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Nouvelles Mesures Israéliennes en Cisjordanie : Vers une Annexion Accélérée ?

Israël vient d'annoncer des mesures majeures en Cisjordanie : achat direct de terres par les colons, contrôle accru sur des sites saints et renforcement de l'autorité israélienne. Vers des enclaves palestiniennes ? Les conséquences pourraient être irréversibles…

Imaginez un territoire déjà fracturé, où chaque lopin de terre raconte des décennies de tensions, de revendications et d’espoirs contrariés. Ce weekend, de nouvelles décisions israéliennes concernant la Cisjordanie ont été rendues publiques, provoquant une onde de choc bien au-delà des frontières de la région. Ces mesures, qui touchent directement la propriété foncière, le contrôle administratif et même la gestion de lieux saints, pourraient redessiner durablement la carte démographique et politique de ce territoire occupé depuis 1967.

Alors que la communauté internationale exprime son inquiétude croissante, beaucoup d’observateurs estiment que ces annonces représentent une étape supplémentaire vers une forme d’annexion de facto. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Quelles sont les conséquences concrètes pour les populations qui vivent sur place ? Tentons de décrypter, point par point, ce que l’on sait de ces décisions récentes.

Un tournant majeur pour la colonisation en Cisjordanie

Depuis plusieurs années, le rythme de développement des implantations israéliennes en Cisjordanie n’a cessé de s’accélérer. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’année 2025 a battu tous les records avec un nombre exceptionnel de nouvelles colonies approuvées. Dans ce contexte déjà tendu, les mesures annoncées ce weekend marquent une rupture symbolique et pratique importante.

La fin d’une interdiction historique sur l’achat direct de terres

Pendant des décennies, une réglementation empêchait les citoyens israéliens d’acquérir directement des parcelles en Cisjordanie. Les transactions passaient obligatoirement par des structures intermédiaires, souvent des sociétés créées à cet effet, et nécessitaient des autorisations spécifiques de l’État. Ce système, complexe et contraignant, limitait mécaniquement le volume des acquisitions privées.

Les nouvelles règles suppriment purement et simplement cette obligation de permis spécial. Désormais, un particulier ou une entreprise israélienne peut acheter une terre en Cisjordanie de la même manière qu’à Tel-Aviv ou à Jérusalem. Cette simplification administrative est présentée par ses promoteurs comme une mesure d’égalité et de normalisation.

Pour les défenseurs de l’implantation, il s’agit d’une avancée historique. Un membre influent du gouvernement, lui-même installé en Cisjordanie, n’a pas hésité à qualifier cette journée de « historique pour l’implantation en Judée-Samarie », utilisant la terminologie biblique pour désigner le territoire. Selon lui, les Juifs peuvent enfin acheter des terres « exactement comme ils le font » dans le reste du pays.

Cela permettra aux juifs d’acheter des terres en Judée-Samarie exactement comme ils le font à Tel-Aviv ou à Jérusalem.

Déclaration d’un ministre israélien

Cette évolution soulève cependant de nombreuses interrogations quant à son impact sur l’équilibre démographique local. Plus de 500 000 Israéliens vivent déjà dans les colonies de Cisjordanie, au milieu d’environ trois millions de Palestiniens. Avec une acquisition foncière facilitée, certains analystes anticipent une accélération significative de ce mouvement migratoire.

Une Autorité palestinienne de plus en plus marginalisée

Les accords d’Oslo, signés dans les années 1990, ont divisé la Cisjordanie en trois zones aux statuts différents : la zone A sous contrôle civil et sécuritaire palestinien complet, la zone B sous contrôle civil palestinien mais sécuritaire israélien, et la zone C – la plus vaste – sous contrôle israélien total. Cette division, censée être temporaire, structure encore aujourd’hui la réalité quotidienne des habitants.

Les nouvelles mesures prévoient d’étendre l’autorité israélienne sur l’ensemble de ces zones, officiellement pour lutter contre différentes infractions : problèmes liés à l’eau, dégradations de sites archéologiques, pollutions environnementales diverses. Le libellé reste volontairement large, ce qui ouvre la porte à de multiples interprétations.

Des experts palestiniens y voient une stratégie délibérée visant à affaiblir l’Autorité palestinienne basée à Ramallah. En multipliant les prétextes pour intervenir partout, Israël pourrait progressivement vider de sa substance l’autonomie palestinienne, même dans les zones théoriquement sous son contrôle exclusif.

Ce qu’ils veulent, c’est repousser les Palestiniens dans de petites portions de terre, en gros dans les grandes villes, des enclaves.

Analyse d’un politologue palestinien

Cette vision d’un territoire morcelé en îlots urbains palestiniens entourés de zones sous contrôle israélien complet revient régulièrement dans les analyses. Elle évoque le scénario d’une annexion rampante, où la souveraineté formelle n’est jamais proclamée, mais où les faits sur le terrain rendent toute solution de deux États de plus en plus improbable.

Le transfert de contrôle sur des sites religieux majeurs

Parmi les décisions les plus symboliques figurent le transfert de l’administration de deux lieux saints majeurs du sud de la Cisjordanie. Le Caveau des Patriarches à Hébron – connu également sous le nom de Mosquée d’Ibrahim – et la Tombe de Rachel à Bethléem passent désormais sous une gestion directement israélienne.

À Hébron, la plus grande ville palestinienne de Cisjordanie, des colons vivent dans plusieurs quartiers sous forte protection militaire. La modification des règlements municipaux et le transfert des compétences en matière de permis de construire autour du site sacré au COGAT (l’organisme militaire chargé des affaires civiles dans les territoires) inquiètent particulièrement les autorités locales palestiniennes.

La maire adjointe de la ville a qualifié cette mesure de « dangereuse », affirmant qu’elle allait permettre une expansion extrêmement rapide des avant-postes de colonisation dans la zone. À Bethléem, la Tombe de Rachel, jusqu’alors gérée par la municipalité palestinienne, sera désormais administrée par une nouvelle structure israélienne dédiée.

Ces lieux, sacrés pour le judaïsme, le christianisme et l’islam, cristallisent depuis longtemps les tensions. Leur passage sous administration israélienne exclusive est perçu par beaucoup comme une appropriation symbolique forte, susceptible d’exacerber les ressentiments.

Quelles conséquences démographiques et politiques à moyen terme ?

Si l’on assemble les différentes pièces du puzzle – facilitation des achats fonciers, extension du contrôle administratif israélien, prise en charge directe de sites stratégiques – plusieurs scénarios se dessinent. Le premier, et sans doute le plus probable à court terme, est une accélération de la colonisation privée. Moins de paperasse, moins de contrôles, donc potentiellement plus d’investissements immobiliers dans les implantations.

Le deuxième effet attendu concerne la fragmentation accrue du territoire palestinien. En multipliant les motifs d’intervention dans les zones A et B, les autorités israéliennes pourraient limiter la capacité de l’Autorité palestinienne à exercer ses compétences, la rendant de plus en plus invisible aux yeux de sa propre population.

Enfin, le renforcement du contrôle sur des sites religieux majeurs risque de transformer des points de friction localisés en symboles d’une confrontation plus globale. Hébron, déjà l’une des villes les plus tendues de la région, pourrait voir ses tensions s’exacerber encore.

Un calendrier politique interne israélien sous-jacent

Ces annonces interviennent dans un contexte politique israélien particulier. Certains ministres de la coalition au pouvoir militent ouvertement depuis des années pour une annexion formelle ou de facto de tout ou partie de la Cisjordanie. Les mesures récentes apparaissent comme la concrétisation progressive de ce programme.

Plusieurs observateurs notent que cette politique s’inscrit dans une continuité observable depuis trois ans : approbations records de nouvelles colonies, légalisation rétroactive d’avant-postes, multiplication des déclarations en faveur d’une souveraineté israélienne étendue. Ce qui change aujourd’hui, c’est le passage à une phase plus opérationnelle et moins symbolique.

Smotrich, Ben Gvir et les autres nous disent depuis longtemps que c’est leur politique. À présent, elle s’est concrétisée.

Commentaire d’un politologue palestinien

Du côté palestinien, la réaction est à la fois résignée et alarmée. Résignée, car beaucoup estiment que la colonisation est devenue irréversible à grande échelle. Alarmée, car chaque nouvelle mesure repousse un peu plus loin l’espoir d’un État palestinien viable.

Regards internationaux et droit international

Les colonies israéliennes en Cisjordanie sont considérées comme illégales par la quasi-totalité de la communauté internationale, y compris par la Cour internationale de Justice et par de nombreuses résolutions de l’ONU. Les transferts de population civile d’une puissance occupante vers un territoire occupé constituent une violation de la IVe Convention de Genève.

Faciliter l’achat de terres par des civils israéliens, étendre le contrôle administratif israélien et administrer directement des sites situés en territoire occupé posent donc de sérieuses questions juridiques. Plusieurs capitales ont déjà exprimé leur préoccupation face à ces développements récents.

Malgré ces critiques, le gouvernement israélien maintient que ces mesures relèvent de la gestion interne d’un territoire sous sa responsabilité sécuritaire et civile dans de larges zones. Cette divergence d’interprétation du droit international risque de perdurer et même de s’accentuer.

Vers quel futur pour la Cisjordanie ?

À ce stade, personne ne peut prédire avec certitude l’impact réel de ces mesures sur le terrain. Tout dépendra de leur mise en œuvre concrète, de la réaction des populations locales, des pressions internationales et de l’évolution politique interne en Israël et chez les Palestiniens.

Ce qui semble acquis, cependant, c’est que le statu quo est en train de bouger. Les lignes bougent plus vite ces derniers mois que durant de longues périodes précédentes. Chaque nouvelle décision ajoute une couche de complexité à un conflit déjà parmi les plus inextricables de la planète.

Pour les habitants, qu’ils soient colons ou Palestiniens, ces évolutions signifient avant tout une modification tangible de leur quotidien : accès à la terre, possibilité de construire, sentiment de sécurité ou d’insécurité, espoir ou résignation. Dans une région où chaque mètre carré porte une mémoire lourde, ces changements ne sont jamais anodins.

Restent les grandes questions : ces mesures accélèrent-elles une annexion de fait ? Créent-elles les conditions d’une coexistence impossible ? Ou s’agit-il simplement d’une nouvelle étape dans une confrontation qui dure depuis plus d’un demi-siècle ? Les mois à venir apporteront sans doute des éléments de réponse, mais une chose est sûre : la Cisjordanie est entrée dans une phase nouvelle de son histoire mouvementée.

À retenir : Les nouvelles mesures touchent trois domaines clés :

  • Facilitation majeure des achats de terres par des Israéliens
  • Extension du contrôle administratif israélien sur l’ensemble de la Cisjordanie
  • Transfert de la gestion de deux sites religieux majeurs (Hébron et Bethléem)

Dans les prochains mois, l’attention se portera sur la mise en application concrète de ces décisions, sur les réactions sur le terrain et sur les possibles réponses de la communauté internationale. Une chose est certaine : la Cisjordanie reste, plus que jamais, au cœur des enjeux les plus sensibles du Proche-Orient.

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