Imaginez un instant : le Bitcoin, cet actif que certains considèrent comme l’or du XXIe siècle, pourrait-il un jour ne plus valoir absolument rien ? La question peut sembler provocatrice, presque absurde après tant d’années de croissance exponentielle. Pourtant, en ce début février 2026, alors que les prix oscillent nerveusement autour des 70 000 dollars, une vieille rengaine refait surface avec une virulence nouvelle : la thèse du « Bitcoin à zéro ».
Ce n’est pas la première fois que ce scénario catastrophe est évoqué. Mais aujourd’hui, il gagne en crédibilité auprès d’une partie croissante d’observateurs, y compris des commentateurs qui ne viennent pas forcément du sérail crypto. La chute récente, combinée à un environnement macroéconomique tendu, ravive les doutes les plus profonds sur la véritable nature de cet actif.
Bitcoin à zéro : une hypothèse qui ne disparaît jamais vraiment
Depuis ses débuts en 2009, le Bitcoin a toujours eu ses détracteurs. Certains y voyaient une bulle spéculative condamnée à éclater, d’autres une expérience technico-anarchiste sans avenir. Mais la résilience dont il a fait preuve à maintes reprises – remontées spectaculaires après 2018, 2022, etc. – avait fini par reléguer la thèse du zéro au rang des arguments folkloriques.
Pourtant, elle revient aujourd’hui avec une force inattendue. Pourquoi maintenant ? Parce que les conditions sont réunies pour que le doute s’installe durablement : correction significative des prix, absence de nouveau catalyseur haussier majeur, et surtout, un narratif qui évolue.
Les arguments des sceptiques les plus tranchants
Parmi les voix qui portent le plus aujourd’hui, on trouve des profils variés : commentateurs politiques, stratèges financiers traditionnels, économistes classiques. Leur point commun ? Ils estiment que le Bitcoin n’a aucun plancher fondamental.
Leur raisonnement se résume souvent à ceci : pas de flux de trésorerie, pas de droit légal sur un actif tangible, pas d’utilité concrète au-delà de la croyance collective. Si demain la confiance s’effondre complètement, que reste-t-il ? Selon eux : rien.
« Chaque fois que je demande à un fervent défenseur du Bitcoin de m’expliquer pourquoi cet actif aurait une valeur à long terme, je repars encore plus convaincu qu’il n’en a aucune… et que son prix plancher est zéro. »
Cette citation résume parfaitement l’état d’esprit d’une frange grandissante de commentateurs. Ils ne nient pas la performance passée, mais contestent l’idée qu’elle puisse se prolonger indéfiniment sans socle tangible.
Un actif sans cash-flow : le talon d’Achille ultime ?
Dans la finance traditionnelle, la valorisation d’un actif repose généralement sur sa capacité à générer des flux futurs : dividendes, loyers, intérêts, etc. Même l’or physique possède une utilité industrielle marginale et des siècles d’histoire culturelle.
Le Bitcoin, lui, ne produit rien. Il ne verse pas de coupon, ne distribue pas de bénéfice, ne sert pas directement à produire des biens ou services (hormis le transfert de valeur). Sa valeur repose donc entièrement sur ce que les autres sont prêts à payer pour l’acquérir à un instant T.
Cette caractéristique en fait, selon les critiques, un actif purement réflexif : son prix monte parce que les gens achètent, ce qui attire plus d’acheteurs, etc. Mais dans l’autre sens, la spirale peut être tout aussi violente.
La corrélation avec les actifs risqués : plus tech que refuge
Autre argument récurrent : le Bitcoin ne se comporte pas comme un refuge en période de crise. Au contraire, il amplifie souvent les mouvements du marché actions, en particulier du secteur technologique.
Lors des grandes phases de risk-off, quand les investisseurs se ruent vers les liquidités, les obligations d’État ou l’or, le Bitcoin subit généralement des corrections bien plus marquées que les indices boursiers classiques. Ce comportement de high-beta contredit selon beaucoup l’idée d’un « or numérique ».
- 2022 : -75 % pendant la remontée des taux
- 2018 : -84 % après l’euphorie ICO
- 2025-2026 : correction marquée en parallèle avec le Nasdaq
Ces exemples sont régulièrement brandis pour démontrer que le Bitcoin est avant tout un actif spéculatif corrélé au cycle du risque.
Les mineurs sous pression : un signal faible mais inquiétant
Depuis le dernier halving, la rentabilité des mineurs s’est considérablement dégradée. Les coûts énergétiques restent élevés, le hashrate continue de grimper, mais les récompenses diminuent mécaniquement.
Certains analystes y voient un signe avant-coureur : si les mineurs – littéralement le cœur battant du réseau – commencent à vendre massivement leurs BTC pour couvrir leurs frais, cela crée une pression vendeuse structurelle difficile à absorber sans nouveaux entrants massifs.
Quand la machine à produire du Bitcoin devient déficitaire pour beaucoup d’acteurs, le récit de « rareté absolue » peut vaciller.
Le contre-argument des maximalistes : la rareté et le réseau
Face à ces critiques, les défenseurs historiques du Bitcoin opposent plusieurs piliers :
- La fixité de l’offre à 21 millions d’unités – une propriété que ne possède aucun autre actif monétaire majeur
- La décentralisation du réseau : aucun point de défaillance unique
- L’effet de réseau croissant : plus il y a d’utilisateurs, plus la sécurité augmente
- L’adoption institutionnelle croissante via les ETF spot
- La narrative de réserve de valeur dans un monde de monnaies fiat inflationnistes
Selon eux, ces éléments créent une valeur qui transcende les flux de trésorerie traditionnels. Le Bitcoin serait la première forme d’argent « dur » vraiment numérique.
Et si la vraie question était : à quel prix le marché accepte-t-il le risque ?
Peut-être que le débat « zéro ou pas zéro » est mal posé. La vraie interrogation pourrait être : quel multiple de valorisation le marché est-il prêt à attribuer à un actif dont la valeur repose quasi-exclusivement sur la croyance et l’adoption future ?
Historiquement, ce multiple a varié énormément : de 0,001 $ en 2010 à plus de 69 000 $ en 2021. Aujourd’hui, autour de 70 000 $, il reste historiquement élevé par rapport aux standards financiers classiques.
La question devient alors : dans un environnement de taux durablement plus élevés, de croissance molle et de volatilité accrue, le marché peut-il continuer à valoriser cet actif à un tel niveau sans apport massif et continu de capitaux frais ?
Scénarios extrêmes : quand la confiance s’effondre
Imaginons les scénarios les plus sombres :
- Une interdiction coordonnée par plusieurs grandes puissances
- Une faille critique dans le protocole découverte et exploitée
- Une crise énergétique mondiale rendant le minage prohibitif
- Une migration massive vers une autre cryptomonnaie perçue comme supérieure
- Une perte totale de confiance suite à une série de hacks majeurs ou scandales
Dans chacun de ces cas, le prix pourrait effectivement tendre vers zéro. Mais chacun de ces scénarios reste aujourd’hui considéré comme faible probabilité par la majorité des observateurs.
Le rôle croissant des ETF et de Wall Street
Depuis l’approbation des ETF spot Bitcoin aux États-Unis, l’actif est entré dans une nouvelle ère. Les flux institutionnels sont devenus un moteur majeur de prix.
Mais cette financiarisation a aussi un revers : le Bitcoin devient plus sensible aux décisions de politique monétaire, aux flux d’allocation d’actifs des grands fonds, et aux humeurs du marché actions américain.
Paradoxalement, l’institutionnalisation qui devait stabiliser l’actif l’a peut-être rendu plus corrélé aux cycles traditionnels que jamais.
Que nous apprend l’histoire des bulles passées ?
Les sceptiques comparent souvent le Bitcoin à d’autres grandes bulles spéculatives : tulipes hollandaises, South Sea Bubble, dot-com, subprimes… Dans chaque cas, l’actif ou le concept semblait révolutionnaire jusqu’à ce qu’il ne le soit plus.
Les défenseurs rétorquent que ces comparaisons sont boiteuses : aucune de ces bulles n’avait créé une infrastructure technique mondiale décentralisée, auto-financée, fonctionnant sans interruption depuis plus de 16 ans.
La réalité est probablement entre les deux : le Bitcoin n’est ni une simple bulle, ni une révolution monétaire inéluctable. C’est un pari sur l’avenir.
Vers un nouvel équilibre prix/utilité ?
Certains observateurs estiment que le marché cherche actuellement un nouveau niveau d’équilibre. Un prix qui refléterait mieux :
- La capitalisation actuelle des ETF
- Le volume réel de transactions non-spéculatives
- Le coût de production moyen des mineurs
- Le taux d’adoption réelle comme moyen d’échange ou réserve de valeur
Ce prix d’équilibre pourrait être nettement inférieur aux sommets historiques… mais aussi nettement supérieur à zéro.
Conclusion : le Bitcoin reste un pari, pas une certitude
Au final, personne ne peut affirmer avec certitude que le Bitcoin ira à zéro… ni qu’il atteindra un million de dollars. L’actif reste ce qu’il a toujours été : une expérience monétaire sans précédent, un pari technologique et philosophique, un miroir grossissant des peurs et espoirs de notre époque.
Ce qui est certain, c’est que le débat « Bitcoin à zéro » ne disparaîtra jamais complètement. Tant que l’actif existera, il polarisera les opinions. Et c’est peut-être précisément cette polarisation qui maintient sa vitalité.
En attendant, les investisseurs doivent trancher : est-ce un pari qu’ils sont prêts à renouveler ? Ou le moment est-il venu de réduire l’exposition ?
Une chose est sûre : dans le monde de la finance, les questions les plus simples sont souvent les plus difficiles à trancher.
Point clé à retenir : Le Bitcoin n’a pas besoin d’être « utile » au sens classique pour conserver une valeur importante… mais il a absolument besoin que suffisamment de personnes continuent de le croire.
Et vous, où vous situez-vous dans ce débat passionné ?









