Une île asphyxiée par la crise énergétique
La situation actuelle à Cuba dépasse largement une simple pénurie passagère. L’absence de kérosène pour l’aviation civile marque un point critique dans une chaîne d’approvisionnement énergétique qui s’effrite depuis plusieurs mois. Les autorités ont dû notifier aux compagnies aériennes étrangères que plus aucun ravitaillement ne serait possible dans les aéroports de l’île pendant au moins trente jours. Cette décision forcée oblige les transporteurs long-courriers à adapter leurs itinéraires, souvent en programmant des arrêts techniques coûteux sur d’autres territoires.
Ce manque de carburant aviation n’arrive pas par hasard. Il découle directement d’une crise plus globale touchant les livraisons de pétrole brut, essentiel pour produire non seulement l’électricité, mais aussi les dérivés comme le kérosène. Sans ces importations vitales, les raffineries tournent au ralenti, et les stocks s’épuisent rapidement. Les Cubains font face à des coupures d’électricité prolongées, des restrictions sur les ventes de carburant terrestre, et une perturbation majeure du transport aérien international, source importante de devises pour l’économie.
Les racines de la pénurie : fin des livraisons vénézuéliennes
Le Venezuela a longtemps été le principal fournisseur de pétrole pour Cuba, avec des accords historiques basés sur des échanges de services médicaux et autres coopérations. Mais récemment, ces flux se sont brutalement interrompus. La capture du dirigeant vénézuélien au début de l’année, suivie d’une série de pressions intenses, a mis fin net aux expéditions. Sans ce pétrole bon marché et abondant, l’île s’est retrouvée vulnérable, avec des réserves qui fondent comme neige au soleil.
Pour compenser, d’autres partenaires comme le Mexique avaient pris le relais depuis quelques années. Les tankers mexicains livraient du brut en échange de services spécialisés. Pourtant, même cette alternative semble menacée. Les autorités américaines ont multiplié les avertissements, indiquant clairement que tout pays continuant à approvisionner Cuba pourrait subir des conséquences économiques directes sur ses exportations vers les États-Unis.
Cette stratégie vise à isoler complètement l’île sur le plan énergétique. Les experts estiment que sans nouveaux arrivages rapides, les stocks restants ne tiendraient que quelques semaines au mieux, aggravant une situation déjà précaire.
La réponse de Moscou : dénonciation et promesse d’aide
Face à cette escalade, le Kremlin n’est pas resté silencieux. Le porte-parole officiel a qualifié les actions américaines de méthodes asphyxiantes, soulignant comment elles plongent le pays dans une difficulté extrême. Il a insisté sur le fait que la situation est critique et que Washington porte une lourde responsabilité dans les souffrances actuelles des Cubains.
« La situation à Cuba est en effet critique. Les méthodes asphyxiantes des États-Unis causent beaucoup de difficultés pour le pays. »
Ces mots résonnent comme un appel à la solidarité. Moscou affirme être en contact étroit avec La Havane via des canaux diplomatiques. Des discussions portent sur des solutions concrètes, y compris une assistance possible de la part de la Russie. Historiquement, la Russie a déjà fourni du pétrole à Cuba par le passé, et des signaux indiquent que cette coopération pourrait s’intensifier pour pallier le vide laissé par d’autres fournisseurs.
Cette position russe s’inscrit dans un contexte plus large de tensions géopolitiques, où l’île caribéenne devient un symbole de résistance face à la pression unilatérale. Les autorités cubaines, de leur côté, accusent ouvertement les États-Unis de vouloir asphyxier leur économie, en ciblant précisément le secteur vital de l’énergie.
Mesures d’urgence prises par le gouvernement cubain
Confronté à cette urgence, le gouvernement a annoncé une série de restrictions immédiates. Parmi elles, l’instauration d’une semaine de travail de quatre jours pour de nombreux secteurs publics, le recours massif au télétravail dans les administrations et entreprises d’État, ainsi que des limitations strictes sur la vente de carburant aux particuliers et aux entreprises non essentielles.
Ces décisions visent à préserver les stocks pour les services prioritaires : hôpitaux, transports collectifs essentiels, production alimentaire et ports. Pourtant, même avec ces économies forcées, la marge de manœuvre reste mince. Les coupures d’électricité, déjà fréquentes, s’allongent, impactant la vie quotidienne, les commerces et l’industrie.
- Réduction drastique des consommations non vitales
- Priorisation des secteurs santé et sécurité
- Encouragement au télétravail pour limiter les déplacements
- Restrictions sur les ventes de carburant aux pompes
Ces ajustements, bien que douloureux, traduisent une volonté de tenir bon en attendant des livraisons alternatives. Mais la population ressent déjà les effets : files d’attente interminables pour l’essence, perturbation des transports, et hausse des prix pour les produits de base.
Impacts sur l’aviation et le tourisme
Le secteur aérien subit de plein fouet cette pénurie. Les compagnies européennes et d’autres opérant des vols vers Cuba doivent désormais prévoir des escales techniques pour le retour, ce qui augmente les coûts, allonge les temps de voyage et complique les horaires. Certains vols pourraient même être annulés si aucune solution n’est trouvée rapidement.
Le tourisme, pilier économique de l’île, risque une chute brutale. Moins de liaisons aériennes signifient moins de visiteurs, moins de recettes en devises étrangères. Les hôtels, déjà affectés par les coupures d’électricité, voient leurs perspectives s’assombrir davantage. Cette mesure d’un mois sans kérosène pourrait avoir des répercussions sur plusieurs mois, le temps que la confiance revienne chez les opérateurs aériens.
Pour les Cubains ordinaires, cela signifie aussi moins de connexions familiales, moins d’envois de fonds, et une isolation accrue. L’île, si proche géographiquement des États-Unis – à seulement 150 kilomètres de la Floride –, semble paradoxalement plus coupée du monde que jamais.
Contexte géopolitique et justifications officielles
Les autorités américaines justifient cette politique par des considérations de sécurité nationale. Elles présentent Cuba comme une menace exceptionnelle, en raison de sa position stratégique et de ses alliances. Un décret récent ouvre la voie à des droits de douane supplémentaires sur les produits importés aux États-Unis par tout pays vendant du pétrole à La Havane.
Cette approche, qui cible indirectement les fournisseurs tiers, vise à tarir les flux sans recourir à un blocus naval direct. Elle s’inscrit dans une escalade plus large, après des événements majeurs au Venezuela. Pour La Havane, il s’agit d’une tentative claire d’étrangler l’économie et de provoquer un effondrement interne.
« Les méthodes asphyxiantes des États-Unis causent beaucoup de difficultés pour le pays. Nous sommes en contact intense avec nos amis cubains (…) et nous discutons des possibles solutions. »
Cette citation illustre la solidarité affirmée par Moscou, prête à explorer toutes les options pour soutenir son allié historique. Les discussions diplomatiques intenses pourraient déboucher sur des livraisons russes, bien que celles-ci aient été sporadiques ces dernières années.
Perspectives et défis à venir
La crise énergétique à Cuba soulève des questions profondes sur la résilience des petites nations face aux grandes puissances. Sans diversification rapide des sources d’énergie – solaire, éolien, ou accords avec de nouveaux partenaires –, l’île risque de voir sa vulnérabilité s’accroître. Les autorités parlent déjà d’accélérer l’exploitation locale et les renouvelables, mais le temps presse.
Pour les citoyens, ces semaines sans kérosène aviation ne sont que le symptôme d’un mal plus profond : dépendance excessive aux importations, impact des sanctions cumulées, et effets du changement climatique sur l’agriculture et l’énergie. La population fait preuve d’une résilience remarquable, mais les limites sont visibles dans la fatigue quotidienne.
À l’international, cette affaire ravive les débats sur l’efficacité et la légitimité des mesures unilatérales. Certains y voient une politique coercitive excessive, d’autres un moyen nécessaire pour contrer des menaces perçues. Quoi qu’il en soit, Cuba paie le prix fort, avec des conséquences humaines tangibles.
Alors que les discussions se poursuivent entre alliés, et que les compagnies aériennes adaptent leurs routes, l’île attend un tournant. Un mois sans kérosène pourrait n’être que le début d’une période plus sombre, ou au contraire le catalyseur d’une résilience inattendue. L’avenir dira si l’asphyxie promise tournera au profit d’une résilience inattendue.









