Le Grand Slam de Paris reste l’un des rendez-vous les plus attendus du circuit mondial de judo. En ce début février 2026, l’Accor Arena a vibré pendant trois jours, mais les résultats finaux ont suscité des réactions contrastées. Si les féminines ont brillé avec huit médailles, les masculins n’en ramènent qu’une seule, ce qui interpelle forcément les observateurs.
Pourtant, loin de céder à la panique, la manager des équipes de France Frédérique Jossinet affiche une sérénité presque déconcertante. Dans une longue analyse post-compétition, elle rappelle que le judo français vit une période de transition et que les échéances majeures sont encore loin. Décryptage d’un discours qui invite à la patience.
Un Grand Slam féminin historique, un bilan masculin discret
Avec neuf médailles au total, dont huit décrochées par les féminines, le cru 2026 du Grand Slam parisien restera dans les mémoires comme l’un des plus aboutis côté tricolore chez les dames. Trois titres, plusieurs podiums inattendus et l’émergence de nouvelles figures : le tableau est flatteur.
Les leaders féminines au rendez-vous
Shirine Boukli (-48 kg), Sarah-Léonie Cysique (-57 kg) et Romane Dicko (+78 kg) ont toutes les trois conquis l’or. Ces trois athlètes incarnent désormais la nouvelle génération qui porte haut les couleurs bleues. Leur maturité tactique et leur gestion des combats sous pression impressionnent.
Romane Dicko, en particulier, semble avoir franchi un cap supplémentaire. Après une saison 2025 déjà très solide, elle confirme son statut de patronne incontestée des lourdes françaises. Sa finale maîtrisée face à Julia Tolofua symbolise parfaitement cette prise de pouvoir.
« Les filles qui devaient être leaders ont été présentes. Elles ont maintenant beaucoup de maturité et d’expérience. »
Cette citation résume parfaitement le sentiment général qui règne au sein du staff féminin. Les cadres répondent présent quand il le faut.
La densité incroyable en +78 kg
La catégorie reine chez les féminines n’a jamais été aussi compétitive en équipe de France. Romane Dicko en or, Julia Tolofua en argent, Léa Fontaine en bronze et la jeune Coralie Cancan cinquième : quatre Tricolores dans le top 5, c’est du jamais-vu.
Ce réservoir de talents crée un environnement ultra-stimulant. Chaque entraînements devient une compétition interne de très haut niveau. La manager explique que cette émulation profite à l’ensemble du collectif, même aux catégories inférieures.
« Plus on a de filles compétitives, plus ça tire tout le monde vers le haut. Pas que les filles de la catégorie, mais aussi toute l’équipe de France, y compris les jeunes. »
Liz Ngelebeya, la surprise -78 kg
En battant Audrey Tcheuméo pour décrocher le bronze, Liz Ngelebeya a envoyé un signal fort. À seulement 22 ans, elle s’installe progressivement parmi les prétendantes sérieuses à une place en équipe de France senior. Son parcours à Paris démontre que la relève est déjà en marche.
Cette performance n’est pas anodine : elle oblige les cadres établies à rester en alerte permanente. La concurrence interne devient l’un des moteurs principaux de progression.
Côté masculin : pas d’inquiétude, vraiment ?
Le contraste est saisissant. Une seule médaille pour les garçons, décrochée par Alexis Mathieu en -90 kg. Plusieurs leaders olympiques et mondiaux (Joan-Benjamin Gaba, Luka Mkheidze, Walide Khyar, Alpha Oumar Djalo…) sont passés à côté ou ont été éliminés précocement.
Pourtant, Frédérique Jossinet refuse catégoriquement l’idée d’une crise. Elle explique posément les différences d’approche entre les deux collectifs à ce moment précis de la saison.
Objectifs différents, stratégies différentes
Chez les féminines, plusieurs sélections pour les prochains tournois étaient encore en jeu. La motivation et l’enjeu étaient donc très élevés. Côté masculin, la hiérarchie est déjà plus établie après l’excellente année 2025. Les cadres ont reçu le feu vert pour travailler différemment.
« Chez les garçons, où la hiérarchie est plus claire, on est déjà dans une approche de préparation sur les Europe, le Grand Slam de Mongolie, voire les Mondiaux. »
En clair : Paris n’était pas l’objectif prioritaire pour beaucoup de garçons. Certains ont testé de nouvelles techniques, d’autres ont géré leur charge physique après un stage intense au Japon. Le staff avait validé cette stratégie bien en amont.
Les jeunes qui pointent le bout du nez
Même sans médaille d’or masculine, plusieurs satisfactions sont à souligner. Dayyan Boulemtafes termine 5e en -73 kg après un mois complet passé au Japon. Peter Jean montre également de belles choses. Ces performances prouvent que le vivier masculin reste très riche.
La transition générationnelle est en cours, et Paris a permis de donner du temps de jeu à certains espoirs tout en observant leur réaction au très haut niveau international.
« On ne s’énerve pas »
Cette phrase résume parfaitement la philosophie actuelle du staff tricolore. Après une année 2024 exceptionnelle aux Jeux Olympiques de Paris et une saison 2025 tout aussi réussie, le judo français peut se permettre de relativiser un Grand Slam moyen chez les garçons.
« On analyse, on reste concentrés, sereins. La victoire a cent pères, la défaite est orpheline. On gagne ensemble, on perd ensemble, staff comme athlètes. »
Cette prise de position collective est essentielle dans un sport aussi individuel que le judo. Personne n’est montré du doigt, tout le monde assume.
Les prochaines échéances qui structurent la saison
Le calendrier 2026 est dense et stratégique. Les Championnats d’Europe se dérouleront en avril en Géorgie, les Mondiaux sont programmés en octobre en Azerbaïdjan. Le ranking olympique pour les JO 2028 débutera officiellement en juin avec le Grand Slam de Mongolie.
Ces trois rendez-vous majeurs serviront de jalons pour ajuster la préparation. Les catégories où le leadership n’est pas encore clairement établi (-63 kg, -70 kg notamment) auront encore plusieurs mois pour se stabiliser.
Absence de Clarisse Agbégnénou : un vide temporaire
En -63 kg, l’absence de la quadruple championne olympique se fait sentir. Personne n’a encore pris définitivement le relais. La situation est similaire en -70 kg où Marie-Ève Gahié a connu une journée compliquée à Paris. Mais la manager reste confiante : ces athlètes expérimentées savent se remettre en question.
La saison ne fait que commencer. Il reste énormément de points à prendre et de combats à disputer avant que les listes définitives pour les grands championnats ne soient figées.
Vers une densité record pour les JO 2028 ?
Si la dynamique actuelle se maintient, l’équipe de France féminine pourrait se présenter aux JO de Los Angeles avec une profondeur historique. La catégorie +78 kg à elle seule pourrait fournir quatre ou cinq athlètes capables de viser le podium mondial d’ici deux ans.
Côté masculin, même si Paris 2026 n’a pas été flamboyant, le réservoir reste exceptionnel. Les cadres olympiques de 2024 sont toujours là, les jeunes poussent fort, et le staff semble avoir trouvé le bon dosage entre stabilité et prise de risque.
La recette Jossinet : sérénité et exigence
Depuis sa prise de fonction en décembre 2024, Frédérique Jossinet impose une ligne claire : analyse sans dramatisation, confiance dans le travail quotidien, responsabilisation collective. Cette posture contraste avec certaines périodes plus tendues du passé.
Elle rappelle régulièrement que le judo français sort d’une décennie exceptionnelle. Maintenir ce niveau demande de la patience, de l’intelligence et surtout de ne pas céder aux réactions à chaud après un seul tournoi.
En attendant les Championnats d’Europe d’avril, l’équipe de France va poursuivre sa préparation avec sérieux et discrétion. Les médailles viendront récompenser ceux qui auront su rester concentrés sur le long terme.
Le message est limpide : on ne s’énerve pas. Et c’est peut-être justement cette capacité à garder le cap dans la tempête qui permettra au judo tricolore de rester au sommet jusqu’en 2028 et au-delà.
« On gagne ensemble, on perd ensemble. »
Cette devise semble guider chaque décision prise au sein du collectif bleu depuis le début de l’olympiade. Une philosophie simple, mais redoutablement efficace quand elle est appliquée avec constance.
Le judo français a prouvé par le passé qu’il savait rebondir après des périodes plus délicates. 2026 ne dérogera pas à la règle. Les prochains mois s’annoncent passionnants à suivre.









