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Israël : Exil de Deux Palestiniens Condamnés pour Terrorisme

Le Premier ministre israélien vient de signer un ordre d’exil contre deux Palestiniens condamnés pour des attaques contre des civils. Une mesure inédite qui ouvre la voie à de nombreuses autres expulsions. Mais qui sont ces hommes et que prévoit vraiment cette loi ?

Imaginez un instant : un homme qui a passé plus de deux décennies derrière les barreaux sort enfin libre… pour être immédiatement placé dans un véhicule direction l’exil. Cette scène, qui pourrait sembler tirée d’un film, est devenue réalité en Israël en ce début d’année 2026. Le Premier ministre a personnellement signé un ordre qui oblige deux Palestiniens condamnés pour terrorisme à quitter le territoire sous contrôle israélien. Une décision lourde de conséquences et qui marque une étape importante dans l’application d’une législation très controversée.

Une première historique sous la nouvelle loi de 2023

Pour la toute première fois, Israël met en œuvre une mesure d’exil fondée sur une loi adoptée par la coalition au pouvoir en 2023. Ce texte permet aux autorités de retirer la nationalité israélienne ou le droit de résidence à des personnes condamnées pour des actes qualifiés de terrorisme, lorsque ces individus ont perçu des fonds de l’Autorité palestinienne en lien avec leurs condamnations.

Le chef du gouvernement a tenu à rendre publique cette signature matinale via un communiqué officiel dans lequel il explique avoir révoqué la citoyenneté et prononcé l’expulsion de deux individus ayant commis des attaques graves contre des civils israéliens. Il a ajouté que cette mesure n’était que le début d’une série bien plus large.

Les deux hommes au cœur de la décision

Les médias israéliens ont rapidement dévoilé l’identité des deux personnes concernées : Mohammad Hammad Al-Salhi et Mohammad Halasah. Tous deux originaires de Jérusalem-Est, ce quartier de la ville sainte annexé par Israël depuis 1967 et dont le statut international reste très contesté.

Le premier, Mohammad Hammad Al-Salhi, avait été libéré en 2024 après avoir purgé une peine de 23 années de prison. Il possédait jusqu’à récemment la nationalité israélienne. Le second, Mohammad Halasah, détenait quant à lui une carte de résident permanent de Jérusalem-Est, document qui permet de vivre et travailler dans la ville mais ne confère pas la citoyenneté.

Selon des proches, Mohammad Halasah avait été condamné alors qu’il était encore mineur à une lourde peine de 18 années d’emprisonnement. Il aurait déjà effectué environ la moitié de cette sanction. Des sources concordantes affirment également qu’il avait obtenu la nationalité israélienne par le passé, mais que celle-ci lui aurait été retirée il y a environ un an et demi.

Des calendriers d’expulsion différents

L’application de la mesure ne se fera pas au même rythme pour les deux hommes. Pour Mohammad Hammad Al-Salhi, qui a déjà terminé sa peine, l’expulsion pourrait intervenir dans les prochains jours ou semaines. En revanche, pour Mohammad Halasah, toujours incarcéré, la mesure d’exil ne serait effective qu’à l’issue de sa condamnation.

Cette distinction temporelle montre que l’État israélien distingue clairement les situations selon que la personne est libre ou toujours détenue, même si le fond de la décision reste identique : priver ces individus du droit de vivre sur le territoire sous contrôle israélien.

Le rôle controversé des allocations de l’Autorité palestinienne

Au cœur de la justification israélienne se trouve le système d’allocations versées par l’Autorité palestinienne aux familles de personnes emprisonnées pour des actes violents contre Israël. Ce mécanisme, qualifié de « rémunération du terrorisme » par les autorités israéliennes, est régulièrement dénoncé comme une incitation indirecte à la violence.

Début 2025, l’Autorité palestinienne avait pourtant annoncé l’abrogation officielle de ce dispositif. Malgré cette déclaration, le gouvernement israélien maintient que des formes déguisées ou indirectes de soutien financier persistent, ce qui justifierait selon lui le maintien et l’application de la loi de 2023.

« Beaucoup d’autres expulsions suivront. »

Déclaration officielle du Premier ministre israélien

Cette phrase prononcée dans le communiqué laisse peu de place au doute : les autorités comptent généraliser cette mesure dans les mois et années à venir dès lors que les critères de la loi sont remplis.

Une loi qui divise profondément

Lors de son adoption, la législation avait suscité une levée de boucliers chez plusieurs organisations de défense des droits humains. L’une d’entre elles, spécialisée dans la défense des droits de la minorité arabe en Israël, avait qualifié le texte de mesure visant exclusivement les Palestiniens et renforçant selon elle « la division raciale et la suprématie juive ».

Les critiques portent notamment sur le caractère discriminatoire présumé de la loi : elle ne s’applique, en l’état actuel des choses, qu’à des Palestiniens condamnés pour des actes anti-israéliens, et non à d’autres catégories de condamnés.

Où seront envoyées les personnes exilées ?

La loi précise que les individus concernés seront déportés vers la Cisjordanie ou vers la bande de Gaza. Deux destinations qui, dans le contexte actuel, posent immédiatement de nombreuses questions pratiques, sécuritaires et humanitaires.

La Cisjordanie est sous contrôle partiel de l’Autorité palestinienne, mais de vastes zones restent sous administration militaire israélienne. Quant à Gaza, le territoire est dirigé par le Hamas depuis 2007 et fait l’objet d’un blocus israélien et égyptien. L’arrivée forcée de personnes exilées dans l’un ou l’autre de ces territoires soulève donc de très nombreuses interrogations.

Le statut particulier de Jérusalem-Est

Les deux hommes concernés viennent de Jérusalem-Est, territoire annexé par Israël en 1967 puis réuni administrativement à la partie ouest de la ville. Cette annexion n’a jamais été reconnue par la grande majorité de la communauté internationale.

Les Palestiniens de ce secteur se voient proposer, depuis des décennies, la possibilité d’acquérir la nationalité israélienne. Seule une minorité accepte cette démarche, la plupart préférant conserver leur statut de résidents permanents tout en restant liés à l’identité palestinienne.

Cette politique d’exil pose donc la question du devenir des droits acquis par ces résidents de longue date et remet sur le devant de la scène le débat jamais clos autour du statut de Jérusalem.

Un précédent aux implications multiples

En appliquant cette mesure pour la première fois, Israël ouvre une nouvelle page de sa politique sécuritaire et judiciaire. Si les autorités maintiennent leur engagement de multiplier les expulsions, plusieurs centaines de personnes pourraient potentiellement être concernées dans les prochaines années.

Cela soulève des questions sur les conditions d’application, les recours possibles, les conséquences familiales et sociales, ainsi que les réactions attendues de la part des Palestiniens, des pays arabes et de la communauté internationale.

Contexte sécuritaire et politique tendu

Cette décision intervient dans un climat de très forte tension entre Israéliens et Palestiniens. Les attaques à l’arme blanche et par arme à feu restent une menace réelle pour la population civile israélienne, tandis que les opérations militaires israéliennes en Cisjordanie et à Gaza provoquent régulièrement des victimes palestiniennes.

Dans ce cycle de violence difficile à briser, chaque mesure sécuritaire israélienne est scrutée avec la plus grande attention, tout comme chaque acte violent commis contre des civils israéliens.

Regards croisés sur la mesure

Pour les partisans de la ligne dure en Israël, cette loi et son application représentent un outil indispensable pour dissuader de futures attaques et sanctionner ceux qui les commettent. Ils considèrent que percevoir de l’argent de l’Autorité palestinienne après une condamnation pour terrorisme constitue une double peine méritée pour les victimes et leurs familles.

À l’inverse, les opposants estiment qu’une telle mesure collective et ciblant presque exclusivement une population spécifique renforce le sentiment d’injustice chez les Palestiniens et risque d’alimenter davantage la rancœur et la radicalisation.

Que dit le droit international ?

La question de la légalité internationale d’une telle politique fait débat. Certains juristes estiment que retirer la nationalité ou le droit de résidence de manière rétroactive et pour des motifs sécuritaires peut contrevenir à plusieurs principes fondamentaux du droit international, notamment l’interdiction des déportations collectives et la protection contre l’apatridie.

D’autres spécialistes du droit israélien soutiennent au contraire que l’État dispose d’une large marge de manœuvre en matière de sécurité nationale et que la loi respecte les standards juridiques internes.

Impact sur les familles et les communautés

Au-delà des considérations juridiques et politiques, ce sont avant tout des familles qui se retrouvent bouleversées. Épouses, enfants, parents, frères et sœurs voient soudain un proche condamné à quitter définitivement le lieu où il est né, où il a grandi et où vit encore souvent une grande partie de sa famille.

Dans le cas particulier de Jérusalem-Est, où de nombreuses familles possèdent des membres à la fois en Cisjordanie et à l’intérieur des lignes vertes de 1967, ces expulsions risquent de créer des drames humains supplémentaires dans un contexte déjà très difficile.

Vers une généralisation de la mesure ?

La déclaration selon laquelle « beaucoup d’autres suivront » laisse présager une application plus systématique de cette loi. Les services de sécurité israéliens disposent déjà de listes de personnes condamnées pour terrorisme ayant perçu des fonds palestiniens. La machine administrative semble donc prête à traiter un volume important de dossiers.

Reste à savoir si les recours judiciaires, les pressions internationales ou les évolutions politiques internes viendront freiner ou au contraire accélérer ce mouvement.

Conclusion ouverte sur un dossier brûlant

Cette première application concrète de la loi sur l’exil des condamnés pour terrorisme marque un tournant. Elle cristallise les divergences profondes qui traversent la société israélienne, mais aussi les relations israélo-palestiniennes dans leur ensemble.

Entre impératif sécuritaire revendiqué par un côté et crainte d’une politique discriminatoire dénoncée par l’autre, le débat ne fait que commencer. Et les prochains mois diront si cette mesure restera exceptionnelle ou deviendra un outil courant de la lutte contre le terrorisme en Israël.

Une chose est sûre : en signant cet ordre d’exil, le gouvernement actuel a envoyé un message clair. À qui s’adresse-t-il vraiment ? Aux auteurs d’attaques potentielles, à la population palestinienne dans son ensemble, à la communauté internationale ? Les réponses se dessineront au fil des prochaines décisions et des réactions qu’elles provoqueront.

« La sécurité des citoyens israéliens demeure la priorité absolue, mais à quel prix pour les équilibres déjà fragiles de la région ? »

Ce qui est certain, c’est que l’histoire de ces deux hommes, Mohammad Hammad Al-Salhi et Mohammad Halasah, est désormais intimement liée à l’évolution de la législation israélienne et aux soubresauts du conflit israélo-palestinien. Leur sort continuera d’être suivi avec attention dans les semaines et mois à venir.

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