. Un codétenu le rassure immédiatement : « Ici, on est tous comme toi. On a été séquestrés. Personne ne te fera de mal. »

Malgré cette apparente solidarité entre prisonniers politiques et étrangers, le quotidien reste extrêmement difficile. La nourriture est rare et de mauvaise qualité. Les maladies circulent : diarrhées constantes, infections respiratoires, maux de gorge. Les toilettes se limitent à un trou dans le sol. L’eau n’arrive que deux fois par jour. Une odeur omniprésente imprègne les lieux.

On avait toujours des diarrhées, des infections dans la gorge, poumons. On n’avait pas vraiment de toilettes et on avait de l’eau deux fois par jour. Il y avait toujours une odeur qui était là…

À cela s’ajoutent des haut-parleurs diffusant en boucle du folklore vénézuélien à un volume assourdissant. Plusieurs fois par semaine, la propagande officielle occupe l’espace sonore pendant des heures. Le but semble clair : empêcher tout repos véritable, saturer les esprits.

Les nuits de terreur et les « vampires »

Le pire arrive souvent la nuit. Les détenus sont sortis de leurs cellules en file indienne, menottés, cagoulés. Les insultes fusent. Les humiliations se répètent. Interrogatoires, prétendues visites médicales, simulacres de procès : tout se déroule dans l’obscurité. Camilo qualifie ses geôliers de « vampires ». Ils opèrent dans les ténèbres pour casser moral et résistance.

Dans l’un de ces faux procès, un juge à l’allure inquiétante l’accuse de terrorisme. Il le présente comme un agent de la CIA, de la DEA, ou encore comme un collaborateur d’un ancien policier vénézuélien exilé. Les accusations paraissent délirantes, mais elles sont proférées avec le plus grand sérieux.

Les interrogatoires au polygraphe se succèdent. Les mêmes quatre questions reviennent inlassablement pendant des heures. Le but est de provoquer l’épuisement, la confusion, la capitulation psychologique. Camilo tient bon, porté par une espérance tenace et une pratique quotidienne de la méditation.

Les punitions au quatrième étage

Le moindre écart peut valoir une sanction : l’envoi au quatrième étage. Là, les détenus sont menottés, souvent dénudés, obligés de dormir sur le béton nu. Les tortures y sont fréquentes : coups, asphyxies avec gaz lacrymogènes, pulvérisations d’insecticide sous un sac plastique serré autour de la tête. Les rires et les insultes accompagnent ces sévices.

Une autre punition consiste en une intubation forcée sous prétexte d’alimentation. Des tubes sont introduits dans la bouche, le nez, parfois l’anus. Des soldats et même des directeurs de prison participent, manifestant une certaine jouissance dans ces actes de violence.

C’est vraiment des vampires ! C’est fait pour nous casser… on ne peut jamais vraiment se reposer. On perd toute notion de liberté, responsabilité, d’autonomie… on est déshumanisé.

Ces mots résument l’horreur vécue. Camilo a failli se révolter pour obtenir des livres offerts par le consulat. Un codétenu ayant déjà purgé plus de vingt ans l’en a dissuadé : « Ils vont te détruire en cinq minutes. Sois intelligent. » Il a écouté ce conseil.

Libération et après

En novembre, Camilo est enfin libéré. De retour en région parisienne, il confie que ses émotions restent instables. « Aujourd’hui ça va, mais demain, ça ne va pas. Peut-être que dans 30 secondes, je suis en train de pleurer. » Il s’accroche grâce à la méditation, à l’amour de ses proches, et à une forme de compassion envers le peuple vénézuélien.

Il a décidé de témoigner pour alerter sur le sort des centaines de Vénézuéliens encore détenus. Il souhaite être reconnu comme victime en France. Paradoxalement, il exprime le désir de retourner un jour au Venezuela, pays auquel il se sent désormais lié malgré les mauvais souvenirs.

Ce témoignage arrive dans un contexte international tendu. Des enquêtes internationales documentent des détentions arbitraires, des tortures, des disparitions forcées. Les accusations sont constamment démenties par les autorités vénézuéliennes. Pourtant, des récits comme celui de Camilo Castro continuent d’émerger, apportant un éclairage cru sur la réalité carcérale.

Un calvaire partagé par des centaines

Camilo n’est pas un cas isolé. Des dizaines d’étrangers et des centaines de Vénézuéliens croupissent dans des conditions similaires. Les prisons accueillent des opposants politiques, des journalistes, des militants, mais aussi des personnes arrêtées sans motif clair. Le système semble conçu pour intimider, briser, faire taire.

Les nuits sans sommeil, les humiliations répétées, les menaces permanentes, les punitions collectives : tous ces éléments visent à détruire la dignité humaine. Camilo parle d’un « monde de l’absurde » où la propagande se mêle à la violence physique pour créer un univers totalitaire au sein même des murs carcéraux.

La solidarité entre détenus constitue parfois un maigre réconfort. Dans des lieux comme Rodeo 1, les prisonniers politiques et les étrangers se soutiennent mutuellement. Ils partagent le peu de nourriture, les informations, les encouragements. Cette fraternité dans la souffrance permet de tenir face à l’adversité.

La force de la méditation et de l’espérance

Camilo attribue sa survie psychologique à plusieurs piliers : la méditation quotidienne, l’amour de ses amis et de sa famille, et une profonde espérance. Même dans les pires moments, il a cultivé la compassion envers ses geôliers et envers un peuple qu’il perçoit comme victime d’un système oppressif.

Son témoignage n’est pas seulement un cri de douleur. Il veut alerter l’opinion publique, pousser à une prise de conscience collective. En parlant ouvertement, il espère contribuer à la libération des autres détenus arbitrairement emprisonnés. Son courage force le respect.

Ce récit rappelle que derrière chaque statistique sur les détentions arbitraires se cache un être humain avec son histoire, ses peurs, ses espoirs. Camilo Castro est revenu changé. Il porte désormais en lui les traces indélébiles de ces cinq mois. Mais il refuse de se laisser définir par la haine ou le ressentiment.

Il choisit de parler d’amour, d’espérance, de compassion. Des mots qui, dans un tel contexte, prennent une puissance particulière. Son histoire n’est pas terminée. Elle continue à travers ce témoignage, qui pourrait peut-être changer quelque chose pour ceux qui restent derrière les barreaux.

Le calvaire de Camilo Castro nous confronte à une réalité brutale. Il nous oblige à regarder en face ce que signifient réellement les mots « détention arbitraire » et « torture ». Et surtout, il nous rappelle qu’un homme, même brisé par cinq mois d’enfer, peut choisir de transformer sa souffrance en un appel à la justice et à l’humanité.

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