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Australie vs Roblox : Alerte Sécuritaire Enfants

L'Australie hausse le ton face à Roblox et envisage des mesures très fermes. Des enfants de 4-5 ans exposés à des images violentes et à des risques de prédateurs sexuels. Quelles actions concrètes la ministre demande-t-elle vraiment ?

Imaginez un enfant de cinq ans, seul devant son écran, plongé dans un monde coloré et apparemment innocent où il peut construire, jouer et discuter avec des milliers d’autres joueurs. Maintenant, imaginez que dans cet univers virtuel, des images d’une violence extrême surgissent sans prévenir, ou pire, qu’un adulte mal intentionné parvienne à entrer en contact avec lui. Cette scène, loin d’être une fiction dystopique, préoccupe aujourd’hui au plus haut niveau les autorités australiennes.

La plateforme Roblox, qui rassemble chaque jour près de 150 millions de personnes à travers le monde, se retrouve au cœur d’une nouvelle polémique majeure. En cause : des failles persistantes dans la protection des plus jeunes utilisateurs face aux contenus choquants et aux comportements prédateurs.

L’Australie tire la sonnette d’alarme

La ministre australienne des Communications n’a pas mâché ses mots. Elle a publiquement exprimé son dégoût face à la situation actuelle sur Roblox. Selon ses déclarations, des enfants âgés de quatre ou cinq ans peuvent être exposés à des scènes d’une violence gratuite choquante. Ce constat a conduit à une prise de position ferme et rapide.

Une lettre officielle a été adressée directement à la direction de l’entreprise américaine. L’objectif affiché est clair : organiser dans les plus brefs délais une rencontre de haut niveau pour discuter des mesures de protection insuffisantes selon Canberra.

Parallèlement, la ministre a saisi l’autorité nationale de régulation d’internet afin qu’elle étudie sans tarder la possibilité de prendre des mesures contraignantes contre Roblox si la situation ne s’améliore pas rapidement.

Un constat partagé par de nombreux parents

Le sentiment d’impuissance que ressentent de nombreux parents face aux écrans n’est pas nouveau. Mais lorsque la ministre elle-même parle d’écœurement, cela donne une dimension politique et sociétale au problème. Beaucoup de familles découvrent avec effroi que des jeux apparemment anodins peuvent devenir le théâtre de situations extrêmement préoccupantes.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024, près de 40 % des utilisateurs actifs de Roblox avaient moins de 13 ans. Cela représente des dizaines de millions d’enfants et de pré-adolescents qui évoluent quotidiennement dans cet écosystème créé par les utilisateurs eux-mêmes.

Roblox : une plateforme qui repose sur la créativité des joueurs

Le concept de Roblox est séduisant sur le papier. Les enfants et adolescents peuvent non seulement jouer, mais aussi inventer leurs propres expériences interactives grâce à un moteur de création accessible. Des millions de jeux différents voient le jour chaque année, allant de simulations réalistes à des aventures fantastiques complètement délirantes.

Cette liberté créative constitue à la fois la force principale et la faiblesse structurelle de la plateforme. Puisque n’importe qui peut publier un jeu, le contrôle a priori des contenus devient extrêmement compliqué à mettre en œuvre efficacement.

Des critiques récurrentes depuis plusieurs années

Roblox n’en est pas à son premier scandale. Depuis plusieurs années, des associations de protection de l’enfance, des médias et des régulateurs internationaux pointent régulièrement du doigt les lacunes en matière de modération. Les signalements concernent principalement deux types de contenus problématiques :

  • Des jeux ou des expériences contenant des scènes de violence explicite ou gratuite
  • Des espaces où des adultes mal intentionnés parviennent à entrer en contact avec des mineurs

Ces deux dimensions alimentent un cercle vicieux : plus la plateforme attire d’enfants, plus elle devient attractive pour des individus aux intentions malveillantes.

Des pays déjà passés à l’action

L’Australie n’est pas le premier pays à s’alarmer. Plusieurs États ont déjà franchi le pas de l’interdiction totale ou partielle :

  1. Le Qatar
  2. L’Irak
  3. La Turquie
  4. L’Égypte (décision prise très récemment)

Dans ces pays, la justification invoquée est systématiquement la même : insuffisance des garanties de sécurité pour les enfants et les adolescents.

Des procédures judiciaires en cours aux États-Unis

Outre les interdictions nationales, Roblox fait également face à des actions en justice dans certains États américains. Le Texas et la Louisiane ont engagé des poursuites contre l’entreprise, reprochant notamment un manquement à ses obligations de protection des mineurs.

Ces procédures pourraient avoir des conséquences financières importantes et obliger la société à revoir en profondeur ses mécanismes de modération et de vérification d’âge.

L’Europe également préoccupée

Fin janvier, les Pays-Bas ont annoncé l’ouverture d’une enquête officielle visant à évaluer précisément les risques encourus par les mineurs sur Roblox. Cette démarche s’inscrit dans une logique plus large de renforcement de la protection des données et de la sécurité des enfants sur les plateformes numériques.

L’Union européenne, avec le Digital Services Act et le Digital Markets Act, dispose désormais d’outils juridiques puissants pour contraindre les grandes plateformes à améliorer significativement leurs pratiques.

La réponse de Roblox face à la pression

Contactée par la presse, l’entreprise californienne a tenu à rappeler qu’elle disposait déjà de « politiques et de processus de sécurité robustes » qui iraient, selon elle, au-delà de ceux de nombreuses autres plateformes.

Elle s’est dite ravie de l’opportunité d’expliquer à la ministre australienne l’ensemble des mesures déjà mises en place pour protéger sa communauté.

Nous nous réjouissons de l’opportunité d’informer la ministre des mesures que nous prenons pour assurer la sécurité de notre communauté.

Une phrase qui sonne comme une volonté d’apaisement, mais qui reste assez générale pour le moment.

La reconnaissance faciale comme solution miracle ?

Fin 2025, Roblox a commencé à déployer une fonctionnalité importante : la vérification d’âge par reconnaissance faciale. Ce dispositif concerne uniquement les fonctionnalités de chat vocal et textuel entre joueurs.

L’idée est simple : empêcher les adultes de se faire passer pour des enfants dans les espaces de discussion. Si la technologie fonctionne correctement, elle pourrait effectivement réduire certains risques majeurs.

Cependant, plusieurs questions demeurent en suspens :

  • Quelle est la précision réelle de ce système ?
  • Que deviennent les données biométriques collectées ?
  • Le déploiement est-il suffisamment rapide et étendu ?
  • Les enfants peuvent-ils contourner le dispositif ?

Une exemption controversée en Australie

L’Australie a récemment adopté une loi très stricte interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Plusieurs plateformes très connues sont concernées par cette mesure.

Pourtant, Roblox figure parmi les exceptions, aux côtés de Discord, WhatsApp ou Lego Play. Ce traitement différencié s’explique par la nature « ludique » et « créative » de la plateforme, mais il est aujourd’hui de plus en plus contesté au vu des incidents répétés.

Pourquoi tant d’enfants sont attirés par Roblox ?

La popularité phénoménale de Roblox auprès des jeunes s’explique par plusieurs facteurs :

  • Une immense variété de jeux gratuits
  • La possibilité de créer soi-même son univers
  • Une dimension sociale très forte (amis, discussion, collaboration)
  • Un graphisme coloré et accessible
  • Une forte présence sur YouTube et TikTok via les influenceurs
  • Une économie interne (Robux) qui donne un sentiment de pouvoir d’achat

Ces éléments créent une véritable addiction chez certains enfants qui peuvent passer plusieurs heures par jour sur la plateforme.

Les parents face à un dilemme difficile

Interdire complètement Roblox revient souvent à priver l’enfant d’un espace de socialisation important avec ses camarades d’école. Pourtant, laisser l’enfant jouer sans supervision expose à des risques réels.

De nombreux spécialistes recommandent aujourd’hui une approche équilibrée :

  1. Fixer des limites de temps très claires
  2. Jouer parfois ensemble pour comprendre l’univers
  3. Activer tous les paramètres de confidentialité maximum
  4. Utiliser les outils de contrôle parental intégrés
  5. Discuter régulièrement de ce que l’enfant vit sur la plateforme
  6. Surveiller les achats intégrés (Robux)

Vers une régulation mondiale plus stricte ?

Les alertes se multiplient. Les interdictions se succèdent dans plusieurs pays. Les enquêtes se lancent. Les procès s’accumulent. Tous ces signaux montrent que la pression internationale sur Roblox et sur les plateformes similaires ne cesse de croître.

La question n’est plus de savoir si des changements majeurs vont intervenir, mais quand et à quel niveau de sévérité.

Les prochaines semaines et les prochains mois seront déterminants pour l’avenir de Roblox en tant que plateforme dominante auprès des enfants et pré-adolescents.

L’enjeu dépasse largement le sort d’une seule entreprise. Il touche à la capacité des sociétés modernes à protéger efficacement leurs plus jeunes citoyens dans un monde numérique où les frontières sont poreuses et où la créativité peut malheureusement côtoyer les pires dérives.

La balle est désormais dans le camp de Roblox. La plateforme parviendra-t-elle à convaincre les régulateurs et les parents qu’elle est capable de garantir un environnement réellement sûr ? Ou faudra-t-il attendre des sanctions encore plus lourdes pour assister à une véritable révolution en matière de sécurité enfant ?

L’avenir nous le dira. En attendant, les regards du monde entier sont tournés vers cette plateforme qui, pour des millions d’enfants, représente à la fois un terrain de jeu infini… et un espace aux risques encore trop présents.

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