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Tarique Rahman : Vers un Bangladesh Renouvelé ?

À deux jours des élections au Bangladesh, Tarique Rahman se voit déjà Premier ministre mais avoue une tâche "énorme" dans un pays qu'il juge détruit. Quelles sont ses priorités pour redresser l'économie et la sécurité ? La réponse pourrait changer le destin de la nation...
Le Bangladesh se trouve à un tournant historique de son histoire politique. À la veille d’élections législatives cruciales, un homme émerge comme favori pour diriger le pays : Tarique Rahman, leader du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP). De retour d’un long exil, il se prépare à relever des défis colossaux dans une nation encore marquée par les bouleversements de 2024.

Tarique Rahman face à un pays en reconstruction

Le Bangladesh s’apprête à tourner une page décisive. Après la chute brutale du régime précédent à l’été 2024, suite à une contestation populaire intense, le pays cherche un nouveau souffle. Les élections prévues pour jeudi marquent le premier scrutin majeur depuis ces événements tragiques. Tarique Rahman, à la tête du BNP, se positionne en tête des sondages et des attentes populaires.

Âgé de 60 ans, cet héritier d’une dynastie politique emblématique exprime une détermination calme mais ferme. Dans une récente déclaration, il décrit sans détour l’état actuel du pays : une économie fragilisée, un système de santé en ruines, un secteur énergétique dévasté. Selon lui, les grands projets d’infrastructures, autrefois présentés comme des succès, masquaient en réalité une corruption massive qui a profité à une poignée d’individus au détriment de la majorité.

Il insiste sur le fait que le pays a été littéralement pillé sous l’ancien pouvoir. Cette analyse rejoint le constat dressé par le gouvernement provisoire mis en place après les événements de 2024, qui qualifiait déjà la nation de « cassée ».

Un parcours marqué par l’exil et le retour

Tarique Rahman n’est pas un novice en politique. Fils de Ziaur Rahman, figure clé de l’indépendance, et de Khaleda Zia, qui a exercé trois mandats de Première ministre, il porte un lourd héritage familial. Pourtant, il tient à se démarquer : « Eux sont eux, je suis moi », affirme-t-il avec conviction. Il promet de surpasser les réalisations de ses prédécesseurs.

Son retour au pays n’est pas anodin. Il y a à peine deux mois, après le décès de sa mère en décembre à l’âge de 80 ans, il a repris les rênes du BNP. Dix-sept années passées à Londres en exil l’ont tenu éloigné de la scène politique bangladaise. Ce retour coïncide avec un moment de vide laissé par l’interdiction du parti adverse, créant un espace inédit pour son mouvement.

Confident, il rejette toute idée de coalition post-électorale. Il prévoit que son parti obtiendra suffisamment de sièges pour gouverner seul, sans dépendre d’alliances fragiles. Cette assurance repose sur une mobilisation populaire qu’il perçoit comme massive et déterminée au changement.

Les priorités annoncées pour un redressement national

Si les urnes lui sont favorables, la première urgence sera de rétablir la sécurité. Le pays reste secoué par des tensions persistantes depuis 2024. Rétablir l’ordre public apparaît comme la base indispensable à toute reconstruction.

Sur le plan économique, les défis sont immenses. L’inflation galopante, la hausse du chômage et la chute des investissements plombent le quotidien des Bangladais. Le secteur textile, pilier de l’économie nationale et deuxième exportateur mondial, souffre particulièrement de la crise actuelle.

Tarique Rahman met l’accent sur la création d’emplois pour les jeunes. « Le nombre de chômeurs est important. Il faut créer des entreprises pour que les jeunes puissent accéder à l’emploi », explique-t-il. Cette priorité vise à canaliser l’énergie d’une jeunesse qui a joué un rôle décisif dans les événements de 2024.

La tâche est énorme.

Tarique Rahman

Cette reconnaissance lucide des obstacles ne l’empêche pas d’afficher une ambition claire : redresser un pays qu’il juge « détruit » par la corruption et la mauvaise gestion antérieure.

Économie ravagée : un diagnostic sans concession

L’ancien régime avait été salué internationalement pour la croissance économique impressionnante du Bangladesh. Le PIB par habitant avait quadruplé sous ses mandats successifs. Des avancées indéniables en termes d’infrastructures et de développement avaient été réalisées.

Mais Tarique Rahman pointe du doigt l’envers du décor. Les méga-projets, souvent mis en avant comme des victoires, auraient servi de façade à une corruption endémique. Quelques privilégiés se seraient enrichis considérablement, tandis que la population dans son ensemble en subissait les conséquences négatives.

Le système de santé, l’énergie, l’économie globale : tous ces secteurs auraient été systématiquement affaiblis. Ce bilan sombre motive son engagement pour une refonte profonde, axée sur la transparence et l’efficacité.

Il évoque également la nécessité de relancer les investissements étrangers, freinés par l’instabilité récente. Restaurer la confiance des partenaires internationaux devient une priorité stratégique.

Diplomatie prudente et relations régionales

Les relations avec l’Inde voisine ont connu des tensions récentes. Tarique Rahman adopte une position mesurée. Il place les intérêts de son peuple et de son pays au premier plan, tout en plaidant pour des « liens de bon voisinage ».

Cette approche pragmatique vise à apaiser les craintes d’une rupture brutale avec un partenaire clé. Le Bangladesh dépend en partie de l’Inde pour le commerce, l’énergie et les questions migratoires.

Concernant l’interdiction du parti de l’ex-Première ministre, il exprime un principe clair. Il s’y était opposé par conviction démocratique. Cependant, il ajoute immédiatement que quiconque impliqué dans des crimes doit répondre de ses actes devant la justice.

Un héritage familial revisité

Dans son bureau à Dacca, entouré de portraits de son grand-père, père de l’indépendance, et de sa mère, trois fois cheffe du gouvernement, Tarique Rahman incarne la continuité dynastique. Pourtant, il refuse d’être réduit à ce seul rôle.

Sa voix douce contraste avec la fermeté de ses propos. Il parle d’un mandat clair du peuple, d’une gouvernance autonome, sans compromissions inutiles. Cette posture renforce son image de leader prêt à assumer pleinement les responsabilités.

Le BNP fait figure de favori face à une coalition emmenée par des forces islamistes. L’absence du principal parti adverse laisse un champ largement ouvert. Les Bangladais espèrent un renouveau après des années de polarisation extrême.

Les attentes des citoyens face à ces élections

La population aspire à la stabilité, à la justice et à la prospérité. Les jeunes, acteurs majeurs des changements de 2024, veulent voir leurs sacrifices récompensés par des réformes concrètes.

Les défis économiques immédiats – chômage, inflation, accès aux services de base – dominent les préoccupations quotidiennes. Un gouvernement capable de relancer la machine productive et de créer des opportunités sera jugé sévèrement sur ses premiers mois.

La sécurité reste une exigence prioritaire. Les tensions persistantes depuis 2024 ont créé un climat d’incertitude que beaucoup souhaitent voir dissipé rapidement.

Vers un avenir incertain mais porteur d’espoir

Le Bangladesh se tient à la croisée des chemins. Ces élections pourraient marquer le début d’une ère nouvelle, loin des pratiques autoritaires du passé. Tarique Rahman, conscient de l’ampleur de la tâche, se présente comme l’homme de la situation.

Son discours mêle réalisme et optimisme. Il reconnaît la destruction accumulée, mais promet de reconstruire sur des bases plus solides. La priorité donnée à la sécurité, à l’emploi des jeunes et à la lutte anticorruption résonne avec les attentes populaires.

Quelle que soit l’issue du scrutin, le pays aura besoin d’unité et de réformes profondes. Les Bangladais méritent un avenir où la croissance profite à tous, pas seulement à une élite restreinte.

En attendant les résultats, l’attention se porte sur ce leader revenu d’exil pour relever un défi monumental. Son succès ou son échec influencera durablement la trajectoire du Bangladesh.

Les prochains jours révéleront si le peuple accorde sa confiance à cette vision d’un renouveau national. Une chose est sûre : l’enjeu dépasse largement la simple alternance politique. Il s’agit de reconstruire un pays sur des fondations plus justes et durables.

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