Imaginez une zone frontalière où des soldats en casques bleus patrouillent depuis près de cinquante ans, servant de tampon entre deux pays en conflit permanent. Aujourd’hui, cette présence historique touche à sa fin. L’Organisation des Nations Unies a annoncé son intention de retirer progressivement la majorité de ses forces déployées au Liban, un départ programmé pour la mi-2027 qui soulève de nombreuses interrogations sur la stabilité future de la région.
Un retrait historique aux conséquences incertaines
La Force intérimaire des Nations Unies au Liban, plus connue sous l’acronyme FINUL, a accompagné les soubresauts du Proche-Orient depuis mars 1978. Créée dans l’urgence après l’invasion israélienne du sud-Liban, elle avait pour mission principale de confirmer le retrait israélien et de rétablir la paix dans la zone. Près de cinq décennies plus tard, le décor a radicalement changé, mais la tension reste palpable.
Le mandat actuel de la FINUL arrive à échéance le 31 décembre 2026. Une résolution adoptée en août dernier, fortement influencée par les positions des États-Unis et d’Israël, a fixé les contours de ce retrait. Les autorités onusiennes ont désormais un calendrier clair : démarrage du rapatriement du personnel et du matériel dès le 1er janvier 2027, pour aboutir à une réduction drastique des effectifs militaires d’ici mi-2027.
Les étapes concrètes du désengagement
Le processus ne sera pas instantané. Après la fin officielle du mandat, la FINUL entamera un rapatriement organisé du personnel et des équipements. Les positions occupées seront progressivement transférées aux autorités libanaises. Une fois cette phase terminée, l’organisation onusienne maintiendra une présence très réduite, essentiellement destinée à protéger son personnel restant, ses biens et à superviser le départ définitif des derniers membres.
Ce calendrier serré s’explique en partie par des contraintes budgétaires internes à l’ONU. La crise financière que traverse l’organisation internationale a déjà contraint la FINUL à réduire ses effectifs de près de 2 000 Casques bleus ces derniers mois. Environ 200 autres soldats doivent encore quitter le terrain en mai prochain. Actuellement, la force compte environ 7 500 militaires provenant de 48 pays contributeurs.
« La FINUL prévoit de réduire et de retirer tout son personnel militaire d’ici la mi-2027. »
Porte-parole de l’ONU
Cette citation illustre parfaitement la détermination affichée par les Nations Unies. Le message est clair : le temps des grandes missions de maintien de la paix sur ce secteur est révolu.
Un contexte sécuritaire toujours explosif
Le retrait intervient dans un climat particulièrement tendu. Un cessez-le-feu négocié en novembre 2024 a mis fin à plusieurs mois d’affrontements intenses entre Israël et le mouvement pro-iranien dominant au Liban. Depuis cette date, l’armée libanaise déploie des efforts importants pour reprendre le contrôle de la zone sud et procéder au désarmement progressif des groupes armés non étatiques.
Malgré la trêve, la situation reste volatile. Des incidents opposant les forces israéliennes à différents acteurs locaux se produisent régulièrement. La FINUL elle-même a signalé à plusieurs reprises des tirs visant directement ses positions ou ses patrouilles. Ces violations répétées du cessez-le-feu interrogent sur la capacité des parties à respecter durablement les termes de l’accord.
Les Casques bleus opèrent actuellement en coordination étroite avec l’armée libanaise. Cette coopération a permis de maintenir un semblant de stabilité relative le long de la ligne bleue, cette démarcation matérialisant la frontière reconnue internationalement. Mais avec le départ annoncé des forces onusiennes, beaucoup craignent un vide sécuritaire difficile à combler.
Les demandes pressantes des autorités libanaises
Face à ce retrait programmé, le gouvernement libanais multiplie les appels à maintenir une forme de présence internationale. Les responsables insistent sur la nécessité d’une continuité, même sous une forme allégée, pour éviter toute déstabilisation supplémentaire dans une région déjà fragilisée.
Le Premier ministre libanais a été particulièrement clair sur ce point. Il a déclaré que le pays aurait besoin d’une présence internationale, de préférence sous égide onusienne, pour accompagner la transition et renforcer la confiance entre les différentes parties prenantes.
« Le Liban aura besoin d’une présence internationale, de préférence onusienne. »
Premier ministre libanais
Ces déclarations traduisent une réelle inquiétude. Sans filet de sécurité international, la zone sud risque de redevenir un théâtre d’affrontements sporadiques, voire d’escalade incontrôlée.
Les réponses européennes et la position française
Certains pays contributeurs historiques semblent prêts à répondre favorablement à ces demandes. L’Italie, par exemple, a déjà fait savoir qu’elle maintiendrait une présence militaire au Liban après la disparition officielle de la FINUL. Cette annonce est perçue comme un signal fort de continuité.
De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, en visite récente à Beyrouth, a insisté sur le rôle central que devra jouer l’armée libanaise après le départ des Casques bleus. Selon lui, c’est aux forces armées nationales de prendre pleinement le relais et d’assurer la souveraineté sur l’ensemble du territoire.
Cette position reflète une vision partagée par plusieurs capitales occidentales : privilégier le renforcement des institutions étatiques libanaises plutôt que le maintien indéfini d’une force extérieure. Reste à savoir si l’armée libanaise dispose aujourd’hui des moyens et de la capacité opérationnelle nécessaires pour relever ce défi colossal.
Les implications régionales à long terme
Le retrait de la FINUL ne concerne pas uniquement le Liban et Israël. Il s’inscrit dans une dynamique régionale plus large où les équilibres de pouvoir évoluent rapidement. La diminution de la présence onusienne pourrait modifier la perception de la sécurité le long de la frontière et influencer les calculs stratégiques de tous les acteurs impliqués.
Pour Israël, ce départ représente potentiellement une opportunité de renforcer son contrôle sur la zone tampon et de limiter les menaces perçues. Pour les autorités libanaises, il constitue un test majeur de leur capacité à rétablir l’autorité de l’État sur l’ensemble de leur territoire. Quant aux groupes armés non étatiques, ils pourraient interpréter ce retrait comme une fenêtre d’opportunité ou, au contraire, comme une menace supplémentaire pesant sur leur survie.
La communauté internationale suit donc avec la plus grande attention l’évolution de la situation. Le succès ou l’échec de cette transition pourrait avoir des répercussions bien au-delà des collines du sud-Liban.
Un défi budgétaire qui accélère le mouvement
Il serait inexact de réduire ce retrait à une simple décision géopolitique. La crise financière qui frappe l’ONU joue un rôle déterminant dans l’accélération du calendrier. Les contributions volontaires peinent à suivre le rythme des besoins opérationnels, obligeant l’organisation à procéder à des coupes drastiques dans plusieurs missions de maintien de la paix à travers le monde.
La FINUL n’échappe pas à cette contrainte. Les réductions d’effectifs déjà opérées ces derniers mois ont été présentées comme une conséquence directe de cette situation financière difficile, sans lien direct avec l’expiration du mandat. Cette précision est importante : elle montre que le désengagement était en marche bien avant la décision formelle de retrait.
Cette réalité budgétaire pose une question plus large : jusqu’où l’ONU peut-elle continuer à déployer des forces importantes dans des zones de haute tension lorsque les ressources financières se raréfient ? Le cas libanais pourrait servir de précédent pour d’autres missions.
Vers une nouvelle architecture de sécurité ?
Le retrait progressif de la FINUL oblige à repenser les mécanismes de stabilisation de la frontière israélo-libanaise. Plusieurs scénarios sont envisageables : renforcement massif de l’armée libanaise avec soutien international, déploiement d’observateurs civils onusiens, présence bilatérale ou multilatérale de pays européens, ou encore mécanismes de vérification renforcés sans troupes au sol.
Quelle que soit la formule retenue, une chose est sûre : la période 2027-2028 constituera un moment charnière pour la sécurité régionale. La capacité des autorités libanaises à s’affirmer comme acteur principal, couplée à la volonté des parties de respecter les termes du cessez-le-feu, déterminera si cette transition se fait dans la stabilité ou dans le chaos.
Les prochains mois seront donc décisifs. Chaque incident, chaque déclaration, chaque geste diplomatique comptera double dans cette phase sensible. Le monde observe, retient son souffle, et espère que la sagesse l’emportera sur la confrontation.
Le retrait annoncé de la FINUL marque la fin d’une époque. Reste à écrire les chapitres suivants d’une histoire qui, malheureusement, reste encore trop souvent écrite avec des armes plutôt qu’avec des mots.
« La paix durable ne se construit pas seulement par la présence de Casques bleus, mais par la volonté politique de toutes les parties à respecter leurs engagements. »
En attendant, le sud-Liban continue de vivre au rythme des patrouilles, des négociations et des espoirs fragiles. L’avenir dira si ce retrait marque le début d’une ère nouvelle ou le retour à d’anciens démons.









